Le drame de Natchez ou Blanche-Marie Peydédau 12 et 13

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Épisode 12

Joseph Ducreux - Portrait of Pierre Choderlos De Laclos (1741-1803), officer and French writer (pastel and w:c on paper).jpg

Le moribond

Dans son bureau lambrissé, éclairé par de hautes fenêtres à ventaux du château de l’ombrière, le Marquis de Landiras de Montferrand, tout à sa charge de Grand Sénéchal de Guyenne, lisait son courrier, tout au moins celui qui lui était adressé en personne, le reste étant à la charge de ses secrétaires. La lettre qu’il décacheta l’intrigua. Elle lui était adressée par le vicomte de Castelnau de Saint-Mambert. Le nom ramenait à sa souvenance une histoire lointaine dont il avait éloigné de sa mémoire le déroulement et les détails. Le souvenir en était incertain, mais éveillait sa curiosité.

21 août 1729

De monsieur le vicomte de Castelnau de Saint-Mambert

À monsieur le marquis de Landiras de Montferrand

Monseigneur,

Je m’adresse à vous pour aboutir un dossier que vous avez été amené à traiter à l’automne de l’an 1721.

J’ai en ma possession des éléments qui permettraient de rendre pleine et entière justice à deux protagonistes alors injustement châtiés.

Je suis à ce jour moribond, atteint de fièvre typhoïde, je ne peux venir à vous.

Monsieur, pouvez-vous venir à moi ?

Veuillez agréer, monsieur, mes très respectueuses considérations.

Votre serviteur

Voilà qui avait de quoi perturber sa tranquillité d’esprit. Monsieur de Montferrand fouillait en vain dans sa mémoire, il avait tant réglé, tranché, jugé d’affaires, qu’il n’arrivait plus à se souvenir des tenants et des aboutissants de celle-ci. Cela l’agaçait désagréablement, il pressentait une histoire nauséabonde, il ne pouvait en rester là. Il demanda à son secrétaire d’aller rechercher un dossier qui devait être en toute logique au nom des Castelnau de Saint-Mambert.

La porte à peine fermée, le secrétaire du Sénéchal maugréait à l’idée de cette recherche. Il avait bien compris qu’elle tenait à cœur à son maître, il devrait donc la faire lui-même. Il se dirigea sur l’instant dans le « fond sans fin « comme les commis surnommaient les archives les plus anciennes. Il mit plusieurs heures à trouver le dossier qui en fait se résumait à une lettre.

Jean-Louis Ernest Meissonier, le Liseur blanc

À peine entre ses mains, monsieur de Montferrand, tout en la parcourant, se remémora cette ancienne histoire, l’accident meurtrier du précédent vicomte de Saint-Mambert et ses conséquences. Revint à sa mémoire l’exil de la maîtresse du vicomte et de sa fille. Il se souvenait très bien de la femme, belle femme brune, et sa gamine, une rouquine qui promettait. Il comprenait maintenant pourquoi la lettre l‘avait mis mal à l’aise. La culpabilité revint à lui, il n’avait alors pas aimé ce que les circonstances l’avaient obligé à faire. Il irait donc voir le moribond, cela allégerait peut-être ce cas de conscience.

*

Son carrosse encadré de quatre cavaliers, gens d’armes à sa solde, franchit la grille du domaine de Saint-Mambert à midi de relevé. Le château, qui était fort bien entretenu, avait gardé sa splendeur telle qu’il l’avait gardé dans son souvenir. Les chênes et les marronniers rougissaient des premiers feux de l’automne et l’encadraient de leur flamboiement. Lorsque monsieur de Montferrand descendit de sa voiture, Madeleine que le temps avait transformée en femme plantureuse pleine d’autorité, devenue gouvernante du château, attendait sur le perron. Le secrétaire du Sénéchal, qui faisait partie du voyage officieux, s’élança dans les degrés de l’escalier de pierre pour l’annoncer. « — Martin, le valet de chambre de monsieur le vicomte, est allé annoncer monseigneur. » Monsieur de Montferrand avec plus de retenue suivit son secrétaire profitant au passage du paysage environnant. Madeleine fit la révérence comme sa maîtresse, madame de Martignas, le lui avait enseigné. « — Monseigneur est attendu par monsieur le vicomte. Il est désolé, mais il ne peut venir jusqu’à Sa Seigneurie.

— Ce n’est rien, il m’a semblé comprendre qu’il était effectivement au plus mal. Je vous suis.

*

La fenêtre de la chambre avait été grande ouverte à la demande de monsieur de Saint-Aubin, vicomte de Castelnau de Saint-Mambert dernier de la lignée, afin d’en chasser les miasmes ainsi que les odeurs de la maladie. Il avait balayé les objections de Martin, devenu son valet de chambre, se préoccupait de tous ses besoins, et de cela avec application. Il objecta que désormais un coup de froid ne changerait rien au déroulement de sa fin, ce qui avait contrarié le jeune homme que les années avaient attaché à son maître. Il avait ensuite envoyé chercher le curé de Saint-Mambert. Celui qui avait remplacé le père Guilhem décédé arriva dans la foulée du Sénéchal, et après maintes courbettes de salutations il le suivit dans la chambre du malade.

À l’entrée de monsieur de Montferrand, d’un geste empreint de fatigue, monsieur de Saint-Aubin fit signe à Madeleine de fermer la fenêtre, alléguant qu’il ne voulait point faire prendre froid à son invité. Il se tenait assis dans son lit, le dos droit soutenu par de gros oreillés installés par Martin. Le Sénéchal s’assit sur la chaise à dossier droit préparée à son intention près du grand lit à baldaquin dont Martin avait tiré les rideaux. Le secrétaire du Sénéchal et le curé de Saint-Mambert se tenaient debout en retrait de l’autre côté du lit magistral, témoins muets de la scène à venir à la demande de leurs maîtres respectifs. « — Je suis désolé, mon seigneur, de vous recevoir avec si peu de protocole, la fièvre me tient journellement, et Dieu seul a voulu qu’en ce jour, elle ne vienne point embuer mes pensées.

— Ce n’est rien monsieur le vicomte, nous devons faire avec les vicissitudes de la vie, et rassurez-vous, je ne m’en formaliserai point. Afin de ne pas vous fatiguer inutilement, voulez-vous que nous rentrions tout de suite dans le cœur du sujet ?

— C’est aimable de votre part… et vous avez raison, je vais aller droit au but, le temps me presse… Je vous ai fait venir jusqu’à moi afin de soulager quelque peu ma conscience en remédiant si possible à mes erreurs passées. J’ai omis par faiblesse de rendre justice à mon frère et j’ai laissé mon épouse et moi-même devenir les bourreaux aveugles d’innocentes… Dieu a rendu en partie sa justice. Madame de Martignas est décédée d’un mal incurable qui a mis des années à lui ronger le cœur. Quant à moi, la fièvre me fait jour après jour mourir de faiblesse. Dieu nous a puni l’un et l’autre par là où nous avions pêché. J’espère que dans ce même temps, il a été plein de mansuétude envers les victimes de cette injustice. »

Monsieur de Saint-Aubin réclama dans la foulée de ce mea-culpa un verre d’eau. Madeleine le lui tendit et essuya son front avec un linge humide. Il ferma un instant les yeux, l’effort avait été intense. Monsieur de Montferrand se demandait où tout cela le menait. Il avait bien sûr appris le décès de madame de Martignas, fille du vicomte de Saint-Médard, propriétaire des poudreries royales, ce qui l’avait alors laissé indifférent. Depuis cette triste affaire, où on lui avait forcé la main l’amenant à faire déporter la maîtresse et la fille du vicomte de Castelnau de Saint-Mambert d’alors, il n’avait plus eu affaire à elle. La maladie l’avait empêchée de profiter des avantages qu’elle avait retirés de la mort de son beau-frère et n’avait pu pavoiser comme vicomtesse. Comme il ne l’avait jamais appréciée, elle lui rappelait par trop cette mainmise sur son pouvoir, il était resté indifférent à ce qu’elle était devenue. Monsieur de Saint-Aubin désaltéré, semblant avoir repris quelques forces, reprit donc sa confession.   « — Je vous rassure, mon frère est bien mort d’un accident, la rouille avait bien enrayé le mécanisme de l‘arme fatale. Mais mon frère avait fait un testament que j’ai laissé par lâcheté et par convoitise détruire par mon épouse. Ledit document reconnaissait Blanche-Marie Peydédaut comme sa fille et unique héritière, avec moi comme tuteur de celle-ci. Cela ne m’a pas suffi et encore moins à madame de Martignas. Ma femme a poussé plus loin l’ignominie puisque par son entremise et celle de son père, elle vous a amené à la faire déporter ainsi que sa mère Jeanne… mon frère l’aurait épousée s’il en avait pris le temps, de cela, j’en suis presque assuré aujourd’hui. Pour la filiation de Blanche-Marie, il reste pour preuve la Bible familiale où sont inscrits mariages, naissances, et décès de notre famille. Vous pourrez y trouver le nom de Blanche-Marie à la dernière ligne inscrite de la main de mon frère. » Martin tendit le livre saint à la page dite. Monsieur de Montferrand en prit lecture et fit passer l’objet à son secrétaire. La preuve des turpitudes s’étalait en une calligraphie élégante. « — La reconnaissance en paternité de mon frère est aussi inscrite sur les fonts baptismaux de l’église de Saint-Mambert. J’ai toujours été étonné que mon épouse n’y ait point pensé alors qu’elle a fouillé toute la maison pour retrouver notre Bible. Enfin, c’est comme cela… »

Thomas Lawrence.jpgLe moribond ferma les yeux reprenant un peu de forces. Le Sénéchal était toujours surpris de ce que les gens pouvaient confier à l’approche de la mort. Les portes de Saint-Pierre ouvraient celles de la crainte du jugement dernier et parfois celles du cœur. Dans ce cas présent, il aimait croire qu’il y avait un peu des deux. Il ne disait rien, attendait la suite, car cela ne pouvait s’arrêter là, un curé y aurait suffi. « — Si je vous ai invité à venir jusqu’à moi, monseigneur, c’est pour m’aider à rendre justice plus que pour écouter une confession qui, je l’admets, est quelque peu tardive. Je n’en ai plus pour très longtemps, j’ai donc fait mon testament en faveur de Blanche-Marie. Et comme mon frère en avait décidé au préalable, tous ses biens lui reviennent, ainsi que les miens incluant ceux de mon épouse. Pour le titre, elle le transmettra au premier mâle de sa descendance. Je voudrais être sûr que cette fois-ci rien ne vienne compromettre les dispositions de mon frère. Je vous demande instamment de bien vouloir protéger ses arrangements et de les faire réaliser. 

— Monsieur le vicomte, vous êtes bien conscient que ces deux femmes ne sont peut-être plus en vie à cette heure ? La vie dans les colonies est loin d’être une sinécure.

En fait, le grand sénéchal savait déjà que Jeanne était morte pendant le voyage. Quand son secrétaire lui avait ramené le maigre dossier de l’affaire, les protagonistes lui étant revenus en mémoire, il lui avait demandé de faire des recherches à leurs noms. Son secrétaire avait trouvé les minutes du procès des trois marins ayant violenté la femme Peydédaut. Par contre, rien n’avait été découvert au sujet de Blanche-Marie Peydédaut, il y avait donc encore une chance qu’elle fut en vie. Il ne rajouta rien de ses funestes connaissances, le moribond n’avait point besoin de cela. « — Je m’en doute, monsieur, mais j’espère que Dieu les a préservées. Si tel est le cas, protégez ses biens de la main de mon beau-père qui sans nul doute voudra se les annexer. »

Monsieur de Montferrand n’en doutait pas, il connaissait l’homme et sa roublardise, mais cette fois-ci, il ne lui laisserait pas le dessus malgré ses manigances, cela, il se le promit comme il le promit à monsieur de Saint-Aubin.

*

Un peu plus d’un mois plus tard, monsieur de Montferrand apprit le décès de monsieur de Saint-Aubin et dans les jours qui suivirent, monsieur de Saint Médard demanda une audience.

Il se présenta en son hôtel particulier de la rue Porte-Dijeaux. Monsieur de Montferrand, qui compulsait un dossier sur la remise des tailles de la région qui paraissait délictueuse, fut interrompu dans son étude par l’annonce de son valet de chambre. « — Faites installer monsieur de Saint Médard dans le salon donnant sur le jardin. La vue de ce dernier devrait le distraire en m’attendant. Faites venir mon secrétaire. » Monsieur de Montferrand se fit alors habiller et coiffer prenant soin et temps pour sa satisfaction. Quand il se sentit à même de rencontrer son invité impromptu, il descendit avec son secrétaire. Il avait demandé à ce dernier d’assister à l’entretien. Non pas, pour avoir un témoin, ce dont il avait cure, mais pour mettre mal à l’aise monsieur de Saint Médard, qui ne pourrait se permettre trop de manigances devant un tiers, même subalterne. Il ne doutait pas du sujet de l’entrevue, ce qui l’amusait, car il avait déjà tout cadenassé. Il entra dans son salon où l’attendait son invité qui ne pouvait s’empêcher d’admirer l’ameublement à la dernière mode. Monsieur de Montferrand avait fait venir du faubourg Saint-Antoine tous ses meubles, c’était la plus belle pièce de son hôtel, elle en imposait beaucoup ce qui était le but avoué. « — Monsieur de Saint Médard, veuillez m’excuser de cette attente prolongée, mais vous m’avez pris au dépourvu.

— Je vous en prie, cela n’est point grave, j’ai tout mon temps.

Un valet fit le service, tendant à chacun une tasse de café. Le secrétaire du Sénéchal se mit en retrait avec sa boisson. « — Que puis-je pour vous, monsieur ?

— j’ai un souci familial pour lequel vous pouvez m’éclairer, voire m’aider.

— Moi ?

— Oui, monsieur, mon beau-fils comme vous devez le savoir est décédé il y a deux jours.

— J’ai appris cela, veuillez recevoir toutes mes condoléances, la typhoïde aura donc emporté monsieur de Saint-Aubin.

— Oui, fait. Notre notaire de famille monsieur Barberet m’a indiqué que le testament de mon gendre était en votre possession ?

— Oui, cela est exact.

— Puis-je savoir pourquoi ?

— C’est votre beau-fils qui m’a demandé d’être son exécuteur testamentaire.

— Puis-je en connaître la teneur ?

— Elle est fort simple, monsieur de Saint-Aubin a légué l’ensemble de ses biens à son unique héritière, sa nièce.

— Mais il n’a pas de nièce !

— Comme vous le savez, il en a une. Son frère, le précédent vicomte de Castelnau de Saint-Mambert avait pris le temps avant sa mort de reconnaître une enfant illégitime.

— Mais elle est sûrement morte et vous devez en savoir quelque chose.

Monsieur de Montferrand ne se décontenança pas, il sentit la menace sous-jacente, il comprenait bien ce que voulait faire son interlocuteur, retourner la situation afin qu’il se sentît lui-même coupable.

— Jusqu’à preuve du contraire, ses biens sont donc sous la protection de la couronne. Et si par malheur vos allégations se révèlent justes, l’ensemble rentrera dans les biens de la couronne.  

— Mais c’est illégal, c’est la mainmise sur mes biens, c’est du despotisme !

— Monsieur, faites attention à ce que vous dites. De plus, comment nommeriez-vous la destruction du testament du précédent vicomte de la main de votre fille, et l’accusation sans fondement ayant pour but de se débarrasser de l’héritière ?

— Mais c’est une imputation infondée, scandaleuse, vous n’avez aucune preuve de cette infamie.

— Vous pensez bien, monsieur, que je ne permettrai pas sans preuve. Malheureusement, votre beau-frère a joint à son testament une confession écrite des faits. Bien sûr, je n’ai nulle intention de m’en servir inutilement, à moins d’en avoir besoin.

— Mais c’est du chantage !

— Non, c’est de la justice !

Monsieur de Saint-Médard se leva d’un bond et sans plus de politesse quitta la pièce. Monsieur de Montferrand savait qu’il avait désormais un ennemi déterminé. Mais le destin voyait les choses autrement. À peine installé dans son carrosse, sous la colère, le vicomte de Saint-Médard eut une crise d’apoplexie qui devait le laisser fort amoindri.

épisode 013

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Les Natchez 1729

Le capitaine Etcheparre, que tous nommaient Chépart, commandant du Fort-Rosalie avait décidé de fêter son retour victorieux au fort, ce serait pour lui une sorte de revanche envers ses détracteurs. Il revenait de La Nouvelle-Orléans où il avait été traduit devant le Conseil supérieur de la colonie à l’instigation de quelques habitants du pays des Natchez, ce qu’il avait fort mal pris. Son comportement de petit tyran local, ses façons autoritaires et injustes, scandalisaient aussi bien les Blancs que les Indiens et les différents rapports qu’avait reçus le gouverneur Périer avait attiré son attention. Ces accusations corroboraient le dernier de ces rapports qui venait de lui parvenir, tout laissait à penser que les choses se passaient très mal chez les Natchez. Au Fort-Rosalie, la garnison se brouillait continuellement avec les sauvages, preuve en était, ces derniers coupaient subrepticement en signe de mécontentement la queue de leurs juments depuis que le capitaine, monsieur de Merveilleux, en était parti. Le gouverneur Périer, mécontent, avait donc convoqué le capitaine Etcheparre. Il l’avait réprimandé, Chépart avait fait le gros dos. Il avait justifié son comportement autoritaire en se défaussant sur le comportement de ses hommes qui avaient tendance à se relâcher, et ceci pour lutiner les Indiennes. Il avait bien sûr omis de dire qu’il était lui-même très friand des jeunes sauvageonnes. Il expliqua brièvement que pour maintenir la bienséance, il avait été amené à faire preuve de plus de rigueur. Il voulait bien admettre qu’il avait peut-être exagéré, et avait juré qu’il allait se montrer plus humain avec ses hommes, mais que tout ceci était avant tout la faute des sauvages. Il allait du reste leur ordonner de repartir dans leur village ainsi tout rentrerait dans l’ordre. Monsieur de Périer, satisfait de ces bonnes résolutions, le laissa repartir et le maintint dans ses fonctions. Ses accusateurs pensèrent que le gouverneur avait été trop indulgent en la circonstance et que cela apporterait du malheur. Le capitaine du fort en avait cure et pour le prouver à tous, il allait donner un banquet. Il voulait profiter de cette occasion pour annoncer à l’assemblée invitée constituée de militaires, directeurs des concessions de la compagnie, planteurs de la région, sa nouvelle décision, sa nouvelle acquisition. Il savait d’avance que cela allait amener des réactions houleuses, mais cela lui était indifférent, voire l’amusait.

*

Plus faraud et plus impertinent que jamais, à peine arrivée il avait projeté, en retrouvant ses quartiers dans la région où prospéraient de nombreuses plantations de maïs, de patates douces, de tabac et de beaux vergers, de s’attribuer un domaine à sa convenance, cela afin de se venger des Indiens ainsi que des colons en s’attribuant l’une des terres les plus riches. Ayant étudié les lieux, il avait jeté son dévolu sur le tranquille village indien de Pomme-Blanche. La petite agglomération, située au bord d’une rivière, au nord du grand village des Natchez, comptait quatre-vingts cabanes habitées par de bons cultivateurs. Que ce fut de plus pour ce peuple une terre sacrée n’avait aucune importance à ses yeux. Au lieu de se déranger, comme le faisaient jusqu’ici ses prédécesseurs, il convoqua avec autorité le Grand-Soleil des Natchez à Fort-Rosalie.

capitaine Etcheparre.jpgLe Basque avait bu son comptant avant l’arrivée de la délégation. L’alcool amplifiait ses travers habituels. Il était plus que jamais imbu de lui-même. Sans aucune forme de politesse, ni préparation, sans avoir ni offert le calumet, ni même à boire, ce qu’il savait pourtant si bien faire, Chépart, démarra l’entrevue sans préambule en déclarant brutalement au Grand-Soleil qu’il allait saisir son village de la Pomme-Blanche, et le remplacer par un poste français avec autour une plantation. Devant cet ordre méprisant et soudain, le Grand-Soleil resta abasourdi. Impassible, avec beaucoup de majesté, il protesta : « — Les Français et notre frère blanc monsieur de Bienville ne nous ont jamais traités ainsi. Il était notre ami. Il nous a acheté tout ce qu’il voulait et nous ne lui avons non pas vendu, mais donné ce qu’il désirait. Les os de nos ancêtres reposent à Pomme-Blanche. Laissez-nous notre village, prenez autre chose. Car le père des grandes eaux nous protège ! » Chépart ignora les arguments et intima l’ordre aux habitants du lieu convoité de déguerpir avant que la pleine lune se soit montrée deux fois, ce qui était à son avis déjà beaucoup et démontrait bien sa mansuétude. Si cela ne convenait pas au Grand-Soleil, il chargerait celui-ci pieds et poings liés sur une galère, et l’expédierait à la capitale. L’entourage du capitaine était médusé, et commençait à s’inquiéter de la réaction des Natchez, pourtant le roi insulté ne cilla même pas devant la grossièreté du militaire. Dans un premier temps, les Autochtones, dont les ancêtres avaient toujours occupé l’endroit, ne s’étaient pas laissés impres­sionner et étaient restés stoïques. Etcheparre n’ayant aucune envie de parlementer avait menacé de les expulser manu militari. Le Grand-Soleil n’avait cependant pas bougé d’un pouce et avait décidé de négocier. Il obtint un délai jusqu’à ce que la récolte de blé soit engrangée et avait offert en gage de soumission et de dédommagement, cent cinquante livres de grain plus une volaille. Chépart, agacé, mais sentant tout de même qu’il ne pouvait pas aller trop loin, avait accepté, insultant néanmoins le Grand-Soleil, en agrémentant à la surprise de ses hommes comme du potentat et de ses guerriers, son propos d’un   : « — Saloperie de sauvage qui n’a droit à rien ! ». Tous crurent, sauf le capitaine grisé par l’alcool, que cela allait virer au carnage. La tension était à son comble, le chef indien jugea que ce n’était pas le moment, l’entretien se clôtura sur ce supposé arrangement.

Après cela, persuadé d’avoir dompté les Natchez, le capitaine du fort se rendit, tout en se frottant les mains, sur les lieux de sa réception, c’était décidément une belle journée. Il avait fait transformer par la troupe un hangar à tabac en salle de banquet. Il y avait fait poser un plancher et tapissé les murs et les poteaux de soutènement de branchages et de fleurs afin de cacher les parois rustiques. Le résultat était à sa convenance, les tables sur tréteaux allaient pouvoir accueillir la centaine de convives attendus. Depuis la veille, les esclaves réquisitionnés à cet effet faisaient rôtir les bêtes prélevées sur le cheptel.

*

Les époux Roussin et Blanche-Marie remontaient à la force des bras de cinq esclaves les quelques encablures qui les séparaient du Fort-Rosalie. Jean avait laissé la garde de sa propriété à un métis de Saint-Domingue qu’il avait engagé comme commandeur de ses nègres, et Marie avait laissé son garçonnet entre les mains de Zaïde et Abigaël en qui elle avait désormais toute confiance. Le temps était clément, la course des nuages donnait du relief à un ciel bleu-indigo. Les températures étaient douces, les orages des derniers jours avaient chassé les chaleurs étouffantes de l’été, et permettaient aux dames de porter la tenue de leur choix sans être incommodées par leurs corsets et jupons. Marie avait prêté à sa compagne une de ses robes acquises par le biais d’Alboury, en Indienne, à dos flottant, dans des tons pastel mettant en valeur sa flamboyante chevelure qu’elle avait tressée et construite en chignon. Marie s’était gardé un modèle similaire dans des tons plus soutenus qui convenaient mieux à sa carnation. Jean-Michel MoreauElles étaient en joie à l’idée d’un banquet qui allait interrompre la monotonie de la vie à la plantation. Sous leurs chapeaux de paille et leurs ombrelles, elles souriaient, riaient, commentaient avec malice les dernières nouvelles des personnes qu’elles allaient voir. Ce moment léger plein d’insouciance fut altéré quand Blanche-Marie qui laissait glisser son regard sur la berge, aperçut un groupe d’Indiens progresser sous couvert du sous-bois. Elle eut un ressenti désagréable dont elle fit part sur l’instant aux Roussin. Jean regarda vers le groupe indiqué, c’était des Natchez, ce qui était somme toute normal, et bien qu’il prétendît le contraire, il n’aima pas ce qu’il voyait. Il y avait quelque chose de suspect, d’étrange, dans le comportement des Indiens. Ils ne paraissaient pas agressifs, mais leur stoïcisme qui les avait figés sur leur passage semblait être empli d’animosité. Pour rassurer les jeunes femmes, il essaya de balayer l’inquiétude, qui flottait, d’un ton paternel qui ne réussit pas à dissiper l’impression désagréable. Ils se détendirent quelque peu quand les Natchez furent hors de leur vue.

*

Le groupe descendit au débarcadère face au Fort-Rosalie qui surplombait au loin les rives du fleuve. À peine sur le chemin qui y menait, ils furent alpagués par monsieur de Montigny qui les attendait avec une carriole, il était venu directement de la concession Terre-Blanche jusqu’au ponton. Il était visiblement exaspéré, tout en lui trahissait l’agitation. Ils n’eurent pas long à attendre pour en connaître le sujet. Il était, encore une fois, fort remonté envers le capitaine Etcheparre. Il lui reprochait son comportement injuste et tyrannique envers un soldat, qui par ailleurs était sous ses ordres. Il expliquait en long et en large, tout en conduisant le véhicule, que cette attitude dévalorisait son statut de chef, que ses hommes ne le respectaient plus, ou peu s’en fallait, ne lui faisaient aucune confiance, aussi si une crise avec les Indiens venait à venir, ce serait catastrophique. Jean essayait de calmer son ami du mieux qu’il pouvait, afin de ne pas affoler leurs compagnes. Les deux jeunes femmes ne paraissaient pas se soucier de ce débordement colérique, tout au moins en apparence. Blanche-Marie souriait pensive à l’ire de monsieur de Montigny. Elle avait constaté que sous des dehors les plus affables, il avait l’emportement facile. Les questions d’honneur, de rang et de préséance lui déclenchaient des débordements qui avaient eu pour conséquence la perte du soutien de beaucoup de ses supérieurs au point que désormais certains lui battaient froid et même monsieur de Bienville avait dû un temps le mettre aux fers. Bien qu’il ait souvent raison, cela lui coûtait grand tord, dont la dérision de son entourage était la moindre. Marie Roussin, dont sa faiblesse pour lui était évidente, prenait son comportement pour une âme chevaleresque pleine de courage. Blanche-Marie, que l’homme agacé le plus souvent et qui trouvait indécente l’assiduité envers sa maîtresse et amie, le trouvait le plus souvent irréfléchi et vaniteux. Elle était toutefois en accord avec lui au sujet de la personnalité du capitaine Etcheparre. Elle le trouvait détestable. Bien que nanti d’une épouse, pauvre chose recroquevillée sur elle-même, et des enfants, il ne lui en avait pas moins fait des avances éhontées. Elle ne l’aimait pas. Elle le craignait sentant en lui une violence qu’il n’hésiterait pas à utiliser à ses fins et depuis qu’il l’avait coincée dans un endroit isolé où le hasard avait guidé un cheval échappé la délivrant du piège, elle avait l’assurance du danger qu’il représentait et se méfiait. Elle écoutait donc plus qu’ils ne le pensaient les deux hommes. Les propos de monsieur de Montigny s’étouffèrent à l’entrée du fort. Il y avait du monde, un peu plus qu’à l’habitude, les invités au banquet se rassemblaient dans la cour, une certaine effervescence y régnait. Il s’était visiblement passé quelque chose d’inhabituel, la foule était agitée. La voiture arrêtée, Jean aida son épouse puis Blanche-Marie à descendre. Cette dernière suivit sa maîtresse et amie avec précaution, elle relevait l’ourlet de sa robe, pour ne point la tacher. Elles se dirigèrent vers un groupe de voisins qui s’était réfugié dans l’ombre de la galerie du bâtiment principal. Marie dès les salutations finies s’adressa à une dame d’un âge certain et dont la verve dominait le discours ambiant. Madame Grimault La Plaine, comme à son habitude, par sa nature autoritaire, centralisait l’attention, elle répondit tel un militaire en phrases concises et expliqua aux nouvelles arrivantes qu’une heure auparavant le Grand-Soleil et ses guerriers étaient sortis du fort avec un air de mécontentement évident. Prenant à témoin sa jeune nièce qui la suivait partout où elle allait, elle expliqua que sa famille et elle avaient dû s’effacer devant les sauvages pleins d’arrogance. Ils paraissaient très contrariés à la limite de l‘hostilité. Marie sans réfléchir prit le bras de son amie, à cette annonce, un frisson d’effroi l’avait parcouru faisant remonter ses anciennes angoisses à la surface. Blanche-Marie, tout aussi inconsciente de ce qu’elle faisait, lui tapota la main pour la rassurer, elle-même la boule au ventre. La dame ayant fini son explication, les personnes autour y allèrent de leurs réflexions, les unes plus inquiétantes que les autres. Madame Grimault La Plaine coupa tout le monde et rajouta, qu’elle avait appréhendé le commandant pour lui demander des explications. Celui-ci avait rejeté ses inquiétudes avec désinvolture, ce qui bien sûr ne l’avait pas rassuré connaissant l’homme. Blanche-Marie comme Marie avait tout de suite pensé au groupe aperçu dans le sous-bois remontant le fleuve. Tout le monde supputait, imaginant le pire, mais personne ne connaissait les tenants et les aboutissants qui avaient causé cette impression.

*

Les invités du commandant Etcheparre s’étaient installés autour de la longue table du banquet. Chacun partageait ses inquiétudes et ses informations avec son voisin, la conversation allait bon train, l’hôte n’étant pas encore dans la place. Tous l’attendaient afin d’obtenir des explications. Assise entre Jean et le capitaine Macé, un jeune lieutenant qui était si joli qu’il aurait pu être une fille, Blanche-Marie d’un naturel réservé restait silencieuse, elle observait, elle écoutait autour d’elle. La préoccupation de ses voisins leur faisait oublier sa compagne, cela l’indifférait. Elle essayait au fil des propos perçus de se rendre compte de l’importance du danger encouru. Le brouhaha s’interrompit avec l’entrée de Chépart et de deux de ses officiers. Le capitaine avait les joues rouges et les yeux brillants, il était visiblement imbibé d’alcool, son épouse à l’autre bout de la table baissa les yeux de gêne. « — Bonjour à vous mes amis, soyez les bienvenus à ma petite fête ! » Il fit signe, le service commença. François-Benjamin de Montigny, qui était sur des charbons ardents tant il était sur les nerfs, prêts à en découdre, ouvrit le feu des questions : « — Capitaine Etcheparre, peut-on savoir à quoi est dû le comportement belliqueux du Grand-Soleil et de sa troupe ? » 044jeu10.jpgLe silence tomba sur les convives, tous étaient attentifs à la réponse. Tous les regards étaient tournés vers l’interpellé et guettaient sa réaction. Celui-ci était en conversation avec sa voisine de gauche, la faisant rire avec des propos grivois sans se soucier des convenances, il interrompit son geste qui amenait son verre à sa bouche. Contrarié par cette apostrophe, il porta un regard glacial vers son interlocuteur : « — Rien de grave monsieur de Montigny. Rien qui ne passera et ne se calmera, avec un peu de temps ! 

— Si ce n’est pas un secret militaire, seriez-vous assez aimable de donner à cette assemblée le motif de ce refroidissement ?

Etcheparre était agacé, il n’aimait pas qu’on le pousse dans ses retranchements. Il n’avait pas prévu de l’annoncer dès le début du banquet, mais il voyait bien qu’il n’allait pas avoir le choix, toutes les personnes présentes attendaient. Il prit donc un air désinvolte et lâcha : « — J’ai juste annoncé au Grand-Soleil que je réquisitionnai les terres et le village de Pomme-Blanche, afin d’en faire une plantation de tabac. Il ne faudrait tout de même pas que ces sauvages pensent garder toutes les bonnes terres. » Pensant qu’il avait clos le sujet, il se retourna vers sa voisine embarrassée pour reprendre la conversation. « — Mais vous êtes fou ! On court à la catastrophe ! Ce sont des terres sacrées pour les Natchez ! Vous allez déclencher une guerre, c’est de l’inconscience ! »

Le commandant se raidit, il devint cramoisi, sa colère en vint à son paroxysme, et si cela ne s’était pas déroulé devant l’assemblée, il aurait envoyé son poing dans la figure de l’insolent. Il ne réalisa pas le tumulte que tout cela avait suscité, l’inquiétude avait gagné tout le monde, d’autant que tous donnaient raison à monsieur de Montigny. « — Monsieur, je ne vous permets pas de dire de pareilles inepties, de plus vous êtes mon subalterne, dois-je vous le rappeler ? » Pivotant et appuyant son ordre d’un geste péremptoire, il s’écria : « — Capitaine Delort ! Saisissez-vous de cet homme, mettez-le aux fers pour insubordination ! »  Un silence glacial tomba sur l’assemblée stupéfaite, tous étaient dans l’expectative. Il se leva d’un coup renversant sa chaise. Il fulminait. « — C’est vous qui nous mettez en danger et c’est moi que l’on arrête. C’est le monde à l’envers ! C’est scandaleux monsieur. Ceci se sera !

— Là où vous serez, je doute que cela descende le Mississippi   !

Les gardes, sans grande conviction, se saisirent du contestataire qui malgré sa hargne se laissa faire. Marie s’était tournée vers François, la mine interrogative et inquiète. Baissant le regard, il tomba sur ses yeux apeurés, il lui toucha l’épaule afin de la rassurer et étira un sourire contrit. La colère avait gagné les convives, le capitaine Etcheparre fit des efforts pour que les festivités reprennent, mais devant l’injustice ce fut la débandade et contre toute attente ce fut madame Grimault La Plaine qui ouvrit le feu. Se retournant vers son époux d’une voix forte et posée, elle annonça : « — monsieur, je ne serai resté un instant de plus à cette table, tout cela m’a coupé l’appétit et la bonne humeur ! » Elle se leva aussitôt suivie de son époux et des membres de sa famille. Tous les autres participants suivirent l’exemple. Le commandant laissa faire, rongea son frein, sentant que la situation n’était pas à son avantage.

*

Blanche-Marie prit le bras de son amie, l’émotion lui avait coupé les jambes, mais elle ne pouvait se permettre de montrer à quel point cette arrestation l’affectait. Elle ne savait comment se comporter, elle avait du mal à réagir, elle ne pouvait pourtant se laisser aller à son trouble. Blanche-Marie fermement la faisait avancer, et lui parlait tout bas pour qu’elle se ressaisisse. Jean, qui avait compris l’état émotionnel de son épouse, malgré un soupçon de jalousie, abandonna le voisin avec lequel il s’entretenait pour lui saisir l’autre bras et l’aider à sortir. « — Je vais vous mener et reviendrai voir ce que je peux faire. » Dans la cour, le lieutenant Macé avait fait avancer la carriole. Il les attendait. Il se tourna vers eux : « — Comme monsieur de Montigny ne peut le faire, je vais vous raccompagner jusqu’au débarcadère. — Sur un ton plus bas il rajouta près de l’oreille de Jean. — Puis-je compter sur vous plus tard ? » Jean attendit d’être assis sur le siège de la voiture et que celle-ci démarre pour répondre. « — Je serais là à la tombée du jour ! Je vous attendrai à l’angle du cimetière sur le chemin de Sainte-Catherine.

— J’y serai, nous ne serons pas seuls.

*

C’était un cabanon accolé d’un côté aux écuries de l’autre à la palissade qui servait de prison au Fort-Rosalie. François de Montigny y était cloîtré avec un garde devant sa porte. Tout le monde trouvait à redire à cette arrestation arbitraire, personne n’avait toutefois osé affronter le commandement pour le faire revenir sur sa décision. Quant au prisonnier, il faisait les cent pas, faisant voltiger la paille qui jonchait le sol de sa prison. Il fulminait, ressassait ce qu’il venait d’apprendre et imaginait les sinistres conséquences, fort prévisibles. Il aurait fait n’importe quoi pour s’enfuir de sa réclusion, il était de son devoir, du moins l’estimait-il, de prévenir le gouverneur. Il en était là, quand une voix de la fenêtre clôturée de barreaux lui demanda de patienter jusqu’à la nuit. C’était celle de son ami Macé.

*

Le soleil venait de se coucher quand Jean Roussin se présenta aux abords du cimetière. Il y retrouva le lieutenant Macé et un Indien du nom de Papin qui servait d’interprète. Il y avait aussi deux autres soldats, dont un officier, le lieutenant Saint-Amat, au regard noir, et le sergent Brenville, des amis du prisonnier qui comptaient l’accompagner dans sa fuite. Le lieutenant, qui avait assisté à l’entrevue avec le Grand-Soleil, comptait bien appuyer par son témoignage le rapport que ferait Montigny. Quant au sergent, il devait à ce dernier un traitement plus clément de la part du commandant Etcheparre. L’un et l’autre savaient qu’ils risquaient d’être mis aux fers pour insubordination, voire pires, pour désertion. Devant le danger encouru suite au comportement de leur commandant, ils préféraient se hasarder jusqu’au conseil de discipline, cela était le moindre des problèmes à venir.

Afin de réussir leur opération, le lieutenant Macé avait placé aux ventaux du fort deux hommes à lui, ainsi qu’un autre devant la cellule de Montigny, tous favorables à son projet. Entrer dans le fort fut chose facile, car même à cette heure leur présence n’avait rien de surprenant. Qu’ils soient croisés dans les lieux ne troublerait personne. S’approcher de la cellule, comme si de rien n’était, était moins évident, le groupe décida d’aller tout d’abord aux écuries adjacentes à leur objectif. Sur le chemin de ronde, les gardes ne faisaient pas attention. Le danger n’était pas supposé venir de l’intérieur. Pour approcher du garde devant la cellule, cela devint plus épineux, car contre toute attente le garde mis en place par le lieutenant Macé avait été remplacé, et celui qui le remplaçait n’était pas fiable. Il n’était pas question d’abandonner, trop de gens étaient en cause. Le lieutenant Saint-Amat décida d’y aller avec le sergent, l’un et l’autre devant quitter les lieux, quoiqu’il arriva par la suite, on ne pourrait s’en prendre à eux.

La lune, entre deux nuages, éclairait la cour de façon sporadique. Les autres sources de lumière venaient des bougies allumées à l’intérieur des bâtiments et ne balayaient pas plus loin que devant les fenêtres. Le capitaine prit la direction de l’état-major et pour cela passa devant le geôlier qu’il salua au passage, attirant ainsi son attention. Prenant son mouchoir dans la poche, il fit tomber un louis qui scintilla aussitôt. Semblant ne rien voir il continua son chemin. Il n’avait pas fait cinq pas que derrière lui le garde se précipita pour ramasser le butin aperçu. Bien mal lui en prit, il n’avait pas touché l’objet de son désir que le sergent l’assommât avec une bûche saisie à cet effet. Le lieutenant revint sur ses pas afin d’aider à traîner le corps de l’imprudent dans l’obscurité de l’auvent du bâtiment. Ils se saisirent de ses clefs et sans tarder, ouvrir la geôle, dont la porte, donnait directement sur la cour, avant que quiconque ne remarque l’étrange manège. François de Montigny n’hésita pas un instant comprenant instantanément que sa fuite commençait. Il suivit en toute hâte, sans dire un mot, ses libérateurs vers les écuries. Le cœur battant, ils attendirent dans l’écurie tout mouvement ou alerte qui contrarierait leur projet. Mais rien ne bougeait. Le capitaine Macé expliqua, rapidement, à de Montigny, qu’ils allaient sortir tout simplement par la porte. L’évadé acquiesça ayant toute confiance dans les hommes venus le libérer. En groupe serré, de Montigny au milieu de ses amis, sortit dans la cour profitant du passage de la couverture nuageuse obscurcissant tout et camouflant leur présence. Ils se dirigèrent comme si de rien n’était vers la porte du fort qu’ils passèrent en saluant avec naturel les deux gardes sur leur passage. Ignorant leur nouveau comparse les gardes laissèrent sortir le groupe d’hommes sans sourciller.

Retenant leur souffle, sans lambiner, mais sans courir afin de ne pas attirer l’attention des gardes des tours de guet, ils descendirent la route qui menait vers le débarcadère et qui croisait celle de Sainte-Catherine où les attendaient leurs montures. Le lieutenant Macé avait fait amener les trois montures supplémentaires nécessaires à leur fuite qui piaffaient au côté de celle de Jean roussin. Les quatre hommes sans languir partirent au galop laissant sur place Macé et son interprète qui ne devaient pas être inquiétés. Ils prirent à travers les champs de café la direction de la route de Terre-Blanche qui leur permettrait de contourner le fort par le nord.

Un peu plus de deux heures plus tard, les cavaliers mirent pied-à-terre, à la plantation de Jean. L’obscurité avait ralenti leur chevauchée, d’autant que le détour, qu’ils avaient dû faire, avait rallongé de beaucoup leur course.

Ils trouvèrent à les attendre, Marie et Blanche-Marie qui, inquiètes, n’avaient pas trouvé le repos. La première s’inquiétait pour les deux hommes, se rendant compte confusément qu’elle avait besoin des deux. La perte possible de l’un d’eux la jetait dans de sombres pensées dont elle n’arrivait pas à démêler les fils de la logique. Pour Blanche-Marie, c’était plus simple, la limpidité de ses sentiments ne l’amenait à se tourmenter que pour la sécurité de son maître dont la bonté lui offrait une vie paisible. Elle lui portait l’affection que l’on porte à un frère, un ami. Il n’y avait là nulle confusion. Quant à ses sentiments envers monsieur de Montigny, ils étaient ceux que l’on porte à une connaissance que l’on fréquente souvent. Elle était bien plus tourmentée par les conséquences qui résulteraient de tous ces événements. Si dans un premier temps tout était allé très vite et de façon confuse, dans un second temps, en prenant du recul, elle avait apprécié où tout cela pouvait les mener, que ce soit l’affront au peuple Natchez, la vanité du commandant Etcheparre ou la révolte de monsieur de Montigny que la plupart des colons et militaires partageaient. Elle se souvenait de tout ce qu’elle avait entendu dans la maison de monsieur de Bienville, et notamment au sujet des Indiens, de leurs mœurs et de leurs guerres, rien que d’inquiétant.

Marie descendit à leur rencontre, tendant ses mains vers son époux. « — Ah ! Enfin vous voilà ! Nous étions mortes d’inquiétude. Rentrez, j’ai fait préparer de quoi vous revigorer. Vous ne repartez pas tout de suite ?

— Non, Marie, au lever du soleil, monsieur de Montigny et ses amis descendront le fleuve, c’est plus rapide et plus sûr. 

François-Benjamin Dumont de Montigny (Ecole française vers 1790, entourage de Danloux. Portrait d'homme à l'habit vert, tableau.jpgFrançois de Montigny étant descendu de sa monture, sans plus réfléchir, répondant à une impulsion, se dirigea vers la jeune femme et baisa sa main, pour la saluer, la remercier et surtout avoir un contact charnel avec elle aussi infime fût-il. Marie troublée, retira sa main brusquement et entraîna ses invités vers la maison. Blanche-Marie ne put que constater, qu’arrivé à elle François de Montigny ne lui rendit pas la pareille. Cela lui était indifférent, mais elle trouva cela très maladroit à l’encontre de Jean et comme elle croisait son regard visiblement blessé par cette omission qui rendait plus flagrantes les privautés que l’homme prenait à l’endroit de sa femme, elle en eut de la peine. Elle jugeait que décidément monsieur de Montigny manquait de gratitude et de savoir-vivre, ce qui était assez contradictoire pour un homme qui tenait à ses manières de gentilhomme et plaçait, au-dessus de tout, sa supposée condition.

Aucun ne dormit cette nuit-là. Ils épiloguèrent sur les événements et leurs conséquences. Les femmes ne disaient rien. « — Jean, ne pensez-vous pas que pour leur sécurité, il serait bon que j’emmène votre épouse et mademoiselle Peydédaut ?

— C’est une bonne idée, ajouta le capitaine Saint-Amat à la suite de Montigny.

Jean sentit la brûlure de la jalousie le toucher au creux du ventre. Laisser Marie partir avec de Montigny ? Que le danger soit réel ou pas, cela y revenait. Ce n’était pas qu’il se défiait d’elle, mais il avait compris qu’elle s’était éprise de lui. Les regards qu’elle lui lançait, sans même rendre compte, laissaient de moins en moins de doute. Montigny lui amenait le parfum d’une société que lui même lui avait fait quitter. La vie à la plantation malgré la compagnie de Blanche-Marie était isolée, loin de celle de La Nouvelle-Orléans qui avait un parfum de Versailles, et, si de corps, elle lui était restée fidèle, ce dont il ne doutait pas, il supposait que ses pensées l’incitaient à l’infidélité. Tous ses tourments le faisaient souffrir, et cette question qu’il savait pleine de bon sens était une épée dans son cœur. Marie était le cœur de sa vie, la plantation et elle s’était pour lui une seule et même chose. Blanche-Marie, que la question avait surprise et incommodée, devinait les tourments de son maître. Tous attendaient la réponse de Jean. Il répondit donc, bien qu’avec un fond d’incertitude, un doute qu’il garda pour lui. « — Je pense qu’il est inutile de faire courir tant de risques à ces dames. Votre voyage n’est pas sans danger. De plus, rien ne nous dit que les Natchez vont se révolter. Depuis la semonce de monsieur de Bienville, ils font profil bas.

— Soit, mais monsieur de Bienville n’est plus là ! Et monsieur de Périer, s’il est plein de qualités, n’a pas le même prestige aux yeux des sauvages.

— Bien sûr, mais tout ce tumulte n’est peut-être que du bruit, même s’il n’est pas à négliger et je ne veux pas risquer la vie de mon épouse et de Blanche-Marie sur un coup de tête. Si je venais à conjecturer un danger plus assuré, je ferais le voyage moi-même. Pour  l’instant, il n’est pas envisageable que j’abandonne ma plantation au risque de voir mes nègres se volatiliser dans la nature. Ne revenons pas sur le sujet.

Sans s’en rendre compte, son ton était devenu plus sec, plus tranchant. Il ne laissait plus de place à discussion, François  de Montigny se le tint pour dit et personne ne rajouta quelque chose. Jean avait clos le chapitre. Marie s’était mise à espérer à l’énoncé de la question, mais elle supposait que son époux avait raison et était loin de supposer les méandres des pensées de celui-ci. Et puis comment aurait-elle pu justifier son arrivée à La Nouvelle-Orléans avec un autre homme que son époux ? Elle ne pouvait tout de même pas espérer un malheur. Elle était troublée, tout se bousculait dans sa tête, car elle commençait à comprendre et à admettre que ce qu’elle désirait c’était bel et bien partir, être, avec François de Montigny. Ce que jusque-là, elle avait maintenu dans le jeu insouciant du marivaudage, devant le danger encouru, prenait une forme plus importante, celle d’un sentiment égoïste qui l’envahissait et qui n’était que pour François. Blanche-Marie guettait sur son visage l’expression des humeurs qui se bousculaient en elle. Elle-même avait été perturbée par la proposition à laquelle elle n’avait pas songé jusque-là ; s’éloigner du danger encouru, présumé. Elle était écartelée entre la peur d’un danger qu’elle sentait présent et la crainte de descendre le fleuve, risque tout aussi certain, bien que moins défini. Elle accepta la réponse de Jean qui lui évitait de faire un choix que personne n’aurait pensé à lui proposer, mais, inquiète, elle n’était pas satisfaite.

Quand vint l’aurore, les résidents de la plantation accompagnèrent ceux qui allaient rendre compte au gouverneur jusqu’au ponton de la plantation. François de Montigny et ses deux comparses embarquèrent dans une demi-galère, embarcation à fond plat qui fila dans le courant du large fleuve sous les yeux de ceux qui restaient. Si Jean fût soulagé de les voir partir, Marie fût envahie par une profonde tristesse.

*

Sans un mot, lasses d’émotions et manquant de sommeil, les deux jeunes femmes allèrent prendre quelques repos alors que le soleil se levait.

vigée le brun vigée-le brun vig ||| portrait ||| sotheby's n09103lot.jpgEntrecoupé de mauvais rêves, son repos n’était pas salvateur. Blanche-Marie lasse de ressasser de mauvaises pensées finit par se lever. Elle se débarbouilla, refit sa tresse qu’elle enroula dans un chignon sur la nuque. Ses yeux étaient cernés et sa peau était blême, la fatigue avait laissé ses stigmates.   Elle s’habilla confortablement, mettant de côté, comme à son habitude, son corset, quand elle estimait qu’il ne lui était pas utile cela afin d’être plus libre de ses mouvements. Au rez-de-chaussée, elle trouva Abigaël et Zaïde surveillant le petit Roussin tout en faisant la cuisine. Elle grimaça un sourire, tapota la tête de l’enfant et partit vers le dispensaire. Elle n’avait pas mis le pied sur la dernière marche que Brutus était sur ses talons. Elle flatta le molosse qui lui rendit son attention d’un coup de langue. D’un pas décidé, elle se dirigea vers le dispensaire, qui se trouvait à l’arrière de maison, accolé à la palissade qui clôturait un vaste ensemble constitué des bâtiments de ferme, du potager et de ce qui servait de jardin d’agréments, prairies et arbres fruitiers. On ne pouvait entrer dans les lieux que par le portail digne d’un fort et de deux portes renforcées à l’opposé, afin de ne pas avoir à contourner l’espace enclot. Vantaux et portes étaient barricadés à la tombée du jour, mais le plus souvent grands ouverts le long de la journée. Arrivée dans le bâtiment, elle ne trouva qu’un esclave qu’elle soignait depuis plusieurs jours d’une blessure. L’homme allait mieux, mais avait encore de la fièvre. Elle nettoya et pansa sa plaie, puis lui fit boire une décoction et une soupe qu’elle avait amenées à cet effet. N’ayant plus rien à faire sur les lieux, elle laissa l’homme se reposer et conclut qui lui faudrait revenir à la nuit, l’examiner à nouveau. Elle appela Brutus qui furetait autour du petit cabanon et décida de rentrer à la demeure. Fermant la porte derrière elle, elle avait obligation de maintenir enfermés les malades, elle aperçut au loin sur la route qui menait à la plantation des volutes de poussières que soulevaient un groupe de cavaliers.   Elle hâta sa marche, soulevant jupes et jupons pour faciliter ses enjambées, passant devant un esclave qui s’occupait de ramasser des fruits, elle l’envoya chercher le maître de la plantation. Essoufflée, elle atteint la première volée de l’escalier au moment où le détachement de militaires faisait de même. Elle leur passa devant et monta les marches jusqu’à la galerie. Elle y trouva Marie apprêtée comme si de rien n’était. L’escadron avait interrompu l’apprentissage de la marche qu’elle donnait à son enfant. Elle le tendit à Abigaël et lui fit signe de rentrer. Elle s’avança pour saluer les cavaliers qu’elle connaissait tous et qui avaient à leur tête le commandant Etcheparre toujours en selle. Il ne paraissait pas décidé à vouloir en descendre. Sur un ton sarcastique, il lança : « — Bonjour madame Roussin, mademoiselle Peydédaut, mes hommages. » Marie serra son éventail qu’elle avait saisi pour se donner contenance, Blanche-Marie se cabra, Brutus qui s’était affalé à ses pieds se redressa percevant la tension de sa maîtresse. Il y avait de la menace dans ce compliment pourtant anodin. Était-ce le sourire ou le geste amplifié avec lequel l’homme avait enlevé son chapeau balayant les airs avec suffisance ? Elles ne savaient, mais son assurance les inquiétait, peut-être était-ce simplement qu’elle savait pourquoi il était là, l’objet de sa venue. Malgré cela, aucune des deux ne perdit contenance. Avec un sourire tranquille, Marie entama la conversation comme toute maîtresse maison. « — Bonjour commandant, peut-être voudriez-vous vous rafraîchir un instant ? je ne sais où vous vous rendez, mais la journée est déjà chaude.

— Cela n’est pas de refus, d’autant que je ne vais pas plus loin que chez vous. Votre plantation est l’objet de mon voyage.

Il descendit de sa monture et gravit les marches jusqu’à elles. Marie sentait ses jambes fléchir, quant à Blanche-Marie, les mains derrière le dos, elle se tordait les doigts de nervosité. « — Peut-être, vos hommes apprécieraient eux aussi des rafraîchissements au lieu de rester plantés au pic du soleil.

— Ce sont des soldats madame, ne vous souciez pas d’eux.

— Bien, Blanche-Marie, peux-tu demander à Abigaël de nous porter un pichet de citronnade ? Je suis désolé, commandant, je n’ai que cela à vous offrir, mon époux tient fermé le vin à cause des nègres. 

— Ce sera toujours ça, mais avant toute chose, pourriez-vous me dire mesdames où se trouve monsieur de Montigny ? Leurs gestes s’arrêtèrent dans leurs élans. Elles restèrent sans voix, stupéfaites, non pas de surprise comme le pensait le commandant qui observait leurs réactions, mais parce qu’elles étaient surprises par la rapidité de l’action. Elles ne s’attendaient pas que de front, il leur posa la question. Marie se ressaisit, et avec un sang froid dont Blanche-Marie ne l’eut pas crue capable, elle répondit avec calme : « — Mais monsieur, vous l’avez mis aux fers devant nous lors du banquet ?

— C’est un fait, madame, mais il semblerait qu’un individu ou plusieurs aient contrevenu à mes ordres.

 — Ah ? Il se serait donc libéré ?

— En quelque sorte.

Leur échange fut interrompu par l’arrivée d’Abigaël chargée d’un plateau. Le commandant ne poussa pas plus avant son investigation, car il voulait bien croire que les deux femmes fussent tenues dans l’ignorance. Blanche-Marie se mit en œuvre de remplir les gobelets. Jean se présenta alors. Il avait vu, lui aussi, venir les cavaliers et avait croisé l’esclave venu le prévenir. Il ne s’était pas éloigné de la maison présageant cette éventualité, la fuite de Montigny ne pouvait qu’être rapidement découverte. « — Commandant Etcheparre, je vous salue bien, que me vaut votre présence en dehors de l’hospitalité. Seriez-vous en route pour quelques tournées d’inspection ?

— Bonjour monsieur Roussin, je suis venu chercher monsieur de Montigny !

— Ici ? Mais si je ne m’abuse, il devrait être retenu au sein de vos murs.

— Il devrait ! C’est un fait ! Mais hier au soir à la tombée du jour l’oiseau s’est envolé de sa cage, et il semblerait qu’au même moment vous fussiez dans les parages.

— Mais voyons, commandant, à cette heure du jour, j’étais chez moi partageant mon repas avec ma famille. Vous pouvez demander à mon épouse ou à mademoiselle Peydédaut.

Marie impassible rajusta l’une de ses boucles. Brutus grogna en sourdine, Blanche-Marie le caressa autant pour le faire taire, que pour faire bonne figure. Les deux jeunes femmes attendaient la ou les questions à venir. Comme le commandant ne bronchait pas, sirotant son verre tout en se demandant par quel angle attaquer, Jean intervint : « — Je comprendrai que la confiance naturelle que vous me portez soit mise à mal par les devoirs de votre fonction. Fouillez la maison, la plantation, cela ne pourra que vous conforter de mon innocence dans ce forfait. Vous ne trouverez aucune trace de monsieur de Montigny. » Le commandant comprit qu’il était arrivé trop tard, car il ne doutait pas de l’aide que Jean avait apportée à la fuite de son lieutenant. Il en était fort contrarié et bouillait d’une colère froide que l’on constatait à la palpitation de ses veines du cou. Il ne voulait pas faire d’éclat et ne pouvait que se retirer.

capitaine Etcheparre (Sir Joshua Reynolds- Sir Joseph Banks | Retrato Aristocrático.jpg

Cette histoire met en scène des personnages réels et des personnages fictifs ainsi que des événements et des dialogues inventés à des fins dramatiques et afin de compléter les vides des biographies. Les illustrations des personnages ne sauraient être confondues avec les personnes réelles.

épisode suivant

 

 

 

 

 

2 réflexions sur “Le drame de Natchez ou Blanche-Marie Peydédau 12 et 13

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