Le drame de Natchez ou Jeanne Peydédau 004 à 006

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Chapitre 004

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La solution

Jeanne revint au château aussi sombre qu’elle en était partie. Elle avait lambiné sur le retour cherchant une solution à sa situation, elle n’en voyait qu’une : perdre son enfant. Lorsqu’elle pénétra dans la cuisine visiblement contrariée, La Lesbats n’y tint plus, elle lui demanda ce qui ne tournait pas rond, pour qu’elle ait l’air si chagrine. Accablée, Jeanne s’assit à la table, malgré l’air compatissant de la gouvernante et sa bienveillance. Pouvait-elle lui dire ce qui la taraudait ? La Lesbats se tenait debout face à elle. Elle ne comptait pas en rester là. Ce n’est pas la curiosité qui la poussait à rompre le mutisme de la jeune fille, elle la sentait souffrir et cela lui faisait mal pour elle. Elle essuya ses mains à son tablier et prit le tabouret à trois pieds. « — Alors, qu’est-ce que t’as la Jeanne ? Pourquoi tu fais la trogne ? Qu’est-ce qui te turlupine ?

— je suis grosse !

— Dia, ça, je sais ! Jeanne la regarda interloquée, alors cela se voyait, elle jeta à la gouvernante un regard interrogatif où les larmes apparaissaient.

— T’as une tête de déterré tous les matins. Et alors tu veux le faire passer, c’est y ça ?

— Ah ! Si je pouvais !

— Eh ben, si c’est que ça, je vais aller voir la Léontine. Tu crois pas qu’t’es la première. Tu sais, on dit pas tout aux hommes, y comprennent rien à rien.

Jeanne se leva brusquement et se jeta dans ses bras. La Lesbats la berça tout en caressant ses cheveux. Elle n’avait pas besoin d’explications, elle comprenait bien qu’un marmot dans ces conditions c’était encombrant.

***

À la nuit ou presque, La Lesbats se couvrit de sa pèlerine, se munit d’une lanterne et emprunta le briquet du maître. Elle prit le chemin qui traversait les vignobles et se dirigea sans hésitation vers la forêt, le clair de lune était suffisant pour lui montrer le chemin. Elle en avait pour une bonne heure à l’aller et bien sûr autant pour le retour. Il n’avait pas plu dans la journée. Il ne pleuvrait pas dans la nuit, cela, elle le savait, la lune était claire, on aurait pu la toucher, au moins les chemins ne seraient pas bourbeux. À l’orée de la forêt, elle alluma son lumignon et le tint devant elle. Elle s’enfonça sous les chênes, suivant une sente au milieu des fougères qui lui montaient jusqu’à la taille. Des bêtes féroces, il n’y en avait plus dans les parages, l’activité des hommes les avait chassés, hormis un blaireau ou quelques sangliers que l’approche de la lumière ferait fuir, elle ne risquait rien, du moins l’espérait-elle. Quant aux malotrus ou garnements de tous genres, ils verraient de quel bois elle se chauffait s’ils osaient s’en prendre à elle. Elle serra dans son autre main le couteau qu’elle avait jugé bon d’emporter. Tout le long du chemin vers la sorcière, elle pria. Elle n’en avait pas peur, et elle estimait que les gens avaient beau jeu de voir en Léontine une sorcière, tout cela parce qu’elle voyait l’avenir, mais s’ils n’avaient pas ses poudres et ses tisanes, combien seraient au cimetière ? Et combien de femmes avaient eu recours à elle pour effacer une vie que l’on ne pouvait nourrir ou pour aider à en mettre une au monde ? Au milieu de ses prières, La Lesbats marmonnait sa colère autant que ses craintes. Au détour du chemin, au bord d’une clairière une ombre massive dessina la chaumière de la Léontine. La Lesbats n’eut pas le temps de s’annoncer qu’un faisceau de lumière jaillit de l’entrebâillement de la porte. Une voix caverneuse l’invita à rentrer. La Léontine était de la même génération que sa visiteuse, mais au contraire d’elle elle était grande et maigre comme un sarment. « — Assois-toi La Lesbats. Tu viens pour la petite ? » Ce n’était pas vraiment une question et cela ne surprit pas la visiteuse. « — Tiens, prends donc un bol de soupe, cela te réchauffera les os pendant que je prépare le remède. » Elle s’enfonça dans l’ombre d’un recoin, farfouilla sur des étagères. Pendant qu’elle amalgamait les herbes, elle expliquait à sa comparse qu’elle n’avait pas à s’inquiéter, car elle évitait les recettes traditionnelles qui étaient soit sans effet ou bien n’étaient pas sans danger. Elle évitait les tisanes ou décoctions de sabine, rue, persil, absinthe, armoise, navet, laurier, séneçon, saule blanc, hysope, elle s’était rendu compte que certaines femmes après avoir pris ses mixtures souvent mal dosées ne pouvaient plus enfanter. Son mélange fini, elle attrapa une bourse qu’elle remplit et l’a mis sur la table, La Lesbats fouilla dans sa poche, mais la sorcière arrêta son geste. « — Non, je ne veux rien. Elle devra en prendre pendant vingt-huit jours. S’il ne se passe rien, rien n’y fera, c’est que la vie s’accrochera, si la petite est toujours décidée il faudra crocheter. » Le mot fit frissonner La Lesbats. La sorcière ne rajouta rien sur le sujet et la gouvernante ne demanda rien d’autre. Elles passèrent ensuite aux ragots de bonne femme.

Le lendemain matin, Jeanne descendit, déjà fatiguée par ses nausées. Lorsqu’elle rentra dans la cuisine, La Lesbats avec un sourire bienveillant lui tendit un bol détenant un liquide ambré dont le goût amer lui tira une grimace. La Lesbats lui expliqua que s’il ne s’était rien passé au bout du laps de temps annoncé par la Léontine, il faudrait passer à autre chose. Jeanne hocha la tête, elle comprit ou tout du moins elle devina.

Les jours s’égrenèrent intercalant les espoirs fulgurants, euphoriques et les désespoirs profonds, mais la vie s’accrochait. Jeanne voyait son corps se modifier, sa taille s’épaissir et ses seins s’alourdir. Philippe-Amédée  paraissait ne se rendre compte de rien, il s’attardait plus longtemps sur sa poitrine sans chercher à comprendre le pourquoi de ce nouvel engouement. Jeanne se découragea, quand elle vit s’arrondir son ventre, elle décida de passer le pas. « — La Lesbats, il faut aller voir la Léontine, y a plus le choix ni le temps. J’ai essayé tout ce que j’ai pu ! » C’était vrai. La Lesbats l’avait vu s’échiner aux travaux les plus pénibles, allant laver, cirer les sols mêmes des pièces que l’on n’utilisait pas. Elle s’était épuisée en vain, rien n’y avait fait, elle avait juste maigri au point d’en inquiéter son amant qui la pensa malade. Elles décidèrent leur expédition pour la fin de la semaine, Philippe-Amédée devait se rendre à Bordeaux. Dès qu’il fut parti, le soir même, à la nuit, elles se mirent en route. Vêtues de leurs pèlerines, chacune une lanterne à la main, le briquet dans la poche de La Lesbats, elles partirent pour chez la Léontine. Les deux femmes étaient inquiètes, Jeanne avait peur que cette fois-ci ne soit pas plus concluante que la mixture ingérée ou les multiples essais de faire décrocher cette vie. La Lesbats, elle, se tourmentait pour la jeune fille, elle savait qu’elle pouvait y perdre la vie, cela pouvait mal finir, elle risquait de perdre tout son sang, le mal pouvait se mettre en elle et la faire périr des fièvres. Elle était terrifiée à l’idée de perdre la petite. Et le maître ? Quelle serait sa réaction si Jeanne perdait la vie ? Il avait déjà perdu son épouse et il aimait tant la jeune fille, elle lui avait redonné la vie, l’espoir. À quelle extrémité cela l’amènerait s’il perdait cette compagne ! Arrivées aux abords des bois, Jeanne se rappela tout ce que l’on disait à voix basse sur la sorcière qu’elle allait voir, sa mère lui racontait qu’elle changeait les filles folasses en chauve-souris et les garnements en limaces. Elle savait que c’étaient des fariboles, mais quand elle pénétra dans le bois à la suite de La Lesbats, éclairée de leurs lumignons, la voûte des arbres empêchant de voir le ciel, elle frissonna et la bruine qui tombait et avait pénétré leurs vêtements n’y était pas pour grand-chose. Résignée, elle suivait la gouvernante, c’était la fatalité qui voulait cela, à moins que Dieu ait choisi une autre voie pour elle et l’enfant.

Jean-Baptiste Greuze (French, 1725 - 1805).jpgÀ leur arrivée devant la cabane, Jeanne étouffa un petit cri, La Lesbats se retourna vers elle interrogative. « — c’est rien, une crampe ! » Pour la première fois, la vie qui s’évertuait à grandir dans son ventre lui avait donné un coup et elle réitéra quand elle pénétra dans la masure. Ses cheveux blancs tirés serrés sur sa nuque, les méplats du visage saillants et brillants sous le peu de lumière, La Léontine ressemblait à un crâne mis à nu tellement elle était maigre. Elle évoquait une apparition surnaturelle où la vie semblait inexistante ce que détrompaient ses grands yeux doux et tristes limpides comme un ciel d’hiver. Elle leur proposa de s’asseoir au coin du feu pour se sécher. Jeanne ne put s’empêcher de trouver incongrue la cheminée de pierre dans cette masure, elle s’assit auprès de l’âtre sur un tabouret bancal posé là à cet effet, La Lesbats fit de même. Jeanne regardait autour d’elle et découvrait une pièce avec pour tout mobilier une petite table, dans un coin accolé au mur une paillasse et devina quelques étagères dans la pénombre. Les poutres du toit de chaume supportaient des bouquets de plantes séchés et un jambon seules richesses de la sorcière. La crainte l’a tenaillée et la vie en elle tambourinait pressentant ce qui allait advenir. Elle grimaçait de douleur, mais ne disait rien. La Lesbats l’examinait espérant à tout moment que la jeune fille changea d’avis. De son côté ignorant les deux femmes, la Léontine mettait de l’eau à chauffer, posa sur la table des linges immaculés, puis elle attrapa un crochet acéré avec un manche de la longueur d’un bras. Jeanne à sa vue sentit en même temps un coup violent dans son bas-ventre et une sueur glacée couler le long de son dos, puis devant ses yeux une myriade d’étoiles s’imposa et puis plus rien le noir le plus complet.

Avant de revenir complètement à elle, elle perçut la conversation des deux femmes au-dessus d’elle. « — Dia ! bien sûr qu’c’est pas avec ce crochet qu’j’allai faire la besogne, tu me voies récupérer cette vie avec cet outil de malheur ! Mais la petite, elle devait comprendre qu’l’on n’enlève pas la vie comme ça, comme quèque chose qui gêne. Dieu l’a pas voulu ainsi !

— tout d’même, t’y as été fort la Léontine, même moi j’y ai cru ! Mais t’as pas tord le fil de la vie est si tenu, si la petite y était passée j’m’en serai pas remise.

Jeanne rouvrit les yeux et ne demanda rien de plus, toutes avaient compris que l’on en restait là. Les deux femmes l’aidèrent à s’asseoir. La Léontine lui tendit un bol avec un liquide sombre, elles avalèrent le leur, Jeanne suivit leur exemple. Son corps s’apaisa, la vie laissa échapper un coup qui ressemblait à une caresse, comme un remerciement. Jeanne instinctivement se caressa le ventre. Le liquide était amer, mais agréable. « — Qu’est-ce que c’est ?

— du café Jeanne.

Elle n’en avait jamais bu !

***

Comme à son habitude Philippe-Amédée se leva alors que le jour n’était qu’un rai d’argent sur la campagne. Il s’habilla prestement et descendit jusqu’à la cuisine. La Lesbats l’attendait avec sur la large table de chêne un déjeuner roboratif. Il avait abandonné le café et les pains beurrés et couverts de confitures, qu’il jugeait bons lorsque l’on était oisif. Il avait donc devant lui un bol de soupe avec lequel il ferait chabrot, ainsi que des rôts, viandes froides et jambons. Une fois sustenté dans le silence, la gouvernante savait qu’il était inutile de l’entretenir avant, il se leva et s’apprêta à sortir. Levant les yeux vers le ciel, il jugea que la pluie arrivait. La journée serait grise et humide, ce ne serait pas très agréable, il valait mieux se couvrir. « — Ma Lesbats, il est où le Martin ? Il lambine ce matin.

— dia ! Y counille pas. Je crois plutôt que le petiot a attrapé la malemort ou peu s’en faut, il mouchait tout ce qui pouvait et la fièvre le rongeait hier au soir. Vous voulez que j’aille chercher quelque chose ?

— Non, non j’y vais, je veux juste prendre un chapeau plus large, le crachin vient. Préviens plutôt le Pierre de seller la jument, le bai n’aime l’humidité et renâcle à avancer.

Il remonta dans ses appartements poussant doucement la porte pour ne pas éveiller celle qui était encore enfouie sous l’édredon. Il avançait à pas feutrés, essayant de ne pas faire grincer le plancher, quand le peu de lumière qui filtrait lui montra les rideaux du grand lit à baldaquin grands ouverts, la literie rejetée et le lit vide de Jeanne. Il passa dans la pièce adjacente, la garde-robe, quand il entendit un râle. « — Jeanne… Jeanne, tu ne vas pas bien ? Tu es malade ? » Il n’entendait pas de réponse, seulement le gémissement qui reprenait. Il se hâta vers la tour carrée d’où venait le son qui l’inquiétait. « — Jeanne ? Ça ne va pas ? » La jeune femme apparut, blanche comme un linge. Elle essuya furtivement sa bouche à sa manche de chemise. Avec un sourire contrit, elle lui répondit que ce n’était rien, un léger malaise, une indigestion passagère, rien de bien grave. Machinalement, à même temps qu’elle lui parlait, elle mit ses mains sur son ventre. Tout à coup, un ensemble d’intuitions se catalysèrent : Jeanne était en enceinte ! Le choc émotif avec violence percuta l’homme. Comment n’avait-il pas pu s’en rendre compte ? Comment avait-il nié ce qui devenait évident ? L’image de la comtesse s’interposa entre lui et Jeanne, il la vit perdant la vie. Une bouffée de colère incontrôlable monta en lui, toute rationalité disparue. « — Qui t’as permis ? Comment as-tu pu me faire ça ? Et puis qui t’as engrossée ? Qui a osé ? » La jeune femme interloquée leva les yeux brillants des larmes à venir. « — Mais, Philippe-Amédée, de toi ! De qui veux-tu que ce soit ? 

— Je ne t’ai rien demandé ! Je ne t’ai pas permis. Tu n’aurais pas dû ! Il ne l’entendait pas, plus, il voyait rouge. Sa tête martelait à la faire exploser. Il la prit violemment par le poignet, la gifla, l’entraîna vers la chambre et la jeta sur le lit. Instinctivement, elle se recroquevilla pour se protéger. Ce fut comme une douche froide, à sa vue, ou bien était-ce sa colère qu’il contint, il la laissa là. Claqua la porte. Se précipita aux écuries. Poussa le Pierre et partit au galop. La Lesbats affolée monta à pas de charge malgré sa corpulence par l’escalier de service. Le bruit qu’elle avait entendu claquer ne disait rien qui vaille. Elle trouva Jeanne sanglotant toujours en boule dans le lit. Elle la prit dans ses bras et la serra pour la réconforter. « — Lesbats, y croit que je me suis fait engrosser par un autre !

— Un autre ! Dia ! Mais il est pec ! qu’est-ce qu’il a dans la cabessa ? Ça tourne pas rond. Laisse tomber, ça va lui passer.

De son côté, Philippe-Amédée chevauchait vers Bordeaux comme s’il avait le feu à ses basques. Il allait sans réfléchir, la tête surchauffée prête à exploser vers la « maison Doré ». Comment avait-elle pu tomber enceinte ? Il refusait ! Il ne pouvait revivre la perte d’un être cher, il s’en sentait incapable. Il en pressentait la douleur. Plutôt mourir que de recommencer ce chemin de croix, ce calvaire abominable.

Jean-Marc Nattier (portrait d'un femme dans gris.jpgLa « maison Doré », l’auberge, qu’il avait choisie pour refuge, se trouvait sur le bord du chemin du Médoc aux abords du Palais Gallien, palais d’une princesse antique, du moins le croyait-on. Dès le soir, il hébergeait surtout un peuple de filles de joie. La « maison Dorée », qui sous couvert de proposer le gîte et le couvert, était avant tout une maison de jeu où l’on trouvait aussi les plus belles gourgandines de la ville. C’était une demeure cossue en pierre avec deux étages supérieurs et six fenêtres à chacune. Elle était enfouie dans un parc foisonnant entouré d’un mur et de grilles. Madame de Saint-Seurin, maquerelle qui n’avait rien de noble, si ce n’est un reste de joliesse que le temps n’avait pas totalement éculé, avait hérité de ce bien inattendu d’un amant sur le retour alors qu’elle-même était dans la fleur de l’âge. Elle avait su faire fructifier ce cadeau de la providence, ce qui lui avait épargné les déboires de la prostitution, elle ne s’était réservé que quelques amants riches, pour les plaisirs et les cadeaux substantiels. Sa maison était de bonne renommée et fréquentée par la noblesse d’épée comme de robe qui y croisait la bourgeoisie du négoce florissant. Madame de Saint-Seurin était très pointilleuse sur le comportement de sa clientèle, elle ne tolérait que les bonnes manières et ne supportait aucun débordement dans son établissement. Pour se faire aider, car rien ne l’agaçait plus que lorsque cela ne se déroulait pas selon ses désirs, elle se faisait seconder par un géant venu du Nord qui la badait, réalisant tous ses désirs mêmes les plus intimes, et une vieille femme racornie, toujours vêtue de noir avec un liseré de dentelle blanche surnommée, par tout un chacun, la Maintenon.

Ce fut elle qui accueillit Philippe-Amédée avec une grimace qui parlait pour elle : « — monsieur le vicomte veut peut-être se rafraîchir ? Il semblerait qu’il est fait une longue route. » Philippe-Amédée s’aperçut dans une glace du vestibule, il se vit tout crotté. « — Ma foi oui, je prendrai une chambre et si l’on pouvait me brosser mon habit ?

— Bien sûr, monsieur le vicomte, cela sera fait selon votre désir.

Avec un sourire, elle tendit la main, réclamant par ce geste fort courant une avance d’un louis qui réglerait cela. On ne le faisait pas à la Maintenon, d’autant qu’elle en avait vu d’autres et des biens plus grands que le petit vicomte. Mais elle n’avait jamais eu à se plaindre de celui-ci. Elle l’accompagna à l’étage de l’aile gauche du bâtiment. La chambre était meublée confortablement avec un goût un peu surchargé, mais l’ensemble était chaleureux. Quelques gravures sur les murs rappelaient les plaisirs que l’établissement était à même de proposer.

Une heure plus tard, un bain pris, il descendit et avala un repas et quelques verres. Madame de Saint-Seurin vint lui souhaiter le bonjour et lui demander ce qu’elle pouvait pour lui. Elle connaissait le vicomte qui venait régulièrement dans son établissement pour jouer, mais comme il était tôt, elle supposait qu’il désirait peut-être autre chose. Outre la recherche du plaisir certain de ses clients venaient se réfugier loin des charges conjugales et familiales. « — Jouer ! À cette heure ? Vicomte, vous n’y pensez pas. Profitez du jardin, de notre cave. Voulez-vous un peu de compagnies  ? Dès que des joueurs de votre valeur nous auront rejoints, je vous ferai signe. »

Le jour tombait quand la table de pharaon fut ouverte sous l’œil vigilant de la maîtresse de maison qui se déplaçait entre les tables de reversis le sourire aux lèvres, le port altier mis en valeur par une robe de soie bleu nuit sur la jupe d’un ton plus clair digne d’une marquise. Elle adressait à chacun un mot aimable, proposait un verre de vin ou de champagne, comprenait à demi-mot les demandes particulières concernant les jeunes filles qui elles aussi soigneusement préparées agrémentaient la soirée sans trop de vulgarité en ces lieux. Les salons de jeu devaient rester policés, d’autant que quelques mouches chaque soir s’infiltraient parmi la clientèle à la recherche d’informations en tous genres. Toute la nuit, oubliant ses ennuis, ses angoisses, Philippe-Amédée se concentra sur son jeu, échangeant peu de mots avec les joueurs et gagnant plus qu’il ne l’avait fait jusque-là. À la pointe du jour, quand vint le moment de se retirer, à la surprise de la tenancière, qui le savait en ménage avec une jolie femme, car elle savait tout sur tous, il demanda une fille, elle lui en proposa trois. Il choisit la brune, elle lui rappelait Jeanne. Après la colère était venue la tristesse puis un sentiment de culpabilité commença à l’envahir dont il voulait prendre le contre-pied. Il monta avec la fille à sa suite. Elle vit tout de suite qu’elle n’avait pas affaire à un client traditionnel. Il était sombre et paraissait triste, quelque chose clochait. « — Pourvu que je ne sois pas tombée sur quelque tordu. » Il ouvrit la porte et la laissa entrer dans la pièce, il la trouvait charmante, un peu plus ronde que Jeanne, mais il n’avait jamais été porté sur les rondes contrairement à la plupart des hommes de son entourage qui aimaient dans la chair sa générosité. De toute façon, ce n’était pas Jeanne ! Il se déshabilla et se jeta sur le lit. Elle commença à minauder tout en se dévêtant. « — Ne te fatigue pas, j’ai payé pour le reste de la nuit. Je ne veux pas dormir seul, c’est tout. Profites-en pour te reposer ». Elle resta dubitative, l’examina, aucun client ne le lui avait encore fait. Elle lui proposa de parler, certains aimaient cela, ils se confiaient à elle comme si elle avait été leur mère ou leur sœur. Cela la surprenait toujours, mais bon ils payaient, par contre elle était toujours amenée à leur donner du plaisir. Cette fois-ci, elle était un peu déroutée, mais comme elle n’avait jamais entendu aucune de ses compagnes s’en plaindre, elle se rassura. Il refusa toutes conversations, il voulait dormir, si elle ne voulait pas, elle pouvait partir. La fille ne demanda pas son reste, à ce prix-là, il serait bon de dormir et s’il changeait d’avis, il n’était pas désagréable, il avait une tournure à son goût.

Trois jours durant, Philippe-Amédée joua et dormit avec la fille. Elle en était un peu frustrée craignant de ne pas le séduire, mais comme il ne demandait aucune autre fille, elle accepta, fataliste, la situation. Au milieu de la troisième nuit, il se réveilla brusquement se demandant ce qu’il faisait là. Le corps de Jeanne lui manquait, ses grands yeux noirs, sa bouche gourmande, son opulente chevelure, ses gestes spontanés sans affectations et pourtant si séduisants. Ni une ni deux, il sortit du lit. Il s’habilla, réclama sa monture au palefrenier qui grommela, le jour n’était pas levé. Une heure plus tard, il était sur l’antique voie romaine qui longeait le fleuve menant jusqu’à la pointe de grave en traversant le Médoc. Le clair de lune éclairait à peine la route qui n’était qu’un ruban d’argent sous les yeux du cavalier, mais c’était le meilleur guide vers son fragile bonheur. Comment avait-il pu être si blessant, si violent, faire subir son angoisse à Jeanne ? Parce qu’il avait peur de la perdre, il l’avait punie. Comment avait-il pu être aussi idiot ? lui pardonnerait-elle ?

 Au petit matin, il se glissa dans le lit dans lequel Jeanne était enfouie. Il la prit délicatement dans ses bras, elle entrouvrit ses yeux pleins de sommeil. Elle se blottit, dans ses bras, il la serra. « — Pardon, pardon ma Jeanne, jamais je ne te laisserai, jamais je ne t’abandonnerai, je te le jure. » Elle eut un sourire d’aise et plongea enfin dans un sommeil réparateur.

Chapitre 005

Jean-Baptiste Greuze, 1725-1805, French painter.jpg

novembre 1708, la naissance.

La tempête balayait la région, couchant les tamaris et les chênes. Malgré les digues, l’estuaire sortait de son lit, débordait vague après vague, déchirait, inondant les terres, détruisant les cultures. Rien ne paraissait interrompre la colère des éléments. L’orage crachait sa rage tonitruante à coup de tonnerre. Chaque éclat ponctuait les douleurs de plus en plus rapprochées de la parturiente. Jeanne retenait ses cris de douleur, mais les souffrances de l’enfantement fouraillaient ses entrailles, elle se sentait se déchirer au fil des contractions qui s’enchaînaient sans fin. Mais que pouvait donc être l’enfer si ce n’était cela ? Autour du lit, les femmes s’affairaient, la Léontine et La Lesbats s’activaient, l’une en conseil et l’autre en prières. Tout avait été prévu, l’eau bouillait dans un chaudron dans la cheminée, le linge immaculé était sous la main, Jeanne avait autour du cou les talismans, les sachets d’accouchée contenant des poudres de Dieu sait quoi, agates, racines de mandragores, pratiques ancestrales, pour faciliter l’accouchement, étaient glissés sous le matelas. Il n’y avait plus qu’à laisser faire la nature et à repousser les inquiétudes. La mère ne serait-elle pas punie pour avoir voulu se débarrasser de cet enfant ?

Au rez-de-chaussée, Philippe-Amédée vidait verre sur verre, il était en cela accompagné du père Guilhem. Il avait en cette occasion fait le déplacement, non pas pour prier, bien que ses pensées ne quittaient pas sa filleule, mais pour soutenir le père et partager du rhum des Antilles anglaises qu’il avait porté pour cette occasion. Cette boisson peu courante, avec sa couleur chaude, son goût rond et sucré empli de cannelle et de vanille, était pour lui idéale pour apaiser cette venue intempestive et sonore.

Un peu avant le jour, la tempête s’arrêta brusquement laissant derrière elle un silence incongru, ce qui permit aux deux hommes quelque peu éméchés, abrutis d’alcool et de fatigue, d’entendre brailler un nourrisson. Le vicomte se précipita, montant les marches deux par deux de l’escalier d’apparat. Le curé suivi, mais son corps et ses réflexes étaient moins fiables et son équilibre plus précaire. Philippe-Amédée rentra dans la chambre de l’accouchée, alors que la Léontine enlevait de la bouille de l’enfant le voile résiduel du placenta qui jusque-là l’enveloppait. L’enfant était né coiffé, ce qui présageait beaucoup de chance annonça fièrement La Lesbats. Car cet enfant était à tous. Léontine, elle, alors qu’elle retirait délicatement le porte-bonheur, avait les yeux tournés vers l’ailleurs. Elle faisait un songe éveillé, sûrement prémonitoire. Elle contemplait un fleuve large, bien plus large que leur estuaire, bordé d’arbres gigantesques couverts d’une dentelle végétale tombant jusqu’au sol. Au travers d’une brume cotonneuse qui flottait sur le sol, elle percevait le son sourd d’un chant primitif, sauvage, puis tout à coup le chanteur, la face noire comme du charbon surgit devant elle, ses yeux globuleux blancs enchâssant des pupilles noires comme des perles d’obsidiennes, fouillèrent son âme. Cela lui fit si peur que sortant de son songe brusquement elle lâcha l’enfant qu’elle tenait par les pieds lui tirant les cris qui dégagèrent ses poumons. La Lesbats qui observait la sorcière l’attrapa au vol tout en jetant un œil interrogateur à la voyante. Les autres ne firent pas attention, pendant que l’accouchée prenait trois cuillerées d’huile d’amande douce avec du sucre candi, le père prenait le nourrisson, cramoisie de colère et carotte de cheveux. C’était une fille et son père la regardait avec un amour sans faille. Elle fut nommée Blanche-Marie.

Chapitre 006

Peypédaut Jeanne (Arthur Rackham Rip Van Winkle 1905

1708-1720 L’enfance de Blanche-Marie

Blanche-Marie était un nourrisson plein de vigueur qui réclamait sa pitance avec régularité. Elle le faisait à grands cris, mais sans colère, faisant arriver sa nourrice, Bernardine, en courant, bien qu’elle ne fut jamais loin. Jeanne n’avait pas eu de montée de lait, elle ne pouvait nourrir l’enfant qu’elle avait porté. Elle avait pris cela comme une punition de Dieu pour avoir voulu faire disparaître cette vie si résolue à vivre. Imprégnée de cette culpabilité, elle couvait l’enfant, craignant désormais que le destin ne le lui enlève. Mais elle n’eut aucune maladie qui habituellement emportait les nourrissons. Quand vint le moment de se tenir sur deux jambes, Blanche-Marie se mit à courir partout où sa curiosité la portait, pas un recoin de la demeure n’était épargné. Devant l’énergie infatigable de la fillette, la vigilance, de tous les membres de la maisonnée, était requise. Celle-ci s’était agrandie, outre Bernardine, la pulpeuse nourrice originaire des landes de Gascogne, autour de laquelle le Martin tournait, La Lesbats était secondée par le Pierre ainsi que le Blaise et son épouse Madeleine revenus de Bordeaux avec leurs trois enfants en âge de se marier et donc de travailler. Mais de tous, celui qui était le plus en extase devant la petite fille, c’était son père. Il l’idolâtrait, elle lui ressemblait de plus en plus, elle tenait de lui ses boucles rousses flamboyantes et ses yeux immenses en amande d’un vert limpide qui cherchaient votre âme. Chaque fois qu’il le pouvait, il prenait la fillette avec lui qui religieusement buvait toutes les paroles de son père et comme un chaton ronronnant, elle se trémoussait sous les caresses paternelles. À ce groupe d’adorateurs vint se joindre le père Guilhem qui lui apprit à lire, écrire et compter, et encouragea sa curiosité qui semblait sans fin et ouverte à tout domaine. Son premier compagnon de jeu fut un chiot tout blanc à poil long qui devint rapidement plus haut qu’elle, l’animal était un don fait au vicomte, il avait été ramené des Pyrénées. Du jour où le chiot renifla la fillette, nul ne put l’approcher s’il était étranger ou si elle l’eut craint. Vint ensuite une oie, qu’elle avait recueillie, oison avec une patte cassée. Elle fit tant et plus, qu’elle obtint qu’on la soigne. Ce fut le Pierre qui lui montra comment lui faire les soins appropriés. Elle s’y appliqua, l’oisillon soigné et nourri par la fillette, il se mit aussi à la suivre. Cette petite troupe faisait sourire tout ce qui la croisait. Elle parcourait la campagne des bords de la Gironde au liseré de la forêt ramenant au château tout animal blessé du marcassin à la grenouille en passant par un renardeau et quelques oisillons tombés du nid. Il était évident pour tous que Blanche-Marie avait un don, sans rien faire elle attirait à elle les animaux même les plus craintifs et les plus sauvages. Aussi l’année de ses sept ans, son père la fit monter pour la première fois à cheval, elle trouva tout de suite son équilibre sur sa monture, cela semblait inné. De ce jour, elle le suivit sans frayeur sur une petite jument acquise par son père. En dehors de ses promenades, on la perdait dans la chambre où se trouvait une grande armoire détenant des livres qu’elle lisait sans vraiment toujours tout comprendre, mais avec une avidité insatiable. Élevée auprès de son père, elle recevait sans que personne n’en fasse grand cas, l’éducation d’un jeune noble, et bien des filles de la noblesse auraient envié cette attention qu’on lui portait. La seule chose qui ne l’intéressait pas et, ce n’était pas rien, c’était les travaux dévolus à son sexe. Elle fit un effort avec La Lesbats et accepta d’apprendre un peu de cuisines, mais le reste, ménage, broderie, couture et autres activités, elle resta réfractaire, elle se cabrait à chaque tentative de sa mère pour les lui inculquer. Jeanne ne pouvait rien y faire, tous lui passaient ses moindres fantaisies, elle n’obtenait même pas de Blanche-Marie qu’elle s’habille en fille. Depuis qu’elle montait à cheval, elle ne portait que la culotte et le pourpoint, vêtement que son père lui avait fourni malicieusement. Elle avait poussé en hauteur et ne s’épaississait pas, si son épaisse chevelure, que l’on nattait sur sa nuque, n’avait pas été là, elle eut ressemblé à un garçon dont elle avait l’allure déguindée et l’énergie dans les gestes un peu brusques.

Peypédaut Jeanne (Pamela-1742.pngDe son côté, Jeanne, que le temps rassurait, malgré quelques inquiétudes passagères, devenait la maîtresse du château. De plus en plus belle, Philippe-Amédée s’éloignait de moins en moins de cette compagne qui le comblait en tout. Il l’avait même emmenée à Bordeaux ; elle qui n’était jamais allée plus loin qu’au bourg de Pauillac. Ils avaient logé dans la meilleure hostellerie de la ville, « Au Chapeau rouge » donnant sur les fossés du même nom ayant deux ruisseaux et bordé de quantité de belles maisons qui avaient laissé la jeune femme ébahie. Jeanne avait découvert la ville, à l’ombre du château Trompette, aux rues à angle droit, reste du tracé romain dans lequel s’immisçaient des quartiers aux rues étroites. Il lui avait fait admirer les hôtels particuliers dans le quartier de la Rousselle et autour de la cathédrale saint André. Il l’avait entraînée dans les échoppes de la rue Sainte-Catherine et de la rue porte Dijeaux, il lui fit acheter mille et une choses, faites pour le plaisir des femmes, et dans une boutique qui relayait la mode de Paris, il lui avait fait acquérir deux larges manteaux de soie. Elle avait bien refusé arguant qu’elle ne pourrait les porter, son bon sens paysan prenant le dessus ; il avait insisté, car il voulait la voir dedans, elle avait cédé. Elle était revenue éblouie de la ville, mais triste, car elle savait sa situation précaire, un rien pouvait la faire basculer. Ses craintes étaient infondées tant Philippe-Amédée  la rassurait et lui prouvait par mille attentions et cadeaux la profondeur de son attachement. Mais cela était plus fort qu’elle, ce qu’elle vivait lui paraissait trop beau. Ses inquiétudes s’étendaient à son enfant, il fallait lui assurer un avenir. Quand elle eut douze ans, Jeanne décida qu’il fallait arrêter les enfantillages, elle pouvait désormais devenir une femme d’un jour à l’autre, il fallait s’y préparer. Avec l’éducation qu’elle avait reçue, bien au-dessus de sa condition, car Jeanne n’oubliait jamais qu’elle était une bâtarde, et avec le soutien de Philippe-Amédée qu’elle supposait acquis, Blanche-Marie, même si elle ne s’en souciait pas, pouvait espérer épouser quelques petits bourgeois ou artisans de la ville qui trouveraient avantages à sa naissance particulière. Bordeaux serait idéal, elle serait loin de son lieu de naissance et des commérages qui pourraient entacher voire empoisonner la vie de femme de la fillette. Quand Jeanne s’en ouvrit à son amant afin de tâter le terrain, il mima la colère, se moquant d’elle. « — Sa fille ! Épouser un roturier ! Lui vivant. Jamais ! » Au sein de cette plaisanterie, le fond de sa pensée s’en trouva tout de même exposé, il n’était pas question que son joyau de fille épousât la roture, il trouverait quelques nobliaux ayant gentilhommière. Et si jusque-là il ne s’était guère soucié du devenir de sa fille, il se mit à y réfléchir très sérieusement. Il avait vécu au jour le jour se prélassant dans le bonheur que Jeanne à chaque instant lui apportait, s’émerveillant devant sa fille, mais il n’avait jamais rien fait pour les protéger et avait laissé sa vie suivre son cours. Il avait été contrarié d’être mis devant ses responsabilités, de se rendre compte que sa petite fille pouvait devenir une femme, ce n’était pour lui qu’une enfant, encore un bébé. Son esprit s’en était trouvé troublé.   Fort de cette prise de conscience, à la grande contrariété de Blanche-Marie, il lui offrit son premier corps-corset avec injonction de porter désormais des vêtements féminins, seule exception accordée le port de la culotte pour monter à cheval. La fillette essaya d’attendrir son père, se mit en colère, rien n’y fit, il ne céda pas. Elle en porta rancune à sa mère, qui pourtant essaya de lui faire comprendre qu’il fallait qu’elle se plie à son statut, mais elle lui garda rancune de la priver de liberté, car corsets, casaquins, manteaux de robe, jupes, jupons, criardes étaient pour elle une prison, une cage, une entrave aux moindres de ses mouvements. Il fallut tout le savoir-faire de La Lesbats pour qu’elle veuille bien se plier aux inconvénients de sa nouvelle vêture.

Jean Baptiste Greuze français, 1725-1805 Buste de jeune femme, vers 1775 .jpg

Cette histoire met en scène des personnages réels et des personnages fictifs ainsi que des événements et des dialogues inventés à des fins dramatiques et afin de compléter les vides des biographies. Les illustrations des personnages ne sauraient être confondues avec les personnes réelles.

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2 réflexions sur “Le drame de Natchez ou Jeanne Peydédau 004 à 006

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