la véritable histoire d’Evangeline (chapitre III)

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Les rumeurs de guerre dérangent le calme et la tranquillité des Acadiens

Jusqu’à présent, Petiots, je vous ai brièvement décrit les manières simples et les coutumes des Acadiens. Je vais maintenant vous raconter ce qui s’est abattue sur eux, et comment une guerre cruelle a semé la ruine et la désolation dans leurs maisons. Je vais vous dire, comment ils ont été traités sans ménagement par les Anglais, chassés de l’Acadie, et dépouillés de tous leurs biens et possessions, comment ils ont été dispersés aux quatre vents, exilés misérablement, et que le nom même de leur pays a été effacés de l’existence. Mon récit ne sera pas gai, Petiots, mais il est bon que vous sachiez ces choses, et que vous les appreniez de la bouche des témoins eux-mêmes.

C’était un dimanche, je me souviens de cela comme si c’était hier, nous étions à la messe, et lorsque notre vieux curé monta en chaire, comme il avait coutume de le faire chaque dimanchClaude Picard (prierese, ce fut pour nous annoncer que la guerre était déclarée entre la France et l’Angleterre. « – Mes enfants, nous dit-il d’une voix triste et solennelle, vous pouvez vous attendre à assister à des scènes horribles et à subir de douloureuses épreuves, mais Dieu ne vous abandonnera pas si vous mettez votre confiance dans sa miséricorde infinie, puis s’agenouillant, il pria à haute voix pour la France, et nous avons tous répondu à sa voix fervente, et dit amen! du fond de nos cœurs. Un silence pénible régnait dans la petite église et cela jusqu’à la fin de la messe. Il semblait que chacun de nous assistait aux funérailles d’un membre de sa famille. Lorsque nous avons quitté l’église, les gens se regroupaient pour commenter les tristes nouvelles. Ce jour-là, Il n’y eut pas de danse sur la pelouse en face de la petite église et nous nous sommes retirés tristement et silencieusement dans nos maisons.

Cette nouvelle nous troubla, mais nous avons essayé, en vain, de secouer la morosité qui assombrissait nos âmes. Lorsque nous nous entretenions, sur nos lèvres nos mots étaient pleins de mort, et nos sourires avaient la tristesse d’un sanglot.

Ah! Petiots, la guerre, avec son cortège de maux et de malheurs, est toujours un fléau terrible, et il était tout naturel que nous en arrivions à méditer tristement sur ses conséquences et la peur de l’avenir. L’Angleterre avait enrôlé des centaines d’Indiens dans ses armées, et nous savions que ces sauvages sanguinaires n’épargnaient personne, et infligeaient des tortures des plus raffinées sur leurs prisonniers; ils ne rêvaient que d’incendie et de massacre, et ces troupes devaient être lâchés sur nous. La simple pensée de faire face à ces monstres suffisait à emplir de stupéfaction les cœurs les plus vaillants et troublait la paix et la tranquillité d’une communauté comme la nôtre. Nous ne savions à quoi nous résoudre, mais, quoi qu’il arrivât, nous étions déterminés à mourir plutôt que de devenir des traîtres à notre Roi et à notre Dieu.

attaques des mohicans

attaques des mohicans

Ensuite, nous nous soutenions dans une humeur différente et en pensant que ces nouvelles pouvaient, après tout, être exagérées, et que nos craintes n’étaient pas fondées. Pourquoi l’Angleterre mènerait-elle une guerre contre nous ? L’Acadie, si pauvre, si désolée, si peu peuplée, cela n’était vraiment pas la peine de faire couler ne serait-ce qu’une seule goutte de sang pour sa conquête. La tempête devrait passer sans même froisser notre paix et de tranquillité. Nous nous en sommes persuadés afin de nous débarrasser des sombres pressentiments qui nous troublaient, mais en dépit de nos efforts, nos peurs nous hantaient et nous faisaient déprimer nous rendant malheureux.

Les nouvelles, qui nous parvenaient, de temps en temps, étaient loin d’être encourageantes. La France, accablée par la défaite, semblait avoir abandonné, les Anglais gagnaient du terrain et nos frères canadiens appelaient à l’aide. Plusieurs de nos jeunes hommes se résolurent à se joindre à eux pour combattre du côté de la France et à mourir pour leur pays, si Dieu le voulait.

Ah! Petiots, c’était de tristes jours pour la colonie, et nous avons versé des larmes amères. Les jeunes hommes courageux, qui se sacrifiaient si noblement, pleuraient avec nous, mais comme des rochers restaient fermes dans leur détermination. Nous nous sommes, enfin, rendu compte du fait que la ruine nous menaçait fronçant les sourcils sur nous, et qu’elle s’enfonçait jusqu’au fond de nos cœurs.

Le jour de leur départ, les jeunes hommes nobles cœurs reçurent la sainte communion à genoux devant l’autel, et ils écoutèrent les mots d’encouragement de l’ancien curé, tandis que tout le monde pleurait et sanglotait dans la petite église. Après leur avoir dit de servir fidèlement le roi et d’aimer Dieu par-dessus tout, il leur a donné sa bénédiction, tandis que de grosses larmes coulaient sur ses joues. Hélas! comment pouvait-il les considérer sans émotion et sans chagrin? Il les avait baptisé quand ils étaient de simples garçonnets; il les avait vu grandir vers l’âge adulte; il les connaissait comme je vous connais, et ils quittaient leurs maisons et ceux qu’ils aimaient, peut-être pour ne jamais revenir.

Eugène Leliepvre

Eugène Leliepvre

Ils sont partis de Saint-Gabriel, tristes mais résolus, et tant qu’ils pouvaient être vus, marchant à pied, ils agitaient leurs mouchoirs pour un dernier adieu. Ce fut un jour cruel pour nous, et à partir de ce moment-là, tout est allé de mal en pis en Acadie.

suite au prochain numéro.

libre traduction de : Acadian Reminiscences by Felix Voorhies

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