La Palmeraie / De la Garonne au Mississippi 035 à 39

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Chapitre 35

(Thomas Gainsborough Mrs. Richard Brinsley Sheridan

Marie-Adélaïde Maubourg

Le drame

Petit à petit cela fut connu de tous. Quand la rumeur arriva aux oreilles de Madame Tante, elle en fit part à son neveu qui ne fut pas surpris. « – Mais enfin ! Étienne vous ne pouvez pas laisser votre épouse se dévergonder aux yeux de tous. Que faites-vous de votre honneur ?

– Voyons ma Tante vous exagérer, Marie-Adélaïde n’est pas une courtisane ! Il n’eut pas le temps de répondre que Madame Tante fulminant de colère repartit à la charge contre le manque de vigueur de son neveu. « – Mais vous réalisez, et si elle tombe enceinte ? Hein, que ferez-vous si elle tombe enceinte ? » Tapant du pied pour appuyer sa question. Irrité, il répondit en regardant, sa tante, droit dans les yeux. « Mais, madame, c’est la meilleure chose qui puisse arriver. J’aurai enfin un fils, vous devriez même l’espérer ! » Ébahie par la réponse qui redoubla sa colère, elle sortit du bureau claquant la porte à faire trembler le chambranle. Passant par la salle à manger, elle bouscula Zaïde, une négresse de sept ans qui portait un plat. Surprise, celle-ci le fit tomber. S’en fut trop pour Madame Tante. Elle attrapa la négrillonne par le col et appela le contremaître et lui demanda de donner cinquante coups de fouet à la maladroite. Celui-ci ne broncha pas sachant que c’était inutile et pas son affaire. Accrochée au pilori, la pauvre enfant hurlait tout ce qu’elle pouvait, sous le regard glacial de Madame Tante. Cela semblait calmer de sa frustration.

Suzanne la chambrière de Marie-Adélaïde arriva en courant tout essoufflée dans le boudoir où sa maîtresse écrivait. « Ma’am, elle tuer la Zaïde, elle la tuer !

– Mais qui ? Grand Dieu !

– Ma’am Tante, elle la faire fouetter !

Marie-Adélaïde se précipita hors de la maison et courut jusqu’au lieu de la punition. Pendu à la corde, le corps sanguinolent de l’enfant gesticulait encore sous les coups répétés du contremaître. « – Mais arrêtez, vous êtes folle, vous allez tuer cette enfant !

Cela ne vous regarde pas madame, retournez donc à vos distractions.

– Je vous ai dit d’arrêter ! Elle allait se précipiter sur le bourreau, mais Madame Tante la retint par le bras. Il s’ensuivit une vive dispute, qui s’arrêta lorsqu’elles réalisèrent qu’elles n’entendaient plus les coups de fouet. Madame Tante se retourna vers le contremaître. « – Qui vous a dit de vous arrêter ?

– Mais madame, elle est morte.

Marie-Adélaïde blêmit. Les yeux en pleurs, elle se précipita sur le corps devenu informe de l’enfant. Dans un soupir, elle dit. « – Oh, mon Dieu, elle est vraiment morte. » Puis hurlant vers l’ignoble femme, elle l’incendia. « Vous l’avez tuée ! Espèce de monstre sans cœur !

– la belle affaire ! Et bien on en achètera une autre pour la remplacer !

Marie-Adélaïde rentra en courant et s’enferma dans sa chambre, elle s’effondra sur le lit. Ce genre de scène fort courante au demeurant se passait généralement loin de la maison aussi n’y avait elle jamais assisté. Elle savait que Madame Tante en était coutumière, c’est pour cela qu’elle avait exigé de s’occuper elle-même de ses esclaves. Elle était consciente que l’on fouettait les esclaves et elle savait que pour différentes raisons on les mutilait voire on les pendait, s’ils s’étaient enfuis à plusieurs reprises. Hormis les gens de maison, elle ne faisait pas attention aux dos courbés dans les champs qui mourraient de maladies quand ce n’était pas de leur travail. Un esclave des champs n’avait que huit à neuf ans d’espérance de vie sur une habitation. Le bétail humain sans états d’âme. Elle ne parut pas au souper, où un silence gêné ne fut guère interrompu. À la nuit tombée, le son sourd des tambours s’éleva des cases des esclaves. Le rythme profond et régulier portait sur les nerfs à Madame Tante ainsi que sur la plupart des gens de la plantation, aussi voulut-elle le faire interrompre. Bien que cela fût interdit, Étienne trouva que c’était beaucoup pour une seule journée et qu’ils devraient faire avec. Autour d’eux les esclaves se crispaient de nervosité. À l’étage, Marie-Adélaïde, contrairement aux autres, s’endormit au son des tam-tams qui semblaient partager sa peine.

Le lendemain matin toujours en colère, les nerfs à fleur de peau, Marie-Adélaïde décida de ne pas rester dans la maison et ordonna à Suzanne de faire atteler son tilbury, car elle irait passer la journée chez les Bordiers D’Aysse, leurs voisins. Avec sa chambrière à ses côtés, elle quitta la plantation au milieu de la matinée sans adresser la parole à quiconque. Suzanne était très inquiète, car les tambours de la nuit étaient un appel à la guerre dans certaines tribus d’Afrique, et la peur la gagnait. La crainte que des esclaves marrons ne les agressent pendant leur parcours terrorisait l’esclave.

La distance n’était pas longue, mais la route était sinueuse, elle mit deux bonnes heures pour arriver devant la grande case de ses voisins. Elle y fut chaleureusement accueillie, d’autant que c’étaient les hôtes d’Edmond. Au cours du repas, elle narra la colère de Madame Tante et ses conséquences. Madame Bordier pensa que ce n’était point grave, qu’il suffirait d’en acheter une autre, quant à son époux, il trouvait que c’était du gaspillage et que la jeune femme était bien sensible. Le dîner se déroula agréablement, calmant un peu Marie-Adélaïde. Le café pris, elle se retira et reprit la route sachant qu’Edmond allait la rattraper. À l’endroit habituel, elle laissa le tilbury et Suzanne, puis continua à pied par un chemin qui descendait vers la rivière que la route longeait sur une partie du trajet. Elle se rendit à leur lieu de rendez-vous habituel, où elle attendit, tout en regardant l’eau coulait. Lorsqu’il arriva, elle se précipita dans les bras de son amant. N’arrivant pas à se défaire du choc, elle réitéra son histoire qui l’avait traumatisée. Il la consola jusqu’à en arriver là où lui voulait en venir. Leurs ébats finis, il aida sa compagne à se rhabiller et la raccompagna jusqu’à sa voiture. Le jour tombait, mais cela n’inquiétait pas Marie-Adélaïde. Elle n’avait pas envie de rentrer.

*

Le trajet fut calme, Marie-Adélaïde restant dans ses pensées, elle laissait aller la jument au trot et à son rythme. Les deux femmes rentrèrent doucement sous la lune montante. Sortant sa maîtresse de sa torpeur Susanne fit remarquer la lueur anormale que l’on voyait au loin. Sur l’instant, Marie-Adélaïde pensa que c’était le coucher de soleil qui était particulièrement flamboyant. Puis petit à petit elle admit que quelque chose n’allait pas. Marie-Adélaïde claqua ses rênes sur la croupe de la jument pour la faire accélérer. Il devait y avoir quelque chose à la plantation, quelque chose brûlait. Au détour de la route, elles aperçurent à leur effroi les champs incendiés, puis la maison que les flammes commençaient à gagner. Approchant de la demeure, à la lueur de l’incendie, le jour était tombé, elles virent des corps étendus par terre. La voiture arrêtée, Marie-Adélaïde sauta et se précipita vers les corps étendus. 1791-08-22-haitiElle était blanche d’horreur, le sol était jonché devant elle des cadavres de tous les blancs de la maison ainsi que de quelques serviteurs qui avaient dû vouloir les aider. Elle s’approcha de celui qui devait être celui de Marie-Jeanne, la plus jeune de ses belles-sœurs, ses jupes recouvraient son buste laissant son intimité visible à tous, présageant les pires horreurs. Elle voulut rabattre les jupes afin de rendre la jeune fille plus décente. Elle hurla d’horreur quand elle vit que les agresseurs l’avaient éventrée et égorgée. Suzanne se précipita, gifla sa maîtresse pour qu’elle se calmât. « – Doucement Ma’am, eux pouvoir être pas loin ! ». Elle vomit. Elle n’avait pas pensé qu’ils pouvaient être encore sur les lieux, elle circula entre les corps égorgés, mutilés, tous y étaient, pas un ne manquait, Madame Tante, Anne Marie-Louise, les contremaîtres. Elle aperçut les surveillants pendus à un arbre près de la maison. Sur le pas de la porte, elle trouva celui d’Étienne qui avait été égorgé et dont on avait coupé les mains. Celles-ci étaient placardées sur la porte. Son estomac se révulsait. Machinalement, elle entra dans la maison qui avait été saccagée, elle monta jusqu’à son boudoir et sa chambre qu’elle trouva intacte contrairement au reste de la demeure. Elle en fit le tour, Suzanne, sur ses talons, terrorisée à l’idée que les agresseurs soient encore sur les lieux. Marie-Adélaïde se déplaçait hypnotisée par l’horreur. Elle caressait machinalement ses objets familiers encore indemnes. Quelque part dans son cerveau, elle refusait la réalité. Sur sa coiffeuse, elle trouva son coffret à bijoux qui n’avait même pas été ouvert, Suzanne eut le réflexe de la prendre. L’odeur pestilentielle de la chair brûlée ne la sortait même pas de sa torpeur, ses larmes coulaient sans fin. Suzanne la prit par le bras, la fit sortir de la maison que les flammes de l’incendie commençaient à dévorer et l’entraîna jusqu’à la voiture. « – Il faut pa’tir Ma’am, falloir pas « ester là. » Elle la poussa pour la faire monter dans le tilbury et prit elle-même les rênes. Dans un train d’enfer, elles quittèrent la plantation, Marie-Adélaïde sous le choc et la chambrière paniquée.

Dans un nuage de poussière, elles arrivèrent à tombeau ouvert à la plantation voisine. Marie-Adélaïde, sortant brièvement de son abattement, se précipita à la porte de la demeure qui s’ouvrait déjà. Le majordome de la maison fut surpris de voir la jeune femme échevelée comme une harpie hurlant plus qu’elle ne parlait. Au son du tumulte, les Bordiers D’Aysse arrivèrent précipitamment. Ils furent ahuris devant l’agitation et le désordre de la mise de la jeune femme. Ils voulurent la faire entrer dans la maison, mais elle refusa avec vigueur. « – Non ! Non ! Laissez-moi, ils les ont tous massacrés. Ils les ont tous massacrés, il n’y en a plus un seul de vivant. Ils ont tout brûlé, tout tué, tout pillé. » Le couple ne comprit pas tout de suite ce que Marie-Adélaïde voulait dire. Ramassant ses jupes, elle leur tourna le dos et repartie en courant jusqu’à la voiture où l’attendait Suzanne. Elle prit les rênes et fouetta la jument reprenant la route qui menait à Port-au-Prince, aussi vite qu’elles étaient venues. Au son du tapage, Edmond descendit demandant ce qui se passait. Monsieur Bordier qui venait de comprendre que la plus grande crainte des planteurs venait de se réaliser. « – Il y a eu un drame à la plantation Courtelon, rattrapez-la ! Rattrapez-la, elle est complètement paniquée, elle va faire n’importe quoi ». Edmond se précipita aux écuries, sella son cheval et partit au grand galop. Il rattrapa les deux femmes une heure plus tard sur la route. Marie-Adélaïde ne voulait pas s’arrêter, elle lui hurla qu’il n’était pas question qu’elle revienne en arrière. Il lui proposa de l’accompagner jusqu’à Port-au-Prince, lui arguant que dans la nuit, elles pouvaient avoir un accident. Se calmant, la jeune femme arrêta le tilbury dans lequel Edmond monta après avoir attaché son cheval à ce dernier. Ils se serrèrent sur la banquette unique de la voiture, lui tenant d’une main les rênes et enserrant la jeune femme de son autre bras. La chaleur du corps de son amant la rassura, petit à petit, elle lui raconta ce qu’elle avait trouvé à la plantation Courtelon. Ils arrivèrent à l’aube devant la demeure des Fleuriau. C’est le bel Achille, le fils de Rachel, à moitié endormi, qui ouvrit aux arrivants. Edmond soutenait Marie-Adélaïde que les émotions additionnées au voyage avaient fini par terrasser de fatigue. Edmond avait à peine passé le pas de la porte qu’elle s’écroulait définitivement dans ses bras. Achille le guida au salon où Edmond allongea la jeune femme sur un canapé. Pendant ce temps, le métis alla chercher sa mère, qui fit installer la jeune femme dans une chambre pendant qu’elle allait réveiller sa maîtresse. Une heure après toute la maisonnée était levée. Monsieur Fleuriau se fit raconter le drame des Courtelon et fit prévenir les représentants de l’ordre afin d’envoyer la milice aux planteurs de la région.

L’armée du gouverneur quadrilla la région, retrouva quelques esclaves des Courtelon qu’ils pendirent haut et court pour l’exemple sans savoir s’ils s’étaient échappés et s’ils avaient participé au massacre. La nouvelle du drame balaya l’île comme un cyclone, réveillant la profonde terreur et affolant tous les blancs. À la moindre suspicion, on vendait l’esclave voire on le punissait.

7abbae5a-d7d9-4c15-80b7-accf6af7c267_570Les semaines passèrent, la terreur de Marie-Adélaïde ne se dissipait pas. Elle décida, aider des Fleuriau de quitter Saint-Domingue. Quand il fallut choisir la destination de cette immigration, Aimé-Paul Fleuriau remit à Marie-Adélaïde la somme de la lettre de change de sa mère qui allait lui permettre de vivre décemment sans ostentation. Puis il lui rappela, que Madame la marquise de Maubeuge, née Bourdeille de la Salle, installée à La Nouvelle-Orléans, était une de ses cousines du côté de sa mère. Elle se rappela avoir effectivement croisé celle-ci avant qu’elle ne parte de Nantes pour épouser. N’ayant guère de choix, puisqu’il lui était déconseillé de rentrer en France au vu des événements, elle décida que sa prochaine destination serait la Louisiane.

Après de longues conversations et explications, Edmond et Marie-Adélaïde rompirent leurs relations, ce dernier ne pouvait quitter l’île sans autorisation de sa famille. Celle-ci lui couperait les vivres s’il ne lui obéissait pas. Marie-Adélaïde fut fort déçue ce qui n’améliora pas son état d’esprit. Un mois après le drame de la plantation elle et Suzanne montaient à bord du navire au long cours le « Nairac ». Après avoir échappé à une tempête d’envergure, elles arrivèrent à la mi-décembre au port de la nouvelle Orléans.

Chapitre 36

George Romney (Portrait d'une femme, dit être Emily Bertie Pott (mort en 1782)

Cambes-Sadirac Antoinette Marie

Janvier 1791, Retour à la plantation

Cela faisait un peu plus d’un an qu’Antoinette-Marie n’était pas retourné à sa plantation. Elle avait séjourné tout ce temps dans la maison de ville ou dans la plantation des Maubeuge, celle qui était au bord du fleuve. La marquise lui tenait lieu de chaperon, sœur Élisée était rentrée au couvent des ursulines de La Nouvelle-Orléans, dès le lendemain de son retour dans la ville. Elles s’étaient séparées avec tristesse se jurant de se visiter le plus souvent possible, ce qu’elles tinrent. De son côté, Antoinette-Marie n’eut pas de mal à rester cloîtrée loin de l’agitation de la ville. Elle resta longtemps sous le choc de son voyage qui l’avait amenée à son veuvage. Elle assimilait tout ce qu’elle avait vécu depuis son arrivée, tous ces changements qui avaient radicalement bouleversé sa vie, modifiant son statut et lui donnant une fortune accompagnée de responsabilités devant lesquelles elle n’était pas sûre d’être à la hauteur.

Elle avait pendant tout ce temps réussi à tenir éloignés les premiers prétendants à sa main, qui au fil du temps et des rumeurs s’étaient multipliés.

C’est lors de la messe de la Toussaint que les créoles louisianais virent pour la première fois la jeune veuve et que celle-ci découvrit leurs intérêts pour elle. Elle ne pouvait se tenir indéfiniment loin de l’église. Antoinette-Marie avec l’aide de la marquise avait donc pris son courage à deux mains pour se rendre dans la petite église qui temporairement remplaçait la cathédrale Saint-Louis. Elle savait qu’elle serait le point de mire de l’assistance curieuse de cette nouvelle arrivante au destin si triste que la plupart n’avaient jamais vu. Madame de Maubeuge décida qu’ils s’y rendraient en famille. Pour l’occasion, Antoinette-Marie arbora une robe à l’anglaise avec jupe assortie, le tout en grosse soie noire. Elle ne dérogea pas au fichu en organdi croisé sur la poitrine et elle se voila d’une mousseline cachant ainsi ses cheveux et le haut de son visage. La berline s’arrêta devant l’escalier du petit bâtiment. Monsieur de Maubeuge descendit de la voiture et n’eut pas le temps d’en faire le tour que déjà se précipitait le jeune de Saint-Maxent désireux d’aider les dames à descendre. Ce dernier ouvrit la portière et tendit la main à la jeune veuve décontenancée par tant d’aplomb. Ponctuant ces mots d’un élégant petit coup d’éventail sur la main du jeune homme, Nathalie de Maubeuge s’exclama. « – Laissez monsieur ! Mon époux va s’en charger, on nous regarde, c’est très aimable de votre part, mais cela frise l’inconvenance. » Le jeune homme s’excusa aussitôt. « – Veuillez m’excuser de ma maladresse. Je ne voulais pas vous offusquer, juste vous rendre service.

– Assurément ! Mon jeune ami, votre galanterie vous honore.

Recevant une fin de non-recevoir le jeune homme s’en retourna vers l’église, il était toutefois satisfait, car la jeune fille l’avait remarqué. Mais il n’était pas le seul à attendre son arrivée. Les deux frères de Crécy et leur jeune sœur étaient là aussi. Louis Adam de Crécy comptait encore une fois sur sa sœur Geneviève pour faire une approche plus stratégique. Mais celle-ci en fut empêchée par l’arrivée du gouverneur et de sa femme. Ce dernier tenait à partager les inconvénients dus à l’incendie et chaque dimanche assistait à la messe dans cet édifice temporaire. Madame de Maubeuge et Antoinette-Marie esquissèrent une révérence, quant à monsieur de Maubeuge, il salua avec déférence le gouverneur. Bien qu’un peu tendu par l’affaire de Saint-Maxent, le gouverneur et sa femme échangèrent quelques mots avec le couple, don Miró ne voulait pas se mettre à dos tous les créoles français. Tout le monde suivit le couple à l’intérieur du petit édifice. Monsieur de Maubeuge ouvrit la marche avec sa femme aux bras, et son fils aîné qui paradait déjà comme un vrai créole. Antoinette-Marie tint par la main son cadet Philippe, quant au petit dernier, il était dans les bras de sa nourrice Sara. Tout le monde examina du coin de l’œil l’entrée de la jeune femme, ils durent bien admettre qu’elle avait beaucoup d’allure. Ne pouvant deviner ses traits à travers son voile, l’aura de mystère ajouta à la curiosité de tous. La rumeur alla de plus belle par la suite. Les uns s’apitoyèrent sur le sort de la jeune fille, les autres la jaugèrent. Elle fut rapidement estimée comme un parti fort intéressant à plus d’un titre. De par l’exiguïté du lieu, le culte devint vite inconfortable, la chaleur monta très vite et le battement régulier des éventails des dames ne suffit pas à brasser l’air. Le curé avait décidé une messe illustrée d’un sermon éloquent sur la dépravation du corps entraînant celle de l’âme, il fut toutefois obligé de l’abrégée car une de ses paroissiennes s’évanouit incommodée par la touffeur. À la sortie afin d’éviter l’assaut qu’elle pressentait Antoinette-Marie s’esquiva, suivie des enfants, et s’empressa de remonter dans le landau, laissant le marquis et la marquise faire leurs civilités. Une fois rentrées dans la demeure, les deux jeunes femmes s’amusèrent de l’empressement des jeunes gens à essayer de l’approcher.

Afin de recroiser la jeune fille, chacun des prétendants fit preuve d’ingéniosité pour se faire inviter par monsieur et madame de Maubeuge. Nathalie et elle-même avaient jugé bon qu’elle restât éloignée de toutes ses manigances, aussi elle ne parut jamais à aucun dîner ni soirée du marquis et de la marquise. Son deuil de toute façon justifiait sa mise à l’écart de la société.

Plantation Maubeuge.jpgÀ partir de Pâques, dès les premières chaleurs, cet isolement avait été adouci par un séjour prolongé sur la plantation Maubeuge au bord du Mississippi, dans le comté Saint-Jacques. Comme tous les créoles, les Maubeuge se retiraient à la campagne, afin d’éviter les épidémies. Leur plantation plus grande que la Palmeraie lui ressemblait dans son architecture. Meublée plus simplement que la maison de ville, elle n’en était pas moins au dernier goût parisien. La pièce de mobilier dont était le plus fier Monsieur  de Maubeuge était un bureau d’André Charles Boulle, cadeau de Monsieur  Necker reçu en remerciement pour les services rendus auprès de lui et du roi, service ressemblant le plus souvent à de l’espionnage. Comme tous les propriétaires, le marquis avait construit sa maison à une bonne distance de la rive, afin de la mettre hors d’atteinte des débordements du Mississippi. Il s’était empressé de planter sur deux lignes parallèles des pacaniers qui avaient constitué au fil des années une somptueuse voûte de verdure, ornement indispensable de l’allée menant à la demeure. Par un forgeron de La Nouvelle-Orléans, il s’était fait construire un immense portail en fer forgé avec ses initiales et celles de son épouse entrelacées, rarement fermé. Le tout était très imposant et compensait bien le fief laissé en France.

Dès les premiers jours, Antoinette-Marie ponctua ses journées de promenades dans le parc aménagé entre la demeure et le fleuve. Madame de Maubeuge avait voulu garder un semblant de naturel, aussi le parc était un mélange de chênes et de magnolias parsemé de massifs d’azalées, de Roses, d’œillets, de violettes, de jasmins bordant les allées qui le parcouraient et menaient à la maison. Avec les enfants et leur nourrice, elles s’asseyaient à l’ombre de la treille couverte de glycine. Hormis les esclaves qui avaient du travail sur le lieu, celui-ci leur était réservé.

Comme dans toutes les plantations les voisins et amis pouvaient se présenter à toute heure du jour et de la nuit, la table était toujours ouverte et bien évidemment tous étaient invités à séjourner. L’hospitalité créole n’était pas une légende, et la notoriété de la famille Maubeuge attirait voisins et amis. La demeure désemplissait rarement, mais elle était assez grande pour que la jeune femme puisse s’isoler par convenance, pour ne pas donner l’impression de se mêler aux plaisirs auxquels les convives s’adonnaient. Elle gardait en tout moment une réserve de bon aloi qui lui permettait d’observer la société qui l’entourait. Suivant les invités, il lui arrivait de partager les repas, mais elle se retirait ceux-ci terminés. Il n’était pas question qu’elle partage les loisirs traditionnels qui s’en suivaient. Après chaque repas, les hommes s’installaient sur une galerie afin de fumer et parler de politique. De leur côté, les femmes s’installaient sur la galerie opposée pour converser, échanger des nouvelles familiales et de la Colonie, et les uns comme les autres jouaient aux cartes, car si le jeu était interdit, loin de toute surveillance tous se l’autorisaient.

*

(George Romney Thomas Grove of Ferne

Timecourt Lazare LATIL

Les jours défilaient selon le rythme lent du fleuve, rythmé par les travaux des champs au son des mélopées plaintives des esclaves. Ce jour-là en attendant le tintement de la cloche du souper, Antoinette-Marie s’était installée sous la véranda appréciant le jour finissant qui laissait filtrer les derniers rayons du soleil au travers des trouées nuageuses tel un tableau d’un peintre de la renaissance. Elle profitait de ce moment de calme pour finir le bord d’un fichu qu’elle brodait. Elle était assez fière de son ouvrage qui lui avait demandé toute son attention. Le grognement de Navarre, installé à ses pieds, lui fit lever la tête. Elle vit alors arriver depuis sa place où elle savourait l’air venant du fleuve, trois cavaliers. Elle posa son ouvrage et envoya prévenir Madame de Maubeuge. Les deux femmes étaient seules, le marquis, absent, était retourné à la ville le matin même, comme presque chaque jour afin de suivre ses affaires et le déroulement de l’incarcération de Monsieur de Saint-Maxent. Il comptait y rester quelques jours.

Sous prétexte de se rendre sur le lac Maurepas, afin de chasser, Louis de Morand, Timecourt Latil et son jumeau Lazare s’invitèrent à la plantation. Antoinette-Marie avait reconnu l’un des jumeaux, qui par ailleurs ne ressemblait pas du tout à son frère, et se doutait bien que ce n’était pas par hasard qu’il remontait l’allée avec ses compagnons. Elle pressentait les ennuis ou tout au moins quelques contrariétés. Elle était agacée par ce harcèlement continuel, elle se sentait comme une bête pourchassée et sentait le piège se resserrer. Elle n’avait rien contre Timecourt, qu’elle trouvait au demeurant assez agréable sous ses dehors un peu rustres, mais elle finissait par ne plus savoir comment se comporter dans cette chasse ouverte pour obtenir ses biens. Elle ne savait plus comment esquiver ces demandes à peine voilées. Elle voyait arriver le terme de la première partie de son veuvage et elle savait que les demandes allaient se faire plus précises et plus pressantes. Les jeunes gens avaient à peine fait leurs civilités à madame de Maubeuge et à elle-même qu’ils virent arriver une voiture-cabriolet avec Don Francisco de Leiva Y Cordoba qui par ailleurs était promis à l’une des filles Latil. Nathalie de Maubeuge fronça les sourcils, tous ces jeunes gens allaient bouleverser son havre de paix.

Chapitre 37

(SIR WILLIAM PEPPERRELL AND HIS FAMILY par John Singleton Copley)

famille alexandre Latil

Une famille de Colons

Alexandre Antoine de Latil de Timecourt était natif de la paroisse de Saint-Médérique à Paris. Il traversa l’océan Atlantique pour la Louisiane en 1745, en tant que cadet à l’Aiguillette, dans les troupes de la Marine, où il devint premier officier de troupe, en Louisiane, puis à Saint-Domingue. N’ayant aucune fortune qui l’attendait en France, il se fit engager comme gestionnaire de la propriété Morand. C’était une ancienne propriété de la Compagnie des Indes qui avait été rachetée par Charles de Morand. Cette propriété était sur le site de Sainte Augustine, dans le quartier Tremé, à La Nouvelle-Orléans.

Un matin de la fin de l’année 1775 l’un de ses amis Maurice Conway, un Irlandais, lui proposa de s’associer à lui pour acheter des terres aux Indiens Houmas, à proximité de La Nouvelle-Orléans. L’affaire lui parut intéressante, et il engagea le pécule qu’il avait réussi à mettre de côté. Il se joignit donc au projet de son ami. Pour une somme dérisoire, les premiers occupants cédèrent leur terre pour aller occuper la plaine fertile entre le Mississippi et le lac Maurepas plus au nord. Les Indiens adoptèrent ce compromis intelligent devant la présence de plus en plus pressante des blancs qui les repoussaient plus ou moins ouvertement. À environ douze heures de cheval au trot de La Nouvelle-Orléans, le lieu avait tous les avantages recherchés par un planteur, une bonne terre, facile à irriguer, c’était donc une très bonne affaire. Bien que ne pouvant l’exploiter par manque de moyens, Alexandre Antoine de Latil de Timecourt se trouva propriétaire de belles étendues de terres au bord du fleuve. Le destin toutefois allait l’aider à s’installer.

Monsieur de Morand, son employeur décéda suite à un accident de chasse, laissant une veuve Marie-Renée De Lachaise et trois enfants en bas âge Charles, Vincent, et Louis. Devant la détresse de la veuve et la fortune que lui laissait son défunt mari, il décida de l’épouser le 16 avril de l’année 1757 à l’Église paroissiale de Saint-Louis, à La Nouvelle-Orléans. Il devint de ce fait tuteur des trois garçons respectivement âgé de quatre, trois et un ans. Mais le mariage s’acheva avec la mort de Marie-Renée De Lachaise de la fièvre, laissant Alexandre Latil avec les trois garçons, qu’il mit un point d’honneur à élever dans les meilleures conditions. En 1761, il épousa en secondes noces Jeanne Goujon de Grondel, de la paroisse de Notre-Dame de Mobile, fille de Jean-Philippe Goujon de Grondel, écuyer et chevalier de l’Ordre royal. Un an plus tard, la jeune femme de vingt ans mit au monde leur première fille, Louise Henriette Félicité, qui, passé le moment de déception, fit la joie du père. Deux ans plus tard, l’héritier vint au monde, Lazare, mais les caprices de la nature lui avaient adjoint un frère jumeau, Timecourt. Cet état de fait amena à réfléchir l’heureux père à l’expansion de ses biens, d’autant que suivirent trois autres enfants, des filles, qui eurent toutes la chance de survivre. Et s’il avait hérité de quelques biens de sa précédente épouse, l’aîné des Morand, Charles, était le principal bénéficiaire des biens de ses parents.

Alexandre Latil de Timecourt commença par exploiter les terres qu’il possédait et à bâtir dessus, pour sa nombreuse famille, une habitation qu’il nomma la plantation Houmas en souvenir des propriétaires d’origine. Il vendit toutes les terres qu’il ne pouvait faire fructifier, ceci afin de dégager suffisamment d’argent lui permettant d’acheter esclaves et semences. Son associé Maurice Conway avait fait de même, mais dans un autre dessein et avait cédé à la couronne d’Espagne ce qu’il n’avait pas pris le temps de vendre, contre des avantages lui conférant des droits plus haut sur le Mississippi au-delà de Bâton-Rouge. Il avait entendu parler d’une ville nouvelle qui se créait nommée Saint-Louis.

(Self-Portrait, ca. 1775 (Anton von Maron)

Alexandre Antoine de Latil de Timecourt

Pour Monsieur Latil de Timecourt, tout alla très bien jusqu’au jour où il apprit que le gouverneur avait cédé la concession adjacente à sa plantation à un Canadien. A priori, il n’avait rien contre le baron de Thouais, nouveau propriétaire et nouveau voisin, sauf qu’il convoitait ses terres qui lui auraient permis d’agrandir son propre domaine et qu’ils n’avaient pu acheter à son ancien associé. Passé le moment de contrariété, il s’intéressa à son nouveau voisin avec qui il sympathisa. Lorsqu’il découvrit que celui-ci avait un fils, il commença à réfléchir à laquelle de ses filles, il pourrait le marier. Il avança ses pions auprès du baron, mais contre toute attente le jeune Charles-Henri fut promis au dernier moment à une jeune fille de France avant qu’il n’ait pu conclure son propre projet de mariage. À sa grande contrariété une fois de plus la concession voisine lui échappait. Il avait décidé de changer son fusil d’épaule lorsque l’épidémie de fièvre envahit le pays emportant ses voisins. S’étant renseigné et sachant que la jeune veuve, fraîchement arrivée, héritait de toutes les possessions de la famille de Thouais, il poussa son deuxième fils né un quart d’heure après son aîné à s’intéresser à la jeune veuve. Méfiant par nature, il décida d’envoyer aussi sur le terrain de chasse de la dot son fils adoptif Louis Morand, qui à trente ans n’avait pas convolé. Les rumeurs de la colonie étaient venues, ses deux fils étaient très loin d’être les seuls à s’intéresser à ce nouveau parti. Il fut même assez surpris d’apprendre que des partis se présentaient de toute la Louisiane. Il était étonné, car si la dot de la jeune fille était intéressante, elle n’avait rien d’exceptionnel en apparence. Devant l’empressement général, il poussa ses fils à accélérer leur démarche. Pour plus de discrétion accompagnée de Lazare, Louis et Timecourt prirent donc le chemin de la plantation Maubeuge où ils savaient trouver la jeune veuve, sous prétexte d’aller chasser sur le lac Maurepas. Des trois jeunes gens, Louis était le plus agacé par la situation, car il savait qu’il devait si possible laisser la place à Timecourt de huit ans son cadet. Quant à Lazare, qui était là pour aider son jumeau, il ne pensait qu’à sa nouvelle idylle de La Nouvelle-Orléans la belle et douce Jeanne Sophie Estève qui l’avait subjuguée. Les trois hommes arrivèrent donc à la plantation dans des états d’esprit très différents. Lorsqu’ils aperçurent, en remontant l’allée de pacaniers que les ombres allongeaient, la silhouette de la jeune veuve tant convoitée, ils se reprirent tous. Le temps d’arriver au pied des marches de la demeure, Madame de Maubeuge les attendait les gratifiant d’un sourire de convenance. Derrière elle, crispée, se tenait Antoinette-Marie. Les trois hommes n’eurent pas le temps de leur baiser la main qu’ils virent arriver un invité que personne n’attendait, don Francisco de Leiva Y Cordoba. Laissant son attelage à un esclave, celui-ci sauta et arriva tel un coq paradant devant la maîtresse de maison. « – Messieurs, je ne m’attendais pas à autant de visites, mais c’est incontestablement un plaisir ! Je suis désolée, mon époux est absent, mais naturellement vous êtes les bienvenus. Josépha va vous conduire à vos chambres afin que vous puissiez vous rafraîchir et vous reposer si vous le désirez. Elle vous fera servir un dîner dans la salle à manger dès que vous serez prêts. Bien entendu, par souci des convenances, étant donné les circonstances, madame de Thouais et moi-même ne pourrons partager votre repas. » Les quatre hommes comprirent tout de suite que leur plan n’allait pas se dérouler tel qu’ils le voulaient et se trouvaient fort contrariés. Les quatre acolytes se retrouvèrent donc pour le repas. Ils n’eurent rien à reprocher quant à sa qualité, si ce n’était l’absence des dames, notamment celle d’Antoinette-Marie pour laquelle ils étaient tous venus. Pendant le déroulement du souper, ils se contentèrent de propos anodins bien qu’un peu tendus. Celui-ci fini, ils s’installèrent dans la galerie pour fumer un cigare.

Louis Rolland Trinquesse (Confidence

Antoinette-Marie et Nathalie de Maubeuge

Antoinette-Marie et Nathalie de Maubeuge s’étaient de leur côté attablées dans le petit salon afin de partager leur repas. Elles ne firent pas attention tout de suite à la conversation des hommes qu’elles percevaient depuis l’autre angle de la demeure. Mais comme le ton montait entre les hommes, elles ne purent faire autrement que d’entendre et de comprendre le sujet de la dispute qui commençait. Au fil de celle-ci, Antoinette-Marie se raidissait sentant la colère monter en elle.

« – Alors Francisco ! Comment se fait-il que tu aies été amené à t’arrêter chez les Maubeuge alors que nous savons tous que tu les évites autant que faire ce peu ? » Officier dans la milice espagnole de Louisiane, don Francisco, interpellé par Lazare, lui rétorqua. « – J’étais en route pour la demeure de ton père comme tu t’en doutes. » Suspicieux, l’aîné des jumeaux reprit. « – Justement, comment se fait-il que tu n’aies pas continué ton chemin, tu ne vas tout de même pas nous prétendre que tu avais peur de te perdre. » Le ton de l’Espagnol monta, agacé par cette attaque non dissimulée. « – Tu ne serais pas en train de me chercher les poux Lazare ! Que je sache, je ne te pose pas autant de questions de mon côté ? » Timecourt répondit pour son frère. « – Nous n’avons rien à cacher, nous sommes venus pour que je puisse faire la cour à madame de Thouais. Mais toi de ton côté, tu ne peux pas en dire autant, aux dernières nouvelles ma sœur Marie Éléonore t’est promise !

– Et pourquoi donc je ne pourrai en faire autant ? Après tout, il semblerait que la dot de la petite veuve française soit bien plus conséquente que celle de ta sœur. Et ma foi si j’emportais le pactole, je ne dirai pas non. Et je vous rappelle que rien n’a été conclu quant à mon union avec votre sœur, votre père ergote encore.

– Et que fais-tu de l’honneur de celle-ci et de ma famille !

– Tant que rien n’est signé, ils ne sont pas entachés ! Les deux jumeaux échauffés par tant d’arrogance allaient sauter sur l’Espagnol, mais leur aîné, Charles de Morand, les en empêcha. « – Voyons Messieurs, nous n’allons pas régler cela avec les poings ! Pensez à nos hôtes et nous avons mieux à faire… » Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’Antoinette-Marie Marie, livide, offensée par tant de mépris pour sa personne, se trouvait les poings serrés devant eux. « – Messieurs, si je n’avais été une femme, c’est avec moi que vous auriez à en découdre devant tant de manque de considération envers ma personne. Car s’il y a quelqu’un d’insulté ici c’est bien moi. De plus, ce n’est pas la peine de vous entre-tuer pour moi, ou plus exactement pour ma dot. Je vous rappelle que c’est encore à moi de décider à qui ma main et celle-ci reviendront. Au vu de ce que je viens d’entendre, pas un seul d’entre vous ne les obtiendra ! » Derrière elle, Nathalie de Maubeuge qui n’avait pu arrêter son amie enchaîna. « – Messieurs, vous devriez avoir honte de vous comporter comme cela sous mon toit. Comment pouvez-vous harceler mon invitée qui comme vous le savez est dans l’affliction ? Je vous prierai demain dès l’aube de bien vouloir poursuivre vos chemins. Sachez que vos familles respectives sauront à quoi s’en tenir quant à vos façons. Sur ce, passez une bonne nuit. » Les deux jeunes femmes d’un même mouvement firent demi-tour et entrèrent dans la demeure, laissant les hommes dépités par leur échec retentissant.

Chapitre 38

( Portrait d_Antoine Laurent de Lavoisier et de sa femme de Jacques-Louis David)

Nathalie et Louis Amédée de Maubeuge

Un départ précipité, Octobre 1790

Deux jours plus tard, installés confortablement dans le boudoir de sa femme, monsieur de Maubeuge apprenait le comportement des prétendants. Après avoir écouté sa femme, le marquis agacé par le manque de courtoisie de ses invités impromptus, lui répondit. « – Vous voyez Madame je vous l’avais dit, votre protégée va attirer tous les partis de la colonie comme des mouches sur du miel ! Il va falloir trouver rapidement une solution pour éloigner tous ces vautours. À mon avis, le plus simple serait qu’elle envisage de se remarier. Et si vous voulez mon avis Maximilien François de Saint-Maxent ferait un très bon époux.

– Je ne dis pas mon ami que vous n’ayez pas raison, mais il aurait plus à y gagner qu’elle, même si, ici, sa famille a bonne réputation. Elle insista sur le dernier mot afin de faire comprendre qu’elle n’était pas dupe, la dot de la jeune fille pourrait aider à redorer et la fortune et la réputation du père fortement entachée. Le marquis n’insista pas, il n’avait pas de raison de se froisser avec son épouse, quoiqu’à bien y réfléchir ce serait une solution pour améliorer ses affaires et surtout celles qui dépendaient de son ami de Saint-Maxent. Sous le regard de Josépha qui la coiffait, Nathalie de Maubeuge, qui avait suivi le même cheminement de penser que son époux, pianotait d’agacement sur sa table de toilette. Elle commençait à trouver cet empressement gênant pour son amie, dont elle aurait voulu guider les pas dans son nouvel avenir sans que tout le monde ne s’en mêle.

*

Le jour n’allait pas tarder à se lever, la pièce était envahie par la fumée des cigares, malgré les portes-fenêtres ouvertes. Un négrillon s’endormait tout en actionnant son éventail pour soulager les joueurs. La plupart d’entre eux avaient quitté petit à petit la demeure de leur hôte pour rentrer chez eux. Une servante déambulait encore autour de la table tout en servant des boissons. Don Andres Almonester avait eu de la chance une bonne partie de la nuit. Il avait lui-même décidé du choix du jeu et avait opté pour le piquet. Il ne se rappelait pas à quel moment la chance avait tourné, ni quand l’idée de perdre contre ce gredin lui était devenue intolérable. De son côté Louis Adam de Crécy souriait de satisfaction. Venu accompagner un ami, il s’était retrouvé à la table de jeu de son hôte, pour ainsi dire par hasard. Il avait dans un premier temps beaucoup perdu un argent qu’il ne possédait pas, puis progressivement il avait regagné sa mise. Cette dernière partie était vraiment un coup du sort. Il avait récupéré dans le talon le roi et le valet de trèfle, complétant sa séquence allant de l’as au sept, soit une dix-huitième, ce qui lui faisait soixante-quinze points, le tout accompagné d’une annonce d’un carré de valet. Et pour couronner le tout, il faisait capot achevant par cela son adversaire. Il jubilait, le coup était exceptionnel et il n’avait pas eu besoin de tricher. « – Mon cher, je crois que pour ce soir fini, je ne ferai pas mieux ! » L’espagnol se cabra, il y avait sur le tapis une reconnaissance de dette d’un montant exagéré, et l’idée de la payer au français l’agaçait prodigieusement, même si cela n’égratignait que de très peu sa fortune. Mais Louis Adam de Crécy avait une autre idée derrière la tête. « – Si cela ne vous ennuie pas trop, j’aimerais vous faire grâce de la moitié de votre dette en échange d’un service qui ne vous coûtera guère. » La demande surprit don Almonester. Elle l’intrigua, aussi voulut il en savoir plus.

Captain Arthur Forbes Of Culloden 1760 by Romney George

Louis Adam Crécy

– Et que pourrais-je donc pour vous de Crécy qui vaille la somme que je vous dois ?

– J’ai l’intention d’épouser la baronne de Thouais.

– La petite veuve française ?

– Oui, celle-là même. Et pour cela, il me faudrait l’appui de Monsieur le Gouverneur dont je ne suis pas vraiment sûr.

– Ce sera avec plaisir très cher ! Le créole espagnol connaissait la réponse du gouverneur et ne s’en targua pas. Cela ne lui coûtait rien et appréciait l’idée d’avoir le français pour obligé.

*

Cet après-midi d’octobre était resté couvert d’un manteau de nuages, il avait été entrecoupé d’averses. Les deux dames se rendirent à l’heure dite dans les salons du palais du gouverneur où les attendait son épouse, Madame McCarthy, pas très à l’aise, ce que ressentirent aussitôt les deux jeunes femmes. Antoinette-Marie ne se faisait pas d’illusion si le gouverneur l’avait fait venir, c’était encore pour parler des demandes en mariage qui se faisaient de plus en plus pressantes, elle espérait seulement ne pas en découvrir une nouvelle. Les femmes parlaient de tout et de rien quand le gouverneur entra enrayant aussitôt toute cérémonie et s’assit sans façon avec celles-ci. La marquise de Maubeuge et Antoinette-Marie n’étaient pas dupes de ce jeu-là. Un peu tendue, la jeune fille attendit que l’attaque soit lancée. « – Si je vous ai demandé de venir, Madame, c’est pour parler de votre avenir. » Il s’adressa à la jeune fille d’un ton qu’il voulait chaleureux. « – Votre grand deuil est aujourd’hui terminé, et sans toutefois se précipiter, il serait bon de commencer à réfléchir sur les différents partis qui se sont présentés à moi. »

La jeune fille machinalement s’éventait les yeux baissés, elle se demandait cette fois comment elle allait se sortir de cette situation qu’elle vivait comme un guêpier. Elle n’était pas idiote, elle savait écouter et regarder, si elle ne parlait guère c’est qu’elle n’avait rien à dire. Elle partait d’un principe fort simple, si ne parlait que ceux qui avaient quelque chose à dire la vie ne serait que silence. Au fil des conversations écoutées, elle comprenait de mieux en mieux les ressorts du ou des pouvoirs de la colonie. Le gouverneur ne voyant aucune réaction des trois dames reprit. « – Après réflexion, le plus à même de répondre à mes attentes serait à ce jour Louis Adam de Crécy, il n’est pas parfait je ne pousserais pas la gageure de vous le faire croire, mais c’est toutefois un bon parti, voire le meilleur à ce jour. »

Antoinette-Marie se raidit. Elle était outrée par le propos du gouverneur. Comment pouvait-il songer à la marier avec un débauché inverti notoire dont la famille était au bord de la faillite ? Elle interrompit le mouvement de son éventail qu’elle referma. Elle releva ses yeux noirs comme la nuit dans lesquels le gouverneur ne pouvait lire. Madame Maccarthy s’affaissa de dépit, car elle n’avait rien pu faire devant l’entêtement de son époux. Avant que la marquise de Maubeuge, que la colère faisait trépigner intérieurement, n’intervienne, Antoinette-Marie s’adressa à don Miró. « – Monsieur, une amie à moi, Madame la marquise de Fontenay, m’expliqua avant mon mariage avec Charles-Henri de Thouais, que nous, les femmes, n’étions que des cartes dans le jeu des hommes, et que nous n’avions au mieux qu’à plier, alors je ferai ce que vous me dites, Monsieur, j’y réfléchirai. »

Portrait d'une femme Johann Heinrich Fuseli

Antoinette-Marie Cambes-Sadirac

Devant l’apparente soumission de la jeune fille, le gouverneur pensa que ça avait été plus facile qu’il ne l’aurait cru. Il n’avait pas terminé sa pensée qu’Antoinette-Marie décocha sa flèche verbale avec un sourire angélique que ses yeux d’encres démentaient. « – Mais, j’y songe, vous devez connaître le père de la marquise de Fontenay, c’est Monsieur Cabarrus, le banquier de votre roi ! » Le gouverneur se crispa. Voilà que cette donzelle avait pour ami un proche du roi d’Espagne. Il pensa que celle qu’il prenait pour une petite oie blanche de dix-sept ans était comme les autres une garce dont il fallait se méfier. Madame de Maubeuge sourit de satisfaction derrière son éventail. Elle était soulagée de voir que la jeune fille savait sortir les cartes de son jeu à bon escient. Afin que la répartie de la jeune fille ne prenne pas d’ampleur et qu’elle n’amena à l’avortement de ses projets, le gouverneur biaisa et conclut sur le fait que tout ceci n’était que sujet à réflexion.

Dans l’immense escalier qui descendait vers le vestibule de la demeure du gouverneur, la marquise prit le bras de sa compagne et le pressa pour lui montrer son contentement, mais aucune des deux ne dit rien de peur d’être entendue. Une fois dans la voiture la marquise éclata de rire. « Bravo, que dis-je, bravissimo ! Vous vous en êtes tiré comme une vraie courtisane ! On se serait cru à Versailles. Cela ne va peut-être pas nous aider beaucoup pour vos projets, mais au moins cela va ralentir les démarches de Don Miró. Mais il va falloir vous éloigner de tout ça, tant que rien ne sera à votre convenance, les pressions vont venir de toute part. Il serait bon que vous rentriez dans votre plantation, personne n’osera troubler votre retraite. Il faudra toutefois résoudre le problème du chaperon, car cette fois je ne viendrai pas avec vous. Tous prétendraient venir me voir pour vous approcher…

Chapitre 39

Cambes-Sadirac Antoinette-Marie et mme de Maubeuge (2)

Antoinette-Marie Cambes-Sadirac et mme de Maubeuge

L’arrivée providentielle, Décembre 1790

Laissant les deux femmes seules après le café, Monsieur de Maubeuge se retira le dîner fini, sous prétexte de finir du courrier devant partir le lendemain pour la France. Nathalie de Maubeuge et Antoinette-Marie, assises devant la porte-fenêtre ouverte, contemplaient le jardin inondé par la lumière de la lune. Le silence dans la demeure s’installait au fur et à mesure que les gens de la maison finissaient de travailler et se retiraient dans leur quartier au fond du jardin. Madame de Maubeuge rompit le silence. « – Antoinette-Marie il faut que je vous raconte le dernier scandale qui secoue notre communauté. Vous ne la connaissez pas, bien que vous ayez dû l’apercevoir, mais Anna Rosa, la deuxième femme de Don Narcisco de Alba, la première est morte des fièvres peu après son mariage, s’est enfuie avec un jeune capitan de la garde du gouverneur ! Je sais, cela n’a rien d’original, mais c’est tellement croustillant, d’autant que don de Alba avait refusé la demande du capitaine pour aller se battre en Floride sous ses ordres. Et le plus drôle, c’est que le voilà revenu pour retrouver le foyer vide et son épouse envolée avec le beau capitaine. Il aurait mieux fait de tenir compte des recommandations de Don Andres Almonester. Celui-là même qui a appuyé la demande de Louis Adam de Crécy… » Elle fut interrompue par l’arrivée de Josépha. « – Excuser mait’esse, mais y a une dame qui vient d’a’iver.

– À cette heure ! Qui est-elle ?

– Une ma’ame de Maubou »

– Maubourg ? Et comment est-elle ?

– La figu’e et la mise fatiguée !

– Tu m’agaces, ce n’est pas une description ! Qui qu’elle soit, fais la rentrer.

Le temps que Josépha aille chercher la visiteuse tardive, la maîtresse de maison s’était levée pour la recevoir et s’avança au-devant elle. La jeune femme toute de noir vêtue avait effectivement l’air d’être fatiguée, les yeux brillants, la chevelure défaite, elle esquissa une révérence. « – Bonjour, madame, je vous prie de m’excuser de m’imposer à cette heure si tardive. Je ne sais si vous me reconnaissez, mais je suis Marie Adélaïde Maubourg votre cousine du côté de nos mères.

Louise Élisabeth Vigée Le Brun. La duchesse de Guiche, by Vigee Le Brun. Oil on canvas. 1794– Mais c’est évident ! Suis-je sotte sur l’instant, je ne remettais pas votre nom, mais je vous reconnais. Vous êtes la petite nymphe qui courait partout lors de mon mariage. Mais, si je ne m’abuse, vous vous êtes mariée avec un créole de Saint-Domingue.

Oui, Madame, avec Monsieur Baillot de Courtelon, c’est de là que j’arrive. Je viens vous demander l’hospitalité pour quelque temps.

– Mais bien sûr le temps qu’il vous faudra. Asseyez-vous donc.

Entre-temps, Josépha était entrée avec une négrillonne, l’une portant la chocolatière et les tasses sur un plateau, l’autre quelques encas, qu’elles posèrent sur un guéridon qu’elles avaient rapproché de la jeune femme. Madame de Maubeuge ne pouvant que constater la tenue de deuil de son invité lui demanda. « – Si je puis me permettre, je ne peux que remarquer votre tenue. Vous serait-il arrivé un malheur ? » La jeune femme gênée regarda autour d’elle et prétextant la tasse de chocolat qu’elle portait à la bouche elle attendit que les esclaves soient sorties de la pièce. Nathalie de Maubeuge intriguée remarqua son manège et attendit. Josépha ayant fermé la porte derrière elle, elle posa la tasse et répondit à la question. « – J’ai perdu mon époux lors d’un grand drame. » Les deux jeunes femmes se demandaient pourquoi la narratrice faisait tant de mystères. Tout en lissant nerveusement les plis de sa jupe, elle reprit. « – Mon mari, ainsi que toute la famille et ses gens ont été massacrés par nos esclaves alors que j’étais en visite chez des voisins. » Nathalie de Maubeuge ne put retenir un cri d’effroi. C’était pour elle comme pour beaucoup de planteurs le cauchemar ultime. Les mains d’Antoinette-Marie se crispèrent sur les accoudoirs de la bergère. Marie-Adélaïde inspira un grand coup et reprit son récit, racontant sa vie et son drame. Il était évident pour ses deux compagnes qu’elle se soulageait et qu’elle évacuait tout ce qu’elle avait vécu d’horreurs. Si Antoinette-Marie, de son côté, pensait que cela n’avait rien d’étonnant, que ces gens asservis rabaissés maltraités, voire torturés, finissent par se rebeller contre leurs tortionnaires, Nathalie de Maubeuge, trouvait, elle, que cette race inférieure était bien ingrate devant tous les avantages que leurs maîtres leur apportaient. Ils les ouvraient à la vraie religion et à la civilisation, les extirpant de leur jungle sauvage où ils vivaient comme des bêtes. Elle voyait bien que certains maîtres dépassaient les bornes, elle avait toujours pensé qu’il fallait de la fermeté, mais que celle-ci avait des limites. L’histoire de la jeune femme finie, un silence s’installa entre les trois femmes. Madame de Maubeuge reprit et avec un grand sourire qui se voulait chaleureux, elle enchaîna. « – Rassurez-vous madame, vous êtes ici en sécurité, ces désastres-là n’arrivent pas chez nous. Surtout, souvenez-vous que vous êtes ma cousine et que vous pouvez rester ici autant de temps qu’il vous plaira.

– Je vous remercie, Madame, je ne vous envahirai pas trop longtemps, j’ai un pécule qui me permettra de vivre modestement, mais décemment un certain temps, et Monsieur Fleuriau essaiera de vendre au mieux ma plantation, bien qu’elle soit en triste état.

– Pour tout cela, nous pourrons demander à mon époux de vous aider afin de tirer le meilleur parti de vos subsides.

La marquise avait à peine fini sa phrase que son époux entrait dans la pièce. « – Je vous prie de m’excuser Mesdames, mais je viens d’apprendre que nous avions une invitée. » Il se courba devant la jeune femme et lui fit un baisemain. Madame de Maubeuge présenta à Marie-Adélaïde son époux qui s’annonça ravi de cette nouvelle invitée. Comme il se faisait tard et que la jeune femme était visiblement de plus en plus fatiguée, madame de Maubeuge proposa de l’accompagner jusqu’à sa chambre.

*

Marie-Adélaïde s’effondra sur son lit à peine dévêtu. Elle sombra dans un sommeil agité, entrecoupé de cauchemars dont le sujet était toujours le même, le massacre dont elle avait été absente. Aussi absurde que ce fut, elle culpabilisait de ne pas y avoir été.

 De son côté, Antoinette-Marie mit du temps à trouver le sommeil, elle réfléchissait à cette terrible aventure, elle n’avait jamais songé qu’elle pouvait courir un danger au milieu de ses gens. Hommes et femmes que par ailleurs elle ne connaissait pas. Comme beaucoup de femmes sur les plantations, elle ne connaissait que les gens de maison. Elle aurait été bien incapable de reconnaître les esclaves des champs. Elle ne savait pas non plus comment ils étaient réellement traités. Elle avait jusqu’ici songé à tout ça que de façon superficielle ! Son esprit se révoltait devant tout cet inconnu dont elle avait hérité tout à fait par hasard.

Dans son boudoir, Nathalie de Maubeuge narrait l’histoire de sa nouvelle protégée. Monsieur de Maubeuge l’écouta attentivement. « – Ma chère, il faudra faire attention à ce que cette histoire ne s’ébruite pas. Elle pourrait nous amener beaucoup de problèmes. J’espère que tout le monde saura rester plus que discret.

– Ne vous inquiétez pas mon ami, Antoinette-Marie n’est pas d’un naturel très bavard quant à madame Maubourg, elle est visiblement consciente du danger puisqu’elle a pris garde de ne pas raconter son histoire devant nos gens.

– Voilà qui est bien. En tout cas, ma chère, nous voilà avec une troisième beauté à la maison. Si vous recueillez d’aussi jolies veuves, nous allons avoir tous les partis des alentours à notre porte, quels que soient leurs âges. Souriant à son époux qui l’avait englobé dans son compliment, ce qui ne lui avait pas échappé, elle répondit. « – Ne vous inquiétez pas de cela, cette arrivée inopinée va faire notre affaire. Je cherchais justement comment Antoinette-Marie pourrait rentrer dans sa plantation avec un chaperon afin de s’éloigner de l’outrecuidance de certains messieurs. Si cela leur convient à l’une comme à l’autre, cela pourrait résoudre le problème de toutes. Je suppose que dans un premier temps madame Maubourg préférera un peu de solitude pour se remettre de ses émotions. »

*

Quinze jours plus tard, le voyage fut donc décidé au grand contentement de tout le monde. Marie-Adélaïde et Antoinette-Marie s’accordèrent et se lièrent rapidement d’amitié. Ainsi que leurs âges, leurs malheurs respectifs échangés les rapprochèrent.

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Personnages

Cette histoire met en scène des personnages réels et des personnages fictifs ainsi que des événements et des dialogues inventés à des fins dramatiques et afin de compléter les vides des biographies. Les illustrations des personnages ne sauraient être confondues avec les personnes réelles.

épisode suivant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur “La Palmeraie / De la Garonne au Mississippi 035 à 39

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