La Palmeraie / De la Garonne au Mississippi 027 à 030

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Chapitre 27.

de Saint-Maxent Gilbert Antoine. (Alexandre Charles Emmanuel de Crussol-Florensac . Élisabeth Louise Vigée Le Brun
Gilbert Antoine de Saint-Maxent .

Octobre 1789. Les manigances

Rue de Conti, dans sa maison enfin reconstruite, Monsieur de Saint-Maxent dirigeait ses esclaves pour mettre en place son nouveau mobilier tout droit arrivé de France. L’effroyable incendie, l’année d’avant, avait fait partir en fumée des meubles inestimables de par leur facture, sans parler de ses horloges dont il s’avérait si fier. Le plus terrible avait été sa bibliothèque, 4700 ouvrages disparus dans les flammes. Pour réparer la perte des portraits de famille, il avait invité un peintre qui reproduisait ce qu’il détenait sur ses différentes plantations. Certains étaient déjà installés sur les murs de ses nouveaux salons. Il était satisfait de sa demeure de ville et son voyage à La Havane lui avait permis de redorer son opulence que les divers revers passés avaient amoindrie. C’était une bonne journée, il attendait Don Andres Almonester pour l’annonce de la levée d’embargo sur sa fortune due à une mauvaise affaire. Contre toute attente, ce fut le capitaine de la garde personnelle du gouverneur, Carlos da Silva, qui se présenta à l’hôtel. « – Bonjour don da Silva, que me vaut le plaisir de votre venue ?

– J’ai peur que cela ne soit pas un plaisir, je suis là sur ordre du gouverneur afin de vous emmener au Cabildo. »

Sans se décontenancer, monsieur de Saint-Maxent répondit. « — Ah ! Je vois. Laissez-moi le temps de me retourner et je suis à vous. Elvire ! Elvire ! »

Une négresse ronde comme une pomme arriva à pas glissés. « – Fais-moi préparer un bagage pour quelques jours, je vais prendre pension dans les prisons de notre gouverneur. » Un grand noir, maigre pareil à un échalas, apporta la veste, le chapeau et la canne de son maître. Une fois correctement mis, précédant le secrétaire du gouverneur, il sortit de chez lui. Devant son perron parquait une voiture fermée, aux armes de l’Espagne, escortée de quatre cavaliers. Il s’y installa, le capitaine, ses ordres donnés, s’assit en face de lui. Un peu gêné face au Français, il tint à s’excuser du manque de confidentialité. « – Oh ! Vous savez la discrétion à La Nouvelle-Orléans ! Ceux qui ne le savent pas déjà le sauront avant que je ne rentre dans ma geôle. » Il s’enferma ensuite dans son silence, il songeait que décidément il n’avait pas de chance avec le gouverneur Miró.

Esteban Rodriguez Miró y Sabater

Tout avait débuté sept ans auparavant lorsque don Miró y Sabater remplaçait son gendre Bernardo de Gálvez, au poste de gouverneur. Il était parti en Espagne pour obtenir des concessions de la part du roi Charles III d’Espagne et l’autorisation d’importer des esclaves avec paiement des droits. Tout s’était à l’époque très bien passé, il avait même accepté de ne pas exporter des espèces. Les problèmes avaient, en fait, commencé lors de son retour en Louisiane. Ses deux navires et leurs équipages avaient été capturés par les Anglais et envoyés à Kingston, en Jamaïque. Il y avait été tenu en résidence surveillée et ses hommes mis en prison. À l’aide de pots-de-vin, il avait tout de même acquis plus de clémence dans le traitement pour lui et ses subordonnés. Malheureusement, son bienfaiteur anglais, qui bien évidemment n’était pas l’honnêteté incarnée, avait été arrêté à La Havane. Accusé de contrebande d’or, il s’était empressé de l’impliquer. Bernardo de Gálvez, son gendre et gouverneur officiel de Louisiane, bien qu’alors en Espagne, d’où il s’apprêtait à prendre part à la campagne des Pays-Bas, obtint la libération de tous les prisonniers espagnols dès le début de l’année 1783. Seulement, il ne put pas empêcher l’arrêté royal de Charles III délivré pour son arrestation, aussi cela retarda-t-il son propre acquittement. Quand il fut enfin libre, ce fut pour apprendre que la couronne d’Espagne avait mis un embargo sur ses actifs et ses biens en Louisiane sur les conseils du gouverneur intérimaire. Les Anglais, de leur côté, avaient pris possession de ses deux navires et leurs contenus. Il réussit toutefois à se procurer un prêt à la Jamaïque pour le rachat de ceux-ci et d’une partie de leur cargaison. Lorsqu’il arriva chez lui, il demanda des explications à Don Miró. Celui-ci ne donna pas d’éclaircissements et il le renvoya vers Don Gilberto, responsable du versement de la rançon. Il ne put obtenir de lui que la certification du paiement de celle-ci aux Anglais par l’envoi de lingots d’or et d’argent à la Jamaïque. Il apprit par la même occasion que l’un de ses pires ennemis, Don Andres Almonester, était nommé gardien de ses biens et qui plus était avec Don Joseph Adrian et Don Andres Waukarmy comme évaluateurs de sa fortune. Ce qu’il avait eu le plus de mal à digérer, c’était d’avoir été relevé de ses fonctions de capitaine général des Affaires indiennes et de lieutenant-gouverneur. Soutenu par sa fille Marie-Felice, comtesse de Gálvez, et de plusieurs de ses amis, il finit par se laver de ces accusations, mais cela avait durablement entaché sa réputation. Il en garda rancune au gouverneur par intérim. Mais l’Espagne ou don Miró ne voulut pas en rester là, sous prétexte de l’obliger à payer ses dettes, le gouverneur garda sa fortune sous séquestre. Tout cela en fit fondre une partie. Et voilà, alors qu’il se croyait à la fin de toute cette histoire, le gouverneur avait trouvé une autre voie pour l’assujettir. Il n’aimait pas don Miró et celui-ci le lui rendait bien. Il se doutait bien que ce n’était pas par excès d’honnêteté que le gouverneur en titre le pourchassait de ses ires. Décidément, il ne lui portait pas chance contrairement à ses deux prédécesseurs, tous deux ses gendres par ailleurs. 

Le trajet ne fut pas long, deux pâtés de maisons séparaient la sienne des cachots du Cabildo. Si celui-ci n’avait pas été reconstruit après l’incendie, les prisons, elles se révélaient opérationnelles. Le capitaine l’accompagna jusqu’à sa geôle. Il constata de suite ses privilèges. Ce qui lui laissait dire que le gouverneur prenait des précautions. La pièce se trouvait vaste et à l’étage, d’où il pouvait voir le fleuve. Elle était meublée d’un grand lit, d’un bureau et de deux fauteuils et détenait en outre des bûches à côté de la cheminée, bien qu’à cette époque de l’année, même la nuit on n’en ait guère besoin. Quand le soir venu la porte s’ouvrit à nouveau, ce fut sur un repas fort honorable de viandes froides et de fruits frais, accompagné d’un peu de vin. Une fois repu, le moral lui revint, il supposait qu’à cette heure-là ses amis s’étaient mis en branle pour l’aider.

***

À quelques rues de là, le marquis de Maubeuge trouvait dans son bureau une lettre anonyme lui annonçant la prise de corps de son proche. Lâchant un juron, qui attira l’attention de son épouse, il laissa éclater sa colère. « – Mais que vous arrive-t-il donc, mon ami ?

– Le gouverneur a arrêté de Saint-Maxent, alors que nous conversions avec lui. Il s’est servi de notre réunion pour nous occuper pendant qu’il enferrait notre ami.

– Mais nous devons faire quelque chose !

– C’est manifeste ! Mais pour l’instant, je suis obligé d’attendre. Tant que le gouverneur n’est pas passé le voir pour lui annoncer ces chefs d’accusation, je ne peux rien faire. De plus, nous devons être informés de ce qu’il en est, car bien évidemment rien n’est tout blanc. Je vais commençais par écrire à quelques connaissances en France. Dans les conditions actuelles, je suppose qu’ils ne pourront réaliser grand-chose, mais on ne sait jamais. Au cas où, je vais faire prévenir Monsieur Bevenot de Haussois. »

Cette histoire lui déplaisait fortement, car outre qu’elle touchait directement un ami, elle le mettait dans une situation inconfortable, beaucoup de ses affaires étaient liées à celle de Saint-Maxent. Décidément, ce gouverneur le fatiguait. Depuis qu’il siégeait là, il avait érigé un tas de règles dont certaines l’avaient fort irrité, la moindre d’entre elles avait été d’interdire le travail le jour du sabbat. Qu’il ait prohibé les danses nègres sur les places publiques en soirée alors que l’église était en session, passe encore. Que l’on ne puisse organiser de grandes assemblées sans en prévenir le gouvernement l’avait fortement contrarié, mais lorsqu’il avait fallu demander un passeport pour quitter la ville, sa colère s’amplifia. Il n’aimait pas qu’on entrave sa liberté de mouvement et d’action. L’embargo, sur les jeux de hasard, les duels et le port d’armes, l’avait fait rire, car difficile à surveiller. Mais dans toutes ces nouvelles lois, ce qu’il n’avait pu supporter c’était l’interdiction de vendre ou de transférer un esclave par accord verbal et surtout celle d’importer des esclaves des Caraïbes, importation qui régulièrement augmentait sa fortune. Par ailleurs, il n’était pas le seul, l’ensemble des créoles, français ou espagnols, s’était irrité, indigné, devant toutes ses lois. La popularité que le gouverneur avait obtenue en épousant une créole allemande était en train de fondre comme neige au soleil.

***

Le lendemain matin, le gouverneur se fit annoncer au prisonnier. Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur la geôle, il constata que l’on avait bien répondu à ses ordres. « — Bonjour monsieur de Saint-Maxent ! J’espère que vous êtes bien installé.

– Bonjour, monsieur le gouverneur, en supposant que cela ne soit que pour quelques jours, ma foi, fort bien.

– Cela ne tient qu’à vous, le temps de vérifier ce que vous nous ramenez de Cuba. Vous n’êtes pas sans savoir que vos biens se trouvent sous séquestre, il serait bon d’être informé si à ce jour vous êtes apte à rembourser vos dettes.

– Si c’est pour cela que vous me retenez, n’ayez crainte, Monsieur Bevenot de Haussois pourra vous donner des éclaircissements.

– Ah oui ! Monsieur Bevenot de Haussois. »

Bien qu’il n’ait rien à lui reprocher, le notaire agaçait énormément le gouverneur. Ses clients pouvaient faire confiance à son mutisme et à sa confidentialité. Malgré tout ce qu’il entendait, rien ne sortait de sa bouche. Il était la discrétion personnifiée. Le gouverneur présumait que même s’il fouillait son hôtel il ne trouverait rien et s’il torturait ses gens de maison il n’en tirait pas plus. Il n’avait pas tort, Monsieur Bevenot de Haussois ne détenait que quatre domestiques, mais tous se seraient fait tuer plutôt que de trahir leur maître. Sa gouvernante Béthanie était en adoration devant son maître depuis qu’il avait racheté son fils alors qu’il venait de s’enfuir de la plantation sur laquelle il travaillait. Le jeune esclave était mort huit jours après avoir été acquis, du moins officiellement, car son nouveau maître l’avait envoyé à Saint-Domingue. Quant à Castor et Pollux, il les avait obtenus à la fin d’une mise à l’encan. Les deux jumeaux avaient très mal supporté le voyage et étaient dans un état déplorable. Fort malades, ils n’avaient pas trouvé d’acheteur, le négociant comptait s’en débarrasser d’une façon ou d’une autre et sûrement par trépas. Le notaire qui participait à la vente pour l’un de ses clients avait eu pitié et les avait payés au prix le plus bas. Ramené tous deux chez lui, il les avait fait soigner et nourrir. Les deux adolescents qu’ils étaient alors comprirent très vite à quel point ils pouvaient lui être reconnaissants. Le dernier de ses gens était un cas particulier, le beau Cyprien, un métis, lui servait de cocher, de majordome et de secrétaire. Contrairement à la loi en vigueur, il n’avait pu s’empêcher de lui apprendre à lire et à écrire, ce que personne ne savait. Le gouverneur supposait, à juste titre, qu’il y avait là une relation contre nature, mais cela l’indifférait. Il aurait pu l’utiliser pour manœuvrer le notaire, mais pour cela il aurait fallu pouvoir le prouver.

Joseph Marie Bevenot De Haussois

Monsieur Bevenot de Haussois était un membre d’une des plus anciennes familles installées en Louisiane. Il était reconnu pour son élégance naturelle sobre et sans ostentation. Mais pour les créoles français, il faisait partie des martyrs de la courte république qui avait chassé le gouverneur Ulloa. Son père avait été pendu lors de la répression du général Alexandre O’Reilly en 1769. Depuis il en gardait rancune aux Espagnols du moins à son gouvernement, privilégiant une clientèle créole majoritairement française avec quelques Espagnols de ses amis pour ne pas attirer de suspicion. Comme tout notaire, il engrangeait des histoires de famille, certaines lui servant de levier dans certains cas, car s’il le fallait, il n’hésitait pas à sous-entendre qu’un scandale pouvait sortir d’un lourd secret. Il l’avait utilisé à bon escient pour les affaires de monsieur de Saint-Maxent. Il avait l’avantage d’être instruit de quelques informations sur ses ennemis et ceux-ci s’avéraient conscients qu’il pouvait les mettre au jour si besoin était. Quant à ses amis, ceux-ci savaient qu’ils pouvaient compter sur sa fidélité indéfectible. D’ailleurs dès qu’il avait eu connaissance de l’emprisonnement de Monsieur de Saint-Maxent, un pli était parti pour l’Espagne ayant pour objectif d’atteindre la comtesse de Gálvez, la fille de ce dernier. 

Dans la geôle du Cabildo, avec un air sardonique, monsieur de Saint-Maxent regardait le gouverneur se crisper et attendit la suite. « – S’il n’y avait eu que vos comptes à vérifier, je ne vous aurais pas fait emprisonner, mais étrangement des lettres de France, vous étant adressées, sont arrivées avec vos meubles et ont intrigué mes douaniers, jetant la suspicion sur vous. » Don Miró gratifia son détenu d’un large sourire supposant qu’il touchait juste, du moins le croyait-il. « – Je vois que rien ne vous arrête, même d’ouvrir la correspondance. De toute façon, ce n’est pas du courrier de France dont vous devriez vous inquiéter, mais plutôt celui venant d’Espagne. Comme nous le savons, ce qui se passe en France n’a que peu de chances de vous atteindre en Louisiane… » Le gouverneur se crispa, il était conscient que le Français avait raison. « – Quoi qu’il en soit, sachez que je vais rassembler un tribunal et lancer une enquête.

– De cela, je ne doute pas !

– Vous avez l’autorisation de faire venir un de vos gens ainsi que des affaires personnelles. Bien évidemment, celles-ci seront fouillées avant de vous être remises.

– Je vous en sais gré. »

Le gouverneur agacé par cette joute verbale stérile tourna les talons et sortit. Une fois seul Monsieur de Saint-Maxent rumina l’échange qu’il avait eu avec le gouverneur. Il n’était pas très inquiet des lettres provenant de France, sachant qu’il n’avait rien demandé de spécial et qu’il supposait que c’était plutôt des nouvelles des événements qui s’y passaient. Mais il n’appréciait pas cette intrusion dans ses affaires privées. Le gouverneur décidément lui cherchait des poux. 

Dans l’après-midi, ce furent ses fils qui vinrent le voir. Si Gilbert Antoine, son premier-né avait toute sa confiance, il ne pouvait pas en dire autant de son deuxième fils Maximilien François. Ce dernier incarnait le dandy créole dans toute sa splendeur avec toutes ses qualités et tous ses défauts. Après avoir rassuré ses deux fils quant à son litige, il demanda des nouvelles de ses différentes plantations.

Maximilien François de Saint-Maxent

 L’aîné fit le point avec son père sur chacune de leurs affaires. Le benjamin lui trépignait sur place, car il avait un problème qu’il estimait plus important. Le père ayant remarqué le manège du fils s’adressa à lui. « – Qu’avez-vous mon fils ? Auriez-vous des démangeaisons ?

– Évidemment, que non ! Je voudrais vous faire part d’un projet qui me tient à cœur.

– Un projet qui vous tient à cœur ? Voilà qui est nouveau. »

Ignorant l’ironie de son père, Maximilien François reprit. « — J’ai pour projet d’épouser la veuve de Charles-Henri de Thouais.

– La Française qui est arrivée il y a deux mois ?

– Oui, mon père, elle hérite de la plantation de la palmeraie et d’une autre qu’elle a reçue à sa venue dans la colonie.

– Ah bon ! Le gouverneur lui a donné une concession ?

– Il semblerait que ce fut Monsieur de Maubeuge qui la lui ait obtenue.

– Il est vraiment doué notre marquis, ma foi, c’est une excellente idée, mon fils.

– Il y a toutefois au moins deux problèmes, Louis Adam de Crécy et Timecourt Lazare Latil.

– Ils n’ont pas perdu de temps. Le premier sera facile à écarter, c’est un débauché, le deuxième sera plus difficile, étant donné bien évidemment il est le voisin direct de la plantation la palmeraie et il n’y a rien à lui reprocher. De plus, nous ne sommes pas sûrs qu’ils n’y en aient pas d’autres sur les rangs et mon affaire présente ne va pas vous être favorable. Mais nous avons le temps de retourner la situation à notre avantage, car rien ne s’accomplira avant l’écoulement de sa période de grand deuil. Essayez d’approcher la jeune veuve et si possible vous faire bien voir. »

Chapitre 28

(Le Trait en liberté. Dessins de François-André Vincent (1746-1816)
madeleine Lamarche

Fin octobre 1789, Tourment d’une placée

Selon ses habitudes, si Antoinette-Marie ne dévorait pas un livre qu’elle avait emprunté dans la bibliothèque du marquis ou qu’elle ne jouait pas avec les fils de la maison, le petit Philippe détenant toutes ses faveurs, elle écrivait dans son journal ou en France. Ce jour-là, elle était seule. La famille Maubeuge était invitée chez des amis. La marquise avait bien eu quelques scrupules à la laisser, mais Antoinette-Marie les avait balayés. Elle était donc installée à l’ombre d’un parasol sur une méridienne-canée dans le jardin, rêvassant avec un livre à la main, livre sur lequel elle avait du mal à se concentrer. Elle fut sortie de ses songes par la présence de Josepha maugréant. « – Excusez-moi ma’ame, mais y a une fille qui vous demande. » Se redressant, jetant un regard soupçonneux à la gouvernante antipathique, elle l’interrogea. « Comment ça ? Une fille qui me demande ?

– Une placée ! Mais m’est avis que vous ne dev’iez pas la recevoi » !

– Ah. Et pourquoi ? » Elle lui accorda la question, bien que l’on ne réclamât jamais son avis à une esclave.

Abigaïl, méfiante, avait suivi sa sœur, aussi elle intervint. « – êt’e la placée de Monsieur d’Estou’nelles !

– Ah !… Et vous pensez que cela serait inconvenant de la recevoir en l’absence de vos maîtres ? » S’adressant à la nourrice de Madame de Maubeuge, qui semblait avoir moins d’animosité envers la visiteuse, Antoinette-Marie savait bien qu’elle aurait dû prendre la décision sans tenir compte des deux esclaves. Elle n’avait toutefois pas encore l’habitude de la bienséance créole, et comme Mme de Maubeuge faisait confiance à sa nourrice, elle fit de même. Abigaël afficha un sourire rassurant et lui répondit. « — Oh ! À vous, y di’ont ‘ien et nous on vous obéit !

– Alors fin de tergiversations, faites la rentrer. »

Vint au-devant d’elle une jeune femme simplement habillée, mais avec élégance. Elle était visiblement gênée. « — Bonjour, Madame. Asseyez-vous donc.

– Oh, non, Madame.

– Et pourquoi donc ? Si je vous y invite. » 

Madeleine Lamarche

Madeleine s’installa au bord de la bergère en face d’Antoinette-Marie sous le large parasol. Très intimidée, elle ne pouvait s’empêcher de regarder le bout de ses chaussures. Sous la véranda Josepha attendait les ordres, Abigaël à ses côtés s’assurant que sa sœur n’effectua point d’esclandre. Antoinette-Marie demanda un rafraîchissement pour la jeune femme. La gouvernante, grommelant qui ne manquait plus que ça, servit à Madeleine une citronnade. Celle-ci du bout des lèvres en but une gorgée. Voyant Madeleine handicapée par sa gêne, Antoinette-Marie engagea la conversation. « — Qu’est ce que je peux pour vous, Madame ? »

Madeleine n’était pas habituée à tant de déférences, elle n’avait pas coutume de fréquenter de près ou de loin les créoles. Elle rougit et balbutia. « — Je… Je suis désolée de vous importuner, mais je n’ai rencontré que ce moyen pour avoir des nouvelles de Constant. Enfin de Monsieur d’Estournelles. »

Étonnée que la jeune femme ne détienne point d’informations, mais elle n’était pas instruite sur ce genre de rapprochement, qu’elle supposait sulfureux. Quoiqu’examinant Madeleine, qu’elle trouvait très comme il faut, elle doutait fortement du côté scandaleux de sa relation avec le secrétaire des Maubeuge dont elle présumait le sérieux. Elle répondit à son interrogation « – Il se porte bien, ne vous rongez plus les sangs. Je sais par Madame de Maubeuge qu’il a été très malade à Bâton-Rouge, les fièvres, semble-t-il. Il a longtemps été entre la vie et la mort, aussi les nouvelles ont été longues à venir. Heureusement, à ce jour il va bien, nous le tenons d’une lettre écrite de sa main arrivée avant-hier. Il a même pu régler les affaires qui l’avaient amené là-bas. Alors, vous voyez, elles se révèlent bonnes, il sera là d’ici une huitaine au plus tard. »

La jeune femme de soulagement laissa couler quelques larmes et s’en excusa. « – Mais pourquoi être venue me les demander ? Vous auriez pu en obtenir directement par Madame de Maubeuge.

– Je n’aurai jamais osé en demander à Madame la marquise, et puis Constant vous considère comme sa fille, au point que j’en ai été un peu jalouse, je l’admets.

– Je reconnais bien là mon ami. »

Se relevant, Madeleine remercia son hôtesse et s’apprêta à se retirer. « — Si vous permettez, je ne vais pas m’attarder.

– Naturellement, je vous raccompagne.

– Oh non, Madame ! Je vais trouver mon chemin.

– Une dernière chose avant de vous voir partir, vous avez des enfants ?

– Deux filles, comprenant où voulait en venir son interlocutrice, elle rajouta, Monsieur d’Estournelles a deux filles.

– C’est bien, et si vous avez des soucis n’hésitez pas. Je dois bien ça à monsieur d’Estournelles. Bonne journée Madame. »

Madeleine Lamarche repartit, soulagée, de l’hôtel des Maubeuge. 

Trois mois auparavant, fatiguée de ses dernières couches qui avaient été difficiles, elle avait eu la joie de voir revenir, de France, Constant. Le nourrisson était né au début juin et elle avait bien cru le perdre. Heureux d’être de nouveau père, il avait pris dans ses bras l’aînée qui ne marchait pas encore et il s’était extasié devant la seconde. Comme son aînée, il avait fait baptiser et inscrire la benjamine sur le registre paroissial respectivement sous le nom de Suzanne Balluet et Gratianne Balluet, car si tout le monde l’appelait monsieur d’Estournelles, son patronyme était Balluet d’Estournelles. Il avait déjà organisé leur avenir, après avoir reçu l’éducation des ursulines, il les marierait à un noble espagnol ou français loin de la Louisiane. Il ne voulait pas qu’elles soient obligées de suivre le chemin de leur mère, grand-mère et arrière-grand-mère. Madeleine et Constant n’eurent pas le temps de profiter des joies familiales. À peine arrivé, il avait dû lui annoncer son départ pour Bâton-Rouge et prévoyait son retour pour la mi-août. Elle fut un peu déçue, mais elle y était habituée. Elle était consciente des avantages qu’elle détenait par rapport aux autres placées, Constant se comportait tel un époux. Elle ne lui connaissait aucune aventure ni intention de se marier. Pour sa subsistance et le fonctionnement de sa maison, il lui accordait une pension, pension qu’elle complétait par des travaux de broderie d’une extrême finesse, qu’elle pratiquait pour un atelier de la rue de Toulouse ou pour les ursulines. Quant à Congo, l’esclave que lui avait fourni Constant, il revendait l’excédent du potager sur le marché du port, en plus de s’occuper de la mule et du poulailler. Son train de vie était épaulé par Naïma, qui malgré son âge avancé, l’aidait de son mieux pour tenir le ménage et élever ses filles.

Constant Balluet D’estournelles

Lorsque Constant commença à avoir du retard, elle ne s’en était tout d’abord pas inquiétée. Ses préoccupations étaient tournées vers les prémices de la pandémie de fièvre jaune qui se répandait dans la ville. Elle essayait de ne pas sortir de chez elle protégeant ses deux filles du mal. Elle suivait les recommandations de la vieille Naïma dont elle doutait de l’efficacité. Quand le danger devint imminent, elle commença à s’affoler. Le quartier du port récoltait chaque jour ceux que la maladie avait fauchés par dizaines, et arrivait à sa porte le bruit de centaines de morts dans la région. L’inquiétude grandissant, elle décida d’aller demander conseil à Marguerite Darcantel. La démarche lui coûtait, car la reine du vaudou l’impressionnait beaucoup. Elle avait tellement entendu de propos, d’anecdotes, exaltant ses pouvoirs magiques qu’elle avait fini par soupçonner celle-ci d’être une sorcière. Mais devant le danger de l’épidémie, elle se demanda si les prières suffiraient. Elle décida de dépasser son a priori. Marguerite la reçut chaleureusement et la rassura quant à son futur. À son grand étonnement, elle lui suggéra de ne rien changer et de suivre les conseils de Naïma. Sceptique concernant le pouvoir de la reine du vaudou, elle rentra chez elle. Puis le temps passant l’épidémie reculant, le retard de Constant devint sa seule inquiétude.  

Pour avoir des nouvelles, elle avait tout d’abord approché Sara qu’elle savait être la nourrice des enfants Maubeuge. Ne sachant pas comment l’aborder, elle était allée la voir, pas très à l’aise, sur la place Congo. Ce dimanche-là, elle s’était habillée le plus simplement possible, mais malgré ça elle se fit remarquer, car elle se révélait trop blanche pour se trouver là. Avec ses cheveux châtains, ses yeux noisette pailletés d’or et sa peau ivoire, elle n’avait rien à envier à une créole française et paraissait incongrue au milieu des gens de couleur de toutes conditions qui déambulaient sur la place. Rien en elle ne laissait transparaître le sang noir de ses arrière-grands-parents. Elle vivait entre deux mondes sans en partager un seul, si cela ne s’était su, elle aurait pu passer pour blanche. Lorsqu’elle aborda Sara, gênée d’être vue en sa compagnie, celle-ci fut d’abord soupçonneuse, elle finit par comprendre qui elle était. Bien qu’elle ne s’y était pas intéressée, elle était consciente comme tous les esclaves de la maison des Maubeuge que le secrétaire du marquis possédait une placée. Elle l’avait seulement imaginée telle une métisse très claire, mais elle était loin de penser qu’elle s’apparentait à une blanche. Elle ne s’attendait toutefois pas à être abordée par celle-ci et surtout dans ce lieu-ci. Passé ce moment de surprise, elle lui dit qu’elle ne savait pas grand-chose, hormis que monsieur d’Estournelles était malade et à Bâton-Rouge. Elle se sentit soudainement supérieure devant cette femme, pourtant libre, qui quémandait. Elle réprima un sentiment de satisfaction quand elle vit qu’elle lui créait mille tourments, mais elle ne pouvait lui reprocher leurs conditions respectives. La voyant défaillir, culpabilisant, elle l’aida à sortir du lieu et la raccompagna jusque chez elle. Elle promit de chercher à en savoir plus, mais malgré ses efforts, elle n’apprit rien. Sara finit par lui annoncer que la jeune Française que Constant avait ramenée de son pays était de retour à La Nouvelle-Orléans, et lui conseilla de faire appel à elle. 

Madeleine avait réfléchi longtemps à la suggestion de Sara quant à rencontrer la baronne de Thouais. Sa décision prise, elle s’était renseignée auprès de la nourrice d’Esther afin de s’assurer de l’absence du marquis et de la marquise.

Chapitre 29

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Décembre 1789, Départs

De Marie-Louise la Fauve-Moissac Marquise d’Ajasson de Grandsagne 

À Antoinette-Marie Baronne de Thouais

Le 15 octobre 1789 à Paris

Ma chère enfant,

Je vous écris depuis mon hôtel du Marais. Je m’y suis installé pour quelques jours afin de m’accorder un peu de repos après les terribles évènements de ces jours derniers. 

Le premier jour de ce mois, un nouveau scandale a fait couler beaucoup d’encre, bien qu’il fût un tant soit peu dénaturé dans son compte-rendu. Je tiens la réalité des faits par votre frère qui y a assisté, car de mon côté, je ne me trouvais pas de service auprès de la reine. 

Les gardes du corps de la Maison militaire donnèrent un banquet dans la salle d’opéra du château au régiment de Flandre qui venait d’arriver à Paris. La salle ruisselait de lumières, et détenait environ trois cents convives. On pouvait y voir des officiers de dragons, des Suisses et l’état-major de la garde nationale. Le menu se révélait copieux, les vins recherchés et abondants, ce qui fut reproché plus tard à ce banquet, car le pain manque cruellement à Paris. Un orchestre jouait, les loges étaient remplies de gentilshommes et de dames. Nous n’avons plus guère d’occasions de nous divertir. La fête était, parait-il, très gaie, et très bruyante. Au second service, on a même porté avec chaleur des toasts à la santé de la famille royale. Sans distinction, on a offert à boire à de simples soldats du régiment de Flandre et des Suisses qui étaient entrés entre temps. Dans une loge est apparue la reine, suivie du roi et du dauphin. Le lieu a vibré sous le vivat assourdissant des saluts. Cela a été une vraie ovation. Notre reine radieuse de cet accueil est descendue dans la salle avec son fils dans les bras, et elle a effectué le tour des tables dans une tempête de cris enthousiastes. Spontanément, semble-t-il, l’orchestre s’est même mis à jouer l’air de Grétry que vous connaissez sûrement. 

« Ô. Richard, ô mon roi,

L’univers t’abandonne 

Sur la terre, il n’est donc que moi.

Qui m’intéresse à ta personne… »

Il a été repris en chœur. Après le départ des souverains, quelques officiers, sous les applaudissements des loges, ont retourné, sur leur chapeau, leur cocarde tricolore, pour la transformer une cocarde blanche, en hommage au roi. Évidemment, le vin aidant, quelques débordements s’effectuèrent, certains se seraient écriés. « — À bas, l’Assemblée ! Nous sommes au roi seul ! » Et lorsque l’orchestre a joué la « Marche des uhlans », l’air préféré de la reine, les gardes du corps ont tiré l’épée. Quelques convives ont même escaladé les loges, d’autres sont allés à la cour de Marbre et ont acclamé le roi qui s’est penché au balcon doré. La presse révolutionnaire a affirmé que des cocardes tricolores avaient été foulées. Le peuple de Paris en fut outré.

Marie Louise la Fauve Moissac

Le plus terrible fut la journée du cinq de ce mois. Le roi chassait dans la forêt de Versailles, vous savez comme il aime ça. La reine et ses dames, dont je faisais partie, se promenaient à Trianon. Elle était triste et préoccupée, personne n’en connaissait le sujet. Vêtue de blanc, elle était assise sur le banc de pierre de la grotte, quand un page accourut. Essoufflé, il était envoyé par Monsieur de Saint-Priest. Il annonça qu’une manifestation de femmes marchait sur Versailles, réclamant du pain. Nous restâmes toutes sans voix et attendîmes la réaction de la reine. Elle et Madame Royale montèrent aussitôt en voiture pour rentrer au château. Elle fit aller chercher le dauphin. 

Le roi, revenu de la chasse, avait entre temps réuni le conseil. Son ministre, monsieur de Saint-Priest, l’avait informé. Il oscillait entre plusieurs solutions sans en choisir vraiment aucune. Monsieur de Saint-Priest privilégiait une action hardie. La reine et ses enfants partiraient pour Rambouillet. Quoiqu’il soit déjà tard, les troupes tenteraient d’occuper les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud, laissés jusqu’alors sans protection. Le roi irait au-devant des insurgés avec ses gardes du corps et deux cents chasseurs. Si la foule, sommée de reculer, refusait, on la chargerait. En cas d’échec, le roi gagnerait à son tour Rambouillet. Monsieur Necker, plus modéré, défendit un parti contraire. Il estimait que le roi ne détenait pas assez de troupes. Maîtriser le peuple semblait impossible. Il pensait qu’il valait mieux se fier à son attachement. Le conseil flottait entre ces deux avis. Le roi consulta notre souveraine qui répondit qu’elle ne se séparerait de lui en aucun cas. Si haïe, elle devait pressentir que sa seule sauvegarde se situait dans la présence du roi.

Après une certaine confusion et la concertation de tous, il décida que la famille royale resterait à Versailles, plutôt que de fuir vers un autre château plus sûr. Il avait toute confiance en sa garde. Il refusa le blocage des insurgés, avant leur arrivée au château pour ne pas risquer de faire couler le sang. Nous nous mîmes à attendre. Nous ne savions quoi ? L’anxiété rongeait tout le monde. La reine assise sur une bergère, à l’une des fenêtres donnant vers la route de Paris, pianotait sur son accoudoir sans même s’en rendre compte. Madame Élisabeth conversait avec Madame royale pour la distraire, quant au petit dauphin, il jouait avec son père. Au milieu de l’après-midi, un brouhaha vint à nos oreilles nous amenant tous aux portes-fenêtres afin de voir. Une foule de femmes de toutes extractions, les unes misérables, haillonneuses, d’autres de la bourgeoisie, telle cette Mme Beauprez, que je sais pourvue de voitures, de laquais et d’une loge à l’Opéra. On y distingua de jolies filles comme l’actrice Rose Lacombe. On me fit même remarquer Théroigne de Méricourt connue pour la facilité de ses mœurs et son zèle civique. Cette Théroigne, petite et bien faite, vêtue d’une amazone rouge, des plumes noires au chapeau, était assise sur un percheron qu’elle conduisait en riant, la lance au poing. C’en était scandaleux. Toutes s’avançaient vers le château tirant des canons. De plus la pluie, qui avait fini par tomber dans la journée, ne les avaient pas arrêtées. Je dois bien avouer que certains d’entre nous l’avaient espéré. Nous finîmes par comprendre ce qu’elles scandaient. Je vous passe les horreurs et les vulgarités. Elles venaient chercher « le boulanger, la boulangère » et le « petit mitron », soit la famille royale. Certains ont prétendu que la reine avait lancé comme une boutade cynique « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! ». Outre qu’elle était loin de ce genre d’humour, ses détracteurs auraient dû se rappeler que cette malheureuse phrase sortait des confessions de monsieur Rousseau publiées il y a quelques années. Mais que voulez-vous, le but était de la salir. Par contre, bien entendu ils omirent de faire mention des nombreux hommes armés qui s’étaient glissés dans le cortège. Nous fûmes assurés que c’étaient des meneurs à la solde du duc d’Orléans, celui-ci est très désireux de se substituer à son frère.

Pour achever le tout, le roi a reçu une délégation de quinze femmes. Celles-ci, fort intimidées, demandèrent du pain, que le roi leur promit. Ensuite, l’immense foule est demeurée sur la place d’Armes, éclairée seulement par quelques torches, devant le château, en vue d’y passer la nuit. Le roi, qui disposait pourtant de troupes sûres, renonça à disperser les émeutiers sur le conseil de Monsieur Necker.

Notre roi inquiet, interrogea encore la reine sur une fuite éventuelle. Elle-même était bien indécise. Jusque dans son entourage, elle voyait des espions. Mais elle finit par conseiller, au roi, leur départ. Pour tâter le terrain, cinq de ses voitures avec quelques-unes de ses femmes et une petite escorte de cavaliers sans livrée ont tenté de franchir la grille de l’Orangerie. À notre stupeur, le poste des gardes nationaux placé là les a obligées à rebrousser chemin. Nous ne pouvions sortir du château, ce qui jeta un froid parmi notre assemblée.

 En soirée, le marquis de La Fayette est arrivé avec la garde nationale et a répondu de la sécurité du roi. L’homme est charmant, mais me semblait peu fiable, et ce qui suivit me confirma mon impression. 

Gilbert du Motier Marquis de Lafayette

Rassurée par le discours du marquis, la famille royale partit se coucher. Inquiets, nous dormîmes tous très mal et quand enfin je plongeais dans le sommeil, mon époux vint me réveiller et me pria de me précipiter chez la reine. Lui-même courrait chez le roi. Je fus tétanisée, on entendait les cris de fureur des insurgés qui avaient pénétré dans le château. Accompagnée de ma chambrière qui ne m’avait pas quittée, j’arrivai en déshabillé, prête à m’excuser de ma tenue, dans les appartements de la reine. Celle-ci maintenait contre elle Madame Royale, Madame Élisabeth discutait avec madame Campan pour savoir quoi faire quand un fracas ne nous laissa pas le choix. Mme Augué entrouvrit la porte qui conduisait chez la reine. Un garde, Miomandre de Sainte-Marie, l’uniforme en lambeaux, la face ensanglantée, lui cria « Sauvez la reine ! » et referma le battant. Notre reine enfila à la hâte un jupon, un casaquin de toile jaune et pieds nus, se précipita vers l’œil-de-bœuf pour gagner la chambre du roi. La porte était verrouillée… Elle frappa. Nul ne répondait. Nous apprîmes après que le roi, à ce même moment, avait essayé de la rejoindre par un passage secret. On entendit des coups de feu derrière nous. Alors, elle s’affola. Enfin, un garçon ouvrit. Elle se précipita chez le roi qui revenait haletant. Les deux époux s’embrassèrent. Mme de Tourzel amenait le dauphin… Au petit matin, des émeutiers armés de piques et de couteaux avaient pénétré dans le château, et tué deux gardes du corps, menaçant la famille royale. Par chance, la reine et nous-mêmes échappâmes de peu aux assaillants qui envahirent sa chambre. J’ai pourtant bien cru que notre dernière heure était arrivée, nous avions déjà entendu tellement d’horreurs. Par un retournement de situation, les soldats qui furent gentilshommes ou patriotes fraternisèrent. Le roi s’installa dans sa pièce de parade où quelques ministres étaient parvenus à le rejoindre. Monsieur Necker était très abattu et cachait sa tête dans ses mains. La reine, qui ne songeait point à compléter sa toilette, avait repris son calme et même sa hauteur. Ses enfants et Mme Élisabeth l’entouraient.

Plus tard à la demande de la foule la reine dut se montrer seule au balcon de la cour de marbre devant des gens armée. Nous eûmes terriblement peur. Heureusement, personne, bien que certains la mirent en joue, ne lui tira dessus. Suite à cet acte fort courageux, la famille royale a alors été contrainte de se rendre à Paris, escortée par les troupes du marquis de La Fayette et les émeutiers. Nous n’eûmes pas l’autorisation de l’accompagner. Sur le trajet, la reine fut menacée, certains lui montrèrent une corde et lui promirent de la pendre à un réverbère de la capitale…

… J’ai été invitée, il y a de cela cinq jours au ministère de la guerre par la belle fille du nouveau ministre Jean-Frédéric de la Tour Gouvernet, comte de Paulin. J’ai connu celle-ci alors qu’elle était dame d’honneur de la reine, mais je crois vous en avoir déjà entretenu. Elle est charmante et au demeurant fort jolie, ne met aucune fioriture ni dans ses gestes ni dans sa mise, ce qui lui donne une élégance naturelle. Comme le veut la tradition, le nouveau ministre ouvre sa table, deux fois par semaine. Étant veuf, sa belle-fille en est l’hôtesse. Jusque-là, elle tenait son rôle de concert avec sa belle-sœur, Mme de Lameth. Mais celle-ci, si je ne me trompe, est partie pour les Pays-Bas où son mari se situe en poste. Ces dîners sont essentiellement masculins, les femmes n’y sont jamais invitées. A contrario, elle a insisté pour que j’y accompagne mon époux, afin de remplacer pour la soirée Madame de Lameth. C’était un souper de vingt-quatre couverts, auxquels l’on priait tous les membres de l’Assemblée constituante, à tour de rôle. Nous étions assises en vis-à-vis l’une de l’autre, et nous avions pris à côté de nous les quatre personnages les plus considérables de la société. Le ministre avait fait attention de les sélectionner dans tous les partis. Quand nous nous trouvions à Versailles, les hommes assistaient sans exception à ces dîners en habit habillé. Je portais de mon côté une robe en fourreau à large jupe avec peu de garniture dans les rouges sombres. Madame de Gouvernet avait choisi une robe de même coupe dans les bleus. 

Jean Etienne Cambes-Sadirac Baron

Mais si je vous raconte tout cela, c’est uniquement parce que j’y ai rencontré votre père, à ma grande surprise. En fait, il ne participait pas au dîner, mais il est arrivé alors que nous quittions la table. Il apportait à Monsieur de Gouvernet un portefeuille que celui-ci lui avait réclamé. Tandis que je m’apprêtais à l’ignorer, comme je le fais depuis son refus de vous donner une dot, celui-ci vint vers moi afin de me saluer. Je dois avouer que sur l’instant j’ai été un peu décontenancée, mais ce n’est rien, car, voyez-vous, mon enfant, suite aux quelques mots que nous avons échangés, il m’a demandé de vos nouvelles. Je demeurais sceptique et suspicieuse, mais il avait l’air de bonne foi. Je lui ai donc annoncé que vous étiez bien arrivée en Louisiane et que vous aviez bien épousé Charles-Henri de Thouais. Il en fut satisfait et me dit même que c’était une bonne chose. Je dois dire que j’en suis restée très surprise et intriguée.

Il me laissa sur cette entrefaite, me baisant la main et, me semble-t-il, me faisant ses adieux…

***

Madame La Fauve-Moissac ne savait pas que le baron était en partance pour l’Angleterre après avoir donné ses documents accompagné de sa démission. Marie Josèphe Bechade-de-Fonroche, son épouse, patientait dans une voiture sur la route de Paris. Blottie dans un coin du carrosse, enfouie dans son manteau, elle s’avérait fort inquiète, elle n’avait qu’une peur, c’est que l’on remarqua l’attente de la berline. Depuis la marche des femmes sur Versailles, et le retour du couple royal à Paris, elle n’avait qu’une crainte, c’est que les émeutiers ne s’en arrêtent pas là. Elle avait donc fini par convaincre son époux d’immigrer pour l’Angleterre. Des cousins du côté de son père détenaient un château dans le comté du Hampshire près de la ville de Havant. Elle avait toujours maintenu une correspondance avec eux, mais ne les avait jamais vus. Le seul membre qu’elle connaissait était leur fils unique qui pour avoir accompli son tour d’Europe avait résidé chez eux à Paris. Lorsqu’elle les avait entretenus de ses projets, le vicomte et la vicomtesse d’Heinricourt de Grunne s’étaient empressés de les inviter. 

 Ils avaient décidé de rejoindre Calais pendant la nuit et Douvres le plus rapidement possible. Ils n’étaient pas les premiers à choisir ce trajet, mais pour l’instant personne ne s’y opposait. Le baron avait effectué des transferts de fonds par le biais d’une banque hollandaise. Ils avaient pour cela vendu quelques terres.

Ils arrivèrent à Calais au petit matin, ils se logèrent dans une auberge qui leur avait été recommandée. La chambre mise à la disposition du couple se révélait confortable à défaut d’être spacieuse. La baronne, le corps moulu, se déshabilla rapidement et se coucha sous l’énorme édredon. Pendant ce temps, le baron alla se renseigner sur le départ éventuel d’un navire traversant la Manche. Ils durent patienter trois jours dans l’auberge, le mauvais temps se déchaînait sur la mer. À l’aube du quatrième, ils s’embarquèrent. Madame Bechade-de-Fonroche, la baronne, crut qu’elle allait mourir pendant le trajet tellement le roulis était prononcé. Le bateau était battu par des vagues désordonnées et des rafales balayant le pont de bourrasque de pluie. Dans l’après-midi, ils débarquèrent, moulus et barbouillés, dans le port de Douvres. Le baron s’empressa de louer une berline qui leur permit de rejoindre Londres. Ils se logèrent dans une petite maison tout en longueur pas plus large que la porte d’entrée, le temps de prévenir leurs hôtes de leur arrivée. Malgré les contraintes diverses, la jeune femme reprenait vie. Ces années à la cour de Versailles avaient été un véritable martyr, on lui avait fait payer mesquinement la bêtise de sa mère, elle s’était sentie terriblement seule. Elle n’était pas mécontente d’avoir quitté tout ça. Le but de leur voyage fut atteint dans la dernière semaine d’octobre. Marie-Josèphe fut éblouie par le château et sa campagne, d’autant qu’ils arrivèrent par une belle journée d’automne. 

Ils furent chaleureusement accueillis par le vicomte et la vicomtesse. Elle eut l’impression de commencer à vivre. Si en dehors de la chasse le baron s’ennuyait ferme et faisait les cent pas, elle par contre était toujours occupée. Elle s’intéressa tout de suite au domaine, à ses différentes activités et apprécia les promenades à cheval dans la propriété menant jusqu’à la mer. Le vicomte en fut agréablement surpris, d’autant que sa femme subissant une maladie de cœur était le plus souvent alitée. Marie Joseph Bechade-de-Fonroche ne devait pas souffrir de cette immigration qui dans son sein semblait définitive.

Chapitre 30

Cotes, Francis, 1726-1770; Portrait of a Lady
Marie Félicité de Saint-Maxent

Décembre 1789, Une vice-reine du Mexique

Sur la calle Del almendró à quelques pas de la plaza Moros, bravant la tempête de neige, un cavalier frappa à l’hôtel particulier de la comtesse de Gálvez. À deux pas du palais, Marie-Félicité de Saint-Maxent, épouse du comte de Gálvez, en affectionnait son confort, pas très vaste, mais assez spacieux. Elle s’y était implantée avec ses trois enfants à la mort de son mari à Tacubaza, en 1786. Elle eut le plaisir d’être accueillie à Madrid comme la vice-reine du Mexique, ce qui compensa ce choix fait pour ses enfants au détriment d’un retour dans sa Louisiane tellement aimée. Elle fut reçue et appréciée à la cour de Madrid ce qui aida à son installation en Espagne. Son seul souci avait été de tenir éloigné l’oncle de son conjoint, Don Josef de Gálvez, secrétaire d’État et président du Conseil des Indes, grand favori de Charles III, ce qui lui donnait une position légèrement inférieure à celle du roi. Il avait cru pouvoir mettre la main sur sa nièce et sa fortune, c’était mal la connaître.

À trente-quatre ans, Marie Félicité était considérée par ses pairs comme une très belle femme. Beaucoup d’entre eux auraient bien interrompu son veuvage, mais celle-ci s’y refusait, deux maris, deux veuvages, cela avaient été déjà bien suffisants. De plus, il n’était pas question qu’elle refasse des enfants.

Le contenu de la lettre qu’elle ouvrit la contraria, elle provenait de Monsieur Bevenot de Haussois, qu’elle estimait tel un ami fidèle. Comme à son habitude elle passât à l’action aussitôt. Elle devait, sans lui demander directement, obtenir de l’aide de José Moñino y Redondo de Floridablanca, le Premier ministre du roi Charles III. Elle ne souhaitait pas à trop lui devoir, mais il était le seul à détenir le pouvoir pour exécuter quelque chose. Le roi était malheureusement un être faible sans envergure. 

Comme les aristocrates françaises, elle tenait salon deux après-midi par semaine. Elle ne prétendait pas tenir un salon littéraire ou politique, mais s’y croisaient tous ceux qui comptaient à Madrid. Cela tombait bien, elle accueillait cette élite l’après-midi même. Elle s’habilla simplement, y apportant un léger négligé, et prit une mine de circonstance. Elle recevait comme à l’accoutumée dans ses salons meublés à la française, très affectionnés de ses invités. La première de ses victimes choisies pour l’épauler était Monsieur François Cabarrus. Celui-ci, en tant que ressortissant français, l’avait reçue chaleureusement à son arrivée, il l’avait aidée à plusieurs reprises par l’intermédiaire de sa nouvelle banque. Elle appréciait l’homme pour son caractère volontaire, la variété de ses centres d’intérêt et sa détermination à changer la société. De plus, il faisait partie de ses fervents admirateurs. 

Don José Moñino y Redondo, Count of Floridablanca

Elle reçut avec affabilité ses invités, mais chacun perçut l’agitation de leur hôtesse. Monsieur Cabarrus se présenta dans les derniers après avoir résolu quelques soucis à la banque San Carlos. À peine arrivé, sentant le trouble de la dame, il l’isola discrètement et il lui demanda ce qui la tourmentait. « – Rien ! Rien, mon ami. Il m’a été envoyé une lettre de Louisiane, il semblerait que mon père ait encore quelques problèmes. Mais vous n’y pouvez rien, et moi guère plus.

– Nous n’y pouvons rien, c’est vite dit, je dois rencontrer dans les jours qui viennent notre Premier ministre, je verrai ce que je peux faire. » Elle lui décocha son plus beau sourire et le remercia par avance de son geste. « – Vous avez sûrement raison mon ami, et l’on ne sait jamais.

– Ah, je préfère ça, il faut toujours espérer, surtout en ses amis. »

 Monsieur Cabarrus se sentait redevable envers la comtesse de Gálvez, car elle s’était chargée d’introduire sa fille la marquise de Fontenay auprès de la reine. Ce qui n’avait pas été chose simple, la belle Térésa avait une réputation sulfureuse. Mais la dame avait enlevé l’adhésion de la cour avec sa protégée, et Monsieur Cabarrus lui en savait gré.

Sa deuxième cible était Pedro Pablo Abarca de Bolea, comte D’Aranda, mais il ne vint pas ce jour-là. Cela ne l’inquiéta pas, elle savait que son tourment inconnu effectuait déjà le tour de la ville, et que le comte intrigué la visiterait rapidement, ce qu’il fit dès le lendemain. Elle lui rejoua la pièce, mais celui-ci ne fut pas dupe. Car si tous considéraient la belle comtesse de Gálvez telle une biche, lui avait bien compris que c’était une vraie lionne. Il joua le jeu, il espérait, pour une de ses filles, la main de son fils Miguel. Si les enfants s’avéraient jeunes, il n’en fallait pas moins prévoir les accords, et il ne tenait pas à ce qu’elle dilapide sa fortune pour rendre service à son père, ce dont il la croyait capable. L’ayant rassurée et lui promettant de faire tout son possible pour l’aider, il se rendit au palais. Marie Félicité se révélait consciente d’avoir touché au bon endroit, car le Premier ministre comme le comte faisait partie de la franc-maçonnerie et ces liens joueraient en sa faveur. 

Deux jours plus tard, elle reçut une invitation, pour un bal donné chez don de Floridablanca. Deux fois par mois, son épouse proposait un bal auquel assistait le couple royal, aussi aucun grand d’Espagne séjournant à Madrid ne le manquait. L’invitation n’était qu’une formalité, mais elle comprenait que c’était un message implicite. Le Premier ministre aurait bien apprécié que la belle comtesse cède à ses avances. Celle-ci s’était toujours refusée, il ne lui en tenait pas rigueur, car il savait qu’elle ne s’abandonnait à personne. Elle avait même écrit à un poète de cour pour qu’il cesse ses louanges admiratives qui la gênaient dans sa pudeur et dans sa réputation. Elle avait fait parvenir un double de ses objections au ministre qui pesa de tout son poids sur le jeune poète énamouré. Plus aucun texte sur elle ne parut, hormis quelques quatrains sous le couvert d’éloges faites à Héra, ce qui flatta sa vanité. 

Manuel Godoy

Le jour de la fête, elle se décida pour une robe-fourreau de couleur violette agrémentée au décolleté et aux avant-bras de dentelles noires arachnéennes provenant de Chantilly. La robe n’était pas à la dernière mode, mais elle faisait partie de ses élégantes qui privilégiaient ce qui leur convient à la mode absolue, à condition toutefois qu’il n’y ait pas trop de décalage. Le reflet dans la psyché agréait son choix, sa robe affinait sa taille que trois grossesses n’avaient pas gommée, et son décolleté mettait en valeur une poitrine qu’elle n’avait pas opulente, mais qui attirait les regards. Elle misait sur la modestie seyant au demi-deuil qu’elle prolongeait pour plus de quiétude. Elle se para, toutefois, de bijoux, dignes de son rang. Elle sélectionna pour cela une parure de perles d’Amérique, constituée de pendants d’oreilles, de bracelets et d’un tour de cou agrémenté de trois superbes camées représentant Héra la déesse du mariage et de plusieurs épingles à cheveux. Sa camériste, une ancienne esclave affranchie, se servit des épingles pour tenir un chignon souple, duquel s’échappaient des boucles lourdes lui caressant le cou et les épaules. Satisfaite de sa mise, elle s’emmitoufla d’un large manteau de taffetas assorti et monta dans son carrosse. Elle arriva à la fête alors que celle-ci battait son plein. Elle préférait cela, afin de ne point se faire trop remarquer. Le palais du Premier ministre jouxtait les jardins du palais royal que l’on pouvait admirer depuis les terrasses en degré qui descendaient devant la succession de salons où se déroulait le bal. Lorsque l’aboyeur annonça la comtesse de Gálvez, quelques têtes de ses amis se tournèrent. Inquiétés par les bruits qui couraient, ils s’approchèrent, pour la saluer et prendre de ses nouvelles. Elle les rassurait sans leur donner plus de renseignements quand le couple royal fut annoncé. Toute l’assemblée s’affaissa dans une révérence, la seule de la soirée, car il était d’usage de faire fi de l’étiquette lors de ces soirées. Descendant le large escalier du premier salon, la reine, suivi de son favori, Manuel Godoy, que tous supposaient, à juste titre, être son amant, remarqua, agacée, du coin de l’œil la comtesse. Elle ne l’aurait pas reconnu, mais la créole française l’insupportait, peut-être parce qu’elle en avait trop les qualités, indolente avec grâce et élégance, et, pas assez les défauts puisque d’une moralité sans failles. Elle ne pouvait rien à lui reprocher, elle était louée pour sa bonté et sa charité, au point d’avoir laissé un souvenir attristé lors de son départ en Louisiane, elle n’aurait pu admettre en être jalouse. Elle passa devant sans s’arrêter et alla s’assoir dans le deuxième salon où avaient été installés, pour son confort et celui de sa suite, un canapé et des bergères. Le Premier ministre dégagé de ses salutations au couple royal, les abandonna à leur coterie et chercha la belle comtesse. Il la trouva toujours au milieu de ses intimes compatissants, après s’être excusé auprès de ceux-ci, prenant son coude, il l’entraîna sur les terrasses éclairées de flambeaux et sentant les orangers disposés dans de grands bacs. 

« — Alors Madame, il m’a semblé comprendre par l’intermédiaire de vos amis que vous aviez quelques soucis familiaux ?

– Mes amis s’avèrent très aimables, mais j’ai peur que cette fois-ci, nous ne puissions rien faire. Mon père a été arrêté par Don Miro.

– Et puis-je savoir sous quels chefs d’inculpation ?

– Cela n’est pas très précis. Il paraitrait que c’est suite à un voyage que mon père a effectué jusqu’à La Havane afin de se faire rendre des biens détenus par les Anglais, depuis cette triste affaire de prise d’otage, il y a quelques années. Je pense que Don Miro a espéré pouvoir mettre la main dessus ? Ce n’est pas comme ça que mon père va pouvoir redresser sa fortune et rembourser ce qu’il doit.

– Je saisis ! Je vais voir ce que je peux faire pour résoudre ce que je suppose être une incompréhension de part et d’autre. »

Le remerciant, la belle comtesse lui sourit, s’appesantit sur son bras et changeant de conversation, elle le félicita sur sa soirée.

***

Louisiane, janvier 1790

Le bureau était éclairé par les flammes vacillantes des candélabres, les portes-fenêtres étaient ouvertes sur les jardins laissant entrer un air chaud et moite. Le gouverneur ne décolérait pas. Il faisait les cent pas, tout en lisant et relisant la lettre qui venait d’arriver d’Espagne. En y mettant quelques formes, don Floridablanca exigeait la libération et la réhabilitation de Monsieur de Saint-Maxent. Son exaspération ne baissait pas suite à cette ingérence dans les affaires de la colonie. La missive était parvenue trop tard, celui-ci avait déjà été relaxé. Saint-Maxent s’était blanchi lui-même des accusations avec l’aide de ses amis. Sa réclusion avait tout de même une nouvelle fois entaché sa réputation, ce qui avait mis un peu de baume sur la rancœur du gouverneur. Celle-ci s’était étendue aux créoles français en général. Il était sûr que Saint-Maxent pratiquait des affaires frauduleuses, notamment de la contrebande avec les Américains. Soit, il n’était pas le seul. Le gouverneur ne se faisait pas d’illusions d’autant qu’il détenait des informateurs dans toute la colonie, seulement de Saint-Maxent s’avérait un des meneurs. Il avait voulu en faire un exemple pour rabaisser la morgue des créoles français. Ce nouvel échec lui laissait un goût amer et il n’aurait de cesse de renverser la situation.

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Personnages

Cette histoire met en scène des personnages réels et des personnages fictifs ainsi que des événements et des dialogues inventés à des fins dramatiques et afin de compléter les vides des biographies. Les illustrations des personnages ne sauraient être confondues avec les personnes réelles.

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2 réflexions sur “La Palmeraie / De la Garonne au Mississippi 027 à 030

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