L’orpheline/ chapitre 003 deuxième partie et 004

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Chapitre 003

Le couvent

mère Élisabeth, mère supérieure

Le couvent se révélait immense, il détenait une église, deux sacristies, quatre corps de logis principaux. Les bâtiments conventuels comprenaient un étage et un niveau sous combles, ils étaient édifiés et s’organisaient autour de la cour centrale qu’était le cloître. L’ensemble possédait plusieurs autres bâtisses, dont le pensionnat, qui était composé de dortoirs et d’appartements, ainsi qu’un chai à bois et à paille, de même que des abris à cochons, un puits, un jardin et une cour. Sœur Dorothée guidait Philippine vers l’un des pavillons d’angle dans lesquels étaient accueillies les filles de l’aristocratie pauvre. L’architecture s’en avérait sobre et rythmée de lucarnes à frontons alternativement triangulaires et courbes. 

Sœur Dorothée se dirigea vers le réfectoire. Les pensionnaires s’y étaient rassemblées pour leur souper. Le lieu était une grande salle haute de plafond, avec de longues tables de bois agrémentées de bancs et de quelques buffets dans lesquels était rangée la vaisselle. L’un des murs était habillé de boiseries, les autres étaient encore de pierre, nue et sans fioriture. La prieure somma la lectrice de s’interrompre, ce qu’elle fit aussitôt. « — Mesdemoiselles, je vous présente Philippine de Madaillan. Je vous demanderai d’être bienveillante envers notre nouvelle venue. Sœur Domitille, je vous prierai de bien vouloir en prendre soin. »  

La maîtresse des plus jeunes pensionnaires s’approcha de la fillette. Elle lui sourit, celle-ci le lui rendit timidement, elle lui prit la main afin de la conduire jusqu’à une des tables. « – Catherine, Fortunée, je vous invite à entourer Philippine. N’oubliez pas, qu’elle vient d’arriver, aussi elle ne connaît rien de notre couvent, il faudra donc la guider dans les lieux et dans ses actions. Je compte sur vous. Je reviens vous chercher à la fin du repas et vous mènerai à la chapelle pour la prière du soir. »

Les deux petites filles laissèrent une place entre elles à la nouvelle  venue. De suite, Philippine sut qu’elle pouvait leur faire confiance. Catherine de Rauzan et Fortunée de Langoiran étaient l’une comme l’autre les cadettes de leur fratrie. 

Catherine de Rauzan

 Les Rauzan avaient six enfants. Ils dotèrent leur fille ainée. Ils envoyèrent leurs deux derniers garçons, le premier-né héritant du titre du domaine, le deuxième à l’armée et le troisième dans un monastère afin qu’il rentre dans les ordres. Ils n’avaient donc pour ainsi dire plus d’argent. Pour leurs deux autres filles, avec l’espoir qu’elles deviennent nones, ils les avaient fait entrer au couvent des  ursulines.

Les Langoiran de leur côté avaient été ruinés par le négoce. Le navire qui transportait leurs vins avait coulé aux abords de l’Angleterre lors d’une tempête, cela avait effondré leur niveau de vie. Ils avaient juste eu le temps de marier leur fille ainée avec une dot convenable. Le fils gérait avec son père les restes du domaine familial. Devant le manque d’argent, ils avaient aussi placé Fortunée chez les ursulines. 

***

La lectrice poursuivit le passage de la bible qu’elle avait commencé avant la venue de la prieure. Philippine découvrait les lieux de sa nouvelle vie ainsi que ses compagnes. Elle constata qu’elles étaient très nombreuses et qu’elle faisait visiblement partie des plus jeunes. Catherine et Fortunée, qui prenaient avec sérieux la responsabilité qu’on leur avait donnée, guidaient de leur mieux leur camarade. Ce n’était guère compliqué, tout en chuchotant elles lui montraient comment se servir et quelle quantité saisir. Elles furent étonnées de voir qu’elle ne mangeait pas grand-chose. Elles supposèrent que son arrivée et toutes les nouveautés futures l’inquiétaient. Elles s’attendrirent.

Le souper fini, comme annoncé, sœur Domitille vint les chercher. Toutes les élèves dont elle s’occupait, au même titre que celles des autres sœurs, se mirent en rang deux par deux. Elle plaça Philippine à ses côtés. Elles partirent pour la chapelle. Elles traversèrent le cloître d’une trentaine de mètres dont les galeries étaient couvertes d’une charpente de bois. En levant le nez, la fillette remarqua les arcades en arc brisé soutenues par des colonnes de même diamètre jumelées deux à deux. Aux quatre angles des portiques surmontés de chapiteaux décorés. Elle trouvait cela très beau. Elles pénétrèrent au sein du lieu saint et s’assirent sur des bancs, Philippine à côté de la maîtresse. Ses deux compagnes la rejoignirent afin de rester en sa compagnie.

Le temps que tout le monde s’installe, Philippine examina l’ornementation. Un bloc de marbre servait à édifier le grand maître autel qu’elles avaient face à elles. Il était rehaussé de sculptures dorées et incrusté de médaillons contenant des reliques. Le tabernacle s’avérait massif. Il avait l’apparence d’un temple grec, avec son fronton garni d’un ange portant une croix. Sur la porte finement ciselée était représentée une nativité, surmontée d’une étoile brillante. De chaque côté de l’autel, elle apercevait deux anges porte-lumière et un très beau crucifix d’ivoire. Elle finit par constater que depuis qu’elle était entrée dans l’abbaye, elle n’avait que très peu vu d’entité, ou de fantômes comme dirait le commun des mortels. Elle supposa que peu de personnes étaient trépassées dans l’endroit, car bien souvent sans y rester, ils revenaient sur les lieux de leur décès. Ou alors ils ne détenaient pas de message à faire passer, ce qui était rare. 

***

Les prières finies, elles se dirigèrent vers le corps de logis destiné aux pensionnaires et entièrement séparé de celui des religieuses. Philippine découvrit un dortoir détenant une quinzaine de lits, tous agrémentés d’un prie-Dieu, d’une tablette pour poser quelques livres avec en dessous une table accompagnée d’une chaise de paille. Sœur Domitille escorta celle-ci jusqu’au fond de la pièce où se situait le dernier lit de libre. D’un côté se trouvait le mur de pierre, de l’autre la couche de Fortunée et en face celle de Catherine. Philippine s’assit dessus, il était conçu d’une paillasse recouverte d’un drap et d’une couverture de laine, le tout installé sur des planches maintenu dans un cadre et des pieds de bois. Elle était décontenancée, non pas par le manque de confort, qu’elle ne pouvait réaliser ayant vécu à la métairie, mais par le nombre de personnes dans l’espace, elle qui dormait seule dans une chambre. À l’instar de ses comparses, elle se déshabilla et en chemise se glissa dedans. Sur le dos, elle fixait le plafond. Petit à petit, tout le monde s’assoupit sauf elle. De l’une des fenêtres, elle vit arriver son ange qui lui sourit « — Rassure-toi, tu es au bon endroit. Bien sûr, toutes ne seront pas gentilles, mais tu peux te détendre, tout se passera bien. » Ses inquiétudes dissipées, Philippine plongea dans le sommeil et se réveilla comme toutes au son de la cloche. 

***

Dans les jours qui suivirent, guidée par Catherine et Fortunée, Philippine découvrit les salles de classe et de musique, la bibliothèque, l’infirmerie. Les deux petites filles l’amenèrent au jardin et même au potager. L’établissement ne possédait que peu ou pas d’ornements sur les murs ou les fenêtres. Il n’était pas chauffé malgré la cheminée dans le dortoir, dans laquelle on ne réalisait jamais de feu. Quant à l’eau dont elles avaient besoin pour la toilette, elle était puisée dans un puits situé dans la cour, elles devaient y aller par elle-même. La fillette appréciait les lieux hormis le confessionnal. Elle n’aimait pas l’idée de partager ce qu’elle savait avec le curé qui venait une fois par semaine dans ce but. 

Philippine de Madaillan

Philippine ne se retrouva pas gênée par le rythme des journées même si elle le trouvait répétitif. Elles étaient tenues de se lever à l’aube, s’habiller au plus vite pour aller prier avant que de la commencer. La toilette était rapidement expédiée, les petites filles se coiffaient entre elles pour gagner du temps sous le regard de sœur Domitille. Les invocations achevées, elles se dirigeaient au réfectoire pour le premier repas. Ensuite, elles se rendaient en classe pour débuter leurs leçons ou poursuivaient leurs ouvrages. Juste avant midi, elles retournaient dans le réfectoire pour le déjeuner. L’une d’entre elles, parmi les plus âgées, accomplissait la lecture. Après s’être sustentées, elles avaient droit à une récréation lors de laquelle elles allaient au jardin où dans la cour s’il faisait beau et si le temps ne se montrait pas clément elles restaient dans la salle. En début d’après-midi, elles effectuaient leurs vêpres et après quoi retournaient en classe. Suite à cela, les plus jeunes apprenaient leurs leçons de catéchisme, quant aux autres élèves, elles pratiquaient des activités diverses. La journée finissait par les prières des complies, puis le souper suivi par une courte pause, les oraisons du soir et ensuite le coucher.

La plupart du temps, Philippine profitait des exercices de piété pour échanger avec les entités du lieu. Catherine fut la première à constater l’étrangeté de son comportement pendant les moments où elles se trouvaient dans la Chapelle. Elle partagea son impression avec Fortunée qui fit le même constat. Philippine ne priait pas ou peu. Leur camarade semblait parler toute seule ou alors à des gens qu’elles-mêmes ne voyaient pas. Elles n’émirent aucune remarque. Elles pensèrent que Philippine devait être quelque peu bouleversée par cette nouvelle vie. Elles l’entourèrent et la protégèrent des autres, car certaines d’entre elles commencèrent à se faire une réflexion identique et les interpellèrent pour savoir. Comme elles ne voulaient pas entrer dans le conflit, elles firent comme si elle ne comprenait pas leurs demandes. Les trois amies reçurent en échange quolibets et moqueries qu’elles ignorèrent de leur mieux. Bien que suspicieuses, les autres pensionnaires finirent par se lasser. 

Chapitre 004

l’arrivée de madame Bouillau-Guillebau

Jeanne-Marie-Louise Bouillau-Guillebau

Madame Bouillau-Guillebau, ce jour-là, se leva tard. La veille avec son mari, entre le théâtre et le souper chez des connaissances, ils s’étaient couchés au milieu de la nuit. Sa chambrière, Adolphine, la préparait. Après l’avoir coiffée, elle l’habillait quand Théodore, son époux et valet de sa maîtresse, frappa à la porte et apporta une lettre. Cette dernière lui fit poser sur une des commodes de la pièce. « — Théodore, s’il vous plait qui a livré cette missive?

— C’est un bénédictin de Sainte-Croix, madame. Il revenait des ursulines de Saint-Émilion.

— Du couvent des ursulines? Grand dieu, laquelle de mes amies est allée s’y réfugier? Bon, je verrai cela ce soir, pour l’instant j’ai trop à faire pour m’y attarder. »

Les fêtes pascales étaient passées, le printemps était là, le soleil irradiait le jardin laissant flotter les parfums des fleurs et le bourdonnement des abeilles. Leur demeure se situait dans le quartier de l’église Saint-Seurin qui se développait. Monsieur et Madame Bouillau-Guillebau recevaient la famille Corneillan. Leur fille, Isabelle, allait épouser leur second fils, Ambroise. Celui-ci n’héritant pas des domaines familiaux, il avait créé, avec l’aide de son père et de son frère aîné, Augustin, une maison de négoce qui s’avérait en pleine expansion. Les Corneillan collaboraient sur certains voyages avec lui et en avaient tiré profit. Ils s’étaient empressés de lui proposer leur cadette avec une dot conséquente, ce qui l’avait accepté, car c’était pour eux une bonne association. 

Après avoir vérifié dans le miroir le tombé de sa robe volante, une toilette à la dernière mode du jour, elle alla voir comment avait été installée la table dans le salon de réception qui donnait sur la terrasse du jardin. Pour la forme, elle fit rectifier le placement des couverts. À peine fini, son époux arriva suivi des invités. Isabelle était une jolie jeune fille, ce qui satisfit sa future belle-mère. La fiancée découvrit pour la première fois son conjoint. Quoiqu’intimidée, elle l’estima plaisant. Il était blond, les yeux bleus et de cinq ans plus âgé qu’elle. Elle fut rassurée. 

Le repas s’écoula agréablement. Les deux familles firent plus ample connaissance, la gent masculine se trouvant déjà en relation. Le dîner achevé, pendant que tout le monde s’installait au jardin à l’ombre d’un châtaignier, les deux pères signèrent le contrat de mariage que leurs avocats avaient acté. 

Madame Bouillau-Guillebau était satisfaite, tout s’était déroulé parfaitement. Ses invités partis, elle conversa avec son époux sur l’accord qui contentait les uns et les autres. Les noces auraient lieu le mois suivant. Le souper effectué chacun se rendit dans sa chambre. Entre la soirée de la veille et la journée, chacun ne rêvait que de repos. Adolphine aida sa maîtresse à se dévêtir et à se coiffer pour la nuit. Avant de quitter la pièce, elle rappela à cette dernière le courrier posé sur la commode. 

***

Elle ouvrit la missive et découvrit un message de la mère supérieure et non d’une amie comme elle le pensait. Quelle ne fut pas sa surprise d’apprendre que sa petite fille avait été expédiée par son oncle dans le couvent ! Elle fulminait de colère, premièrement par ce qu’elle n’avait pas été prévenue par celui-ci et deuxièmement contre elle-même. Elle n’avait pas été la voir depuis plus de trois ans. Elle avait envoyé quatre fois l’an de l’argent aux métayers afin qu’ils puissent s’en occuper au mieux, mais elle avait abandonné ses visites. Elle s’en voulait, car elle s’était détachée de la petite. Elle avait le sentiment d’avoir rejeté sa propre fille en s’éloignant de son enfant. Il est vrai qu’elle pensait que la fillette était simple d’esprit. À chacune de ses rencontres, celle-ci donnait l’impression que rien ne l’intéressait autour d’elle, elle semblait perchée, en dehors de la vie terrestre. Elle gardait les yeux dans le vague. Lasse de cette conduite, pendant laquelle elle n’échangeait point avec Philippine, elle s’était contentée de pourvoir à ses besoins. Elle avait honte de cet reniement, elle avait réitéré le comportement de sa mère qui n’avait pas voulu la voir à sa naissance. Elle se rendrait au plus vite au couvent pour se rendre compte de son confort et de ses besoins. Elle savait qu’elle irait seule. Son époux, François-Alexandre Bouillau-Guillebau, en apprenant le décès de sa fille avait refusé lui aussi de connaitre le nourrisson et l’avait laissée s’en occuper. 

***

Le valet de pied sauta de la voiture et alla sonner la cloche du portail principal de l’abbaye. Les sœurs vinrent ouvrir les portes afin de laisser pénétrer le carrosse. Mme Bouillau-Guillebau en descendit avec sur ses talons, Adolphine chargée de colis. Elle tapota sa jupe et replaça sa robe volante de taffetas bordeaux avant de suivre la nonne qui l’avait accueillie à l’entrée du couvent. Le bâtiment principal se révélait immense bien que de deux étages, il s’avérait plus haut que tous les autres d’autant qu’il était agrémenté de mansardes sur le toit. Tout en marchant sur les pas de son guide, elle monta l’escalier central qui démarrait du grand hall et qui menait aux appartements de la révérende mère et notamment à son bureau. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas pénétré dans une telle structure. La dernière fois, c’était aux ursulines de Libourne afin de quérir sa fille pour ses fiançailles. 

Jeanne-Marie-Louise Bouillau-Guillebau

Une sœur les y avait précédées afin de tenir avisée la mère supérieure, Sœur Élisabeth, de l’arrivée de la visiteuse. Lorsque Mme Bouillau-Guillebau se présenta, elle se trouvait derrière sa table de travail. Elle se leva à son entrée et après l’avoir saluée, elle lui proposa le fauteuil en face d’elle. « — J’avoue, je n’avais pas été informée de la présence de Philippine au sein de votre établissement. J’ai amené comme vous me l’avez demandé des matières afin de faire réaliser sa garde-robe ainsi qu’une somme d’argent pour l’exécuter et bien sûr un supplément pour l’abbaye.

— C’est aimable à vous, je vous remercie. J’ai envoyé une nonne chercher la petite pour que vous puissiez la voir.

— Je vous en suis reconnaissante, j’espère que son comportement ne perturbe pas trop les personnes qui s’en occupent.

— De quel comportement parlez-vous?

— Je suppose que vous vous êtes rendu compte de son étrange attitude. Elle ne semble pas toujours présente, voire attardée.

— Philippine? Nous n’avons jamais eu une élève qui assimilait aussi vite. En deux mois, elle a acquis les bases de la lecture, de l’écriture et du calcul. Nous n’avions jamais vu cela. Bien sûr, il lui faudra un peu de temps pour l’orthographe et la grammaire, mais elle est très concentrée. Sa maîtresse a été fortement étonnée d’autant qu’elle ne savait rien en arrivant, puisqu’elle n’a pas eu de gouvernante. »

Madame Bouillau-Guillebau était sidérée, comment la fillette avait elle pu changer à ce point ? Ce n’était peut-être pas sa petite fille. La mère supérieure ne comprenait pas les réflexions de sa visiteuse. Comment pouvait-elle penser que Philippine était demeurée ? Elle retenait tout ce qu’elle apprenait. Elle avait même été remarquée pour sa voix, dans quelque temps elle rejoindrait le cœur et apprendrait un instrument de musique, la harpe l’attirait. Les sœurs, qui l’entouraient, étaient ravies de la vivacité de Philippine. La réflexion de l’une et de l’autre n’était pas achevée que la prieure, entra avec l’enfant. Quoiqu’elle ne l’ait point vue depuis longtemps, il s’avérait évident que c’était la fille de sa fille. Elle lui ressemblait, elle était aussi jolie voire plus. Sa chevelure avait foncé, mais ses yeux immenses étaient identiques à ceux de sa mère, bien qu’ils semblaient plus lumineux et transparents. Elle lui sourit et se leva pour la baiser sur les deux joues. Philippine reconnut de suite sa grand-mère et le lui rendit. Elle avait été alertée la veille de son arrivée par une présence fantomatique et floue, qu’elle n’avait pas réussi à distinguer. Elle avait été surprise, persuadée de son abandon par celle-ci. 

***

La plupart des abbayes se méfiaient de la nature féminine. Les couvents appliquaient certains principes avec rigueur de crainte de trop éduquer les pensionnaires. La règle étant d’inculquer aux jeunes filles l’obéissance, l’humilité, la soumission, la crainte de l’autorité, les sœurs essayaient même d’effacer chez elles les traits de caractère trop saillants, l’instruction religieuse prenant évidemment le pas sur les autres matières.

 L’enseignement aux ursulines de Saint-Émilion s’avérait différent et particulièrement de qualité. En plus de l’étude de l’écriture, de la lecture, de l’orthographe et du calcul, on leur apprenait à rédiger dans un style élégant et clair, à élaborer des comptes ou des quittances. À cela s’ajoutaient des leçons de politesse, de bonnes manières, de coutures, et de travaux ménagers. Le couvent, pour les jeunes filles de l’aristocratie, étendait leur programme à la poésie, l’histoire et la géographie. L’établissement faisait même venir des maîtres de latin afin de parfaire leur éducation. Tout cela plaisait à Philippine, elle se montrait naturellement curieuse. 

Pour la fillette, le temps s’écoulait entre son enseignement, les visites de sa grand-mère et les tendres relations avec Catherine et Fortunée. Les trois enfants s’entendaient fort bien et se soutenaient en toutes circonstances. Quelques semaines après la première venue de madame Bouillau-Guillebau, la garde-robe de Philippine lui fut livrée. Elle n’avait jamais possédé de robes aussi jolies, bien qu’elles fussent toutes d’une grande sobriété, la coquetterie étant plutôt mal vue, voire même combattue. Aucun miroir n’était d’ailleurs présent dans l’établissement, ils étaient même interdits. Les sœurs demandaient aux pensionnaires de s’habiller et se déshabiller le plus promptement possible afin d’éviter toute indécence ou incitation au narcissisme. Le froid, qui régnait dans les dortoirs insuffisamment chauffés, obligeait de toute façon les jeunes filles à se dévêtir très rapidement pour ne pas geler sur place. Cela n’empêchait pas les aînées de se montrer quelque peu arrogantes envers les plus petites dès que les nonnes s’absentaient. Le trio se contentait de les regarder faire, cela les indifférait. 

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Cette histoire met en scène des personnages réels et des personnages fictifs ainsi que des événements et des dialogues inventés à des fins dramatiques et afin de compléter les vides des biographies. Les illustrations des personnages ne sauraient être confondues avec les personnes réelles.

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2 réflexions sur “L’orpheline/ chapitre 003 deuxième partie et 004

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