L’orpheline/ chapitre 008

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Chapitre 008

L’illumination

Philippine de Madaillan

Quelle étrange sensation, elle flottait au milieu de nulle part. Cela ne lui faisait point peur. Elle voyageait vers un lieu inconnu, elle n’était même pas sure qu’il exista. Elle n’entrevoyait rien devant elle. Elle se laissait emporter. Elle n’identifiait rien. Elle entendait le doux son d’une myriade de cloches dont elle se rapprochait. Au bout d’un certain temps, elle se sentit descendre, mais elle avait beau regarder vers le bas, elle ne visualisait point d’endroits. Tout à coup, elle réalisa qu’elle marchait sur un sol ferme, un plancher visiblement. Le lieu se révélait tellement sombre qu’elle posait un pied l’un devant l’autre à l’aveugle. Une lueur apparut, Philippine devina face à elle une entité. Elle pensa de suite à celle qu’elle entrevoyait, mais qu’elle ne percevait jamais vraiment. Étonnamment, cette fois-ci, elle se trouvait là, sous ses yeux, elle l’apercevait avec netteté. Elle avait l’impression de se voir. Ce n’était pas l’effet d’un miroir. Elle se révélait un peu plus grande que la créature éthérée. Les cheveux de celle-ci étaient plus clairs et quelques différences dans la forme du visage l’assuraient qu’elle ne se regardait point dans un reflet, mais qu’elles se ressemblaient. La jeune fille s’avérait troublée, que se passait-il ? Pourquoi lui apparaissait-elle ?

« — Bonjour Philippine, je suis consciente que tu ne me connais pas. Je suis informée de ton départ, aussi je dois te raconter mon histoire, tout au moins une partie. Tout d’abord, sache que je suis ta mère. »

***

Anne Bouillau-Guillebau

Comme toute jeune fille de bonne famille, elle avait été élevée au couvent. Si elle n’était pas de la noblesse, Anne Bouillau-Guillebau, fille de parlementaire, elle faisait partie de la haute bourgeoisie bordelaise. Outre la demeure au sein de la ville, la famille détenait deux propriétés contenant des vignobles. La fortune familiale s’avérait probante, la jeune fille possédait une belle dot. Son mariage se réalisa presque immédiatement à la sortie du couvent, car le futur époux avait été accepté et agréé par la famille. Les unions étant avant tout un arrangement entre les parents des deux  familles, il était conclu en considérant la position, les convenances de rang et la fortune. Le choix avait donc été effectué par avance, sans qu’Anne fût consultée. Monsieur et madame Bouillau-Guillebau désirant s’approcher de l’aristocratie, ils avaient décidé de la marier avec un héritier des Madaillan. Ne pouvant obtenir une union avec l’ainé des fils, ils se rabattirent sur le benjamin, Horace de Madaillan. 

Comme il se devait, à peine sortie de l’abbaye, Anne eut droit à des fiançailles. La famille Langoiran fut invitée par les Madaillan dans leur propriété de l’Entre-deux-mers. Accompagnée de ses parents et de ses deux frères, elle découvrit la demeure construite par le père de son futur époux à côté des restes de leur vieux château moyenâgeux. Elle trouva le lieu charmant, ce qui la rassura, car elle était supposée venir vivre dans le domaine. Ils ne furent accueillis que par les parents de la famille, le fils ainé siégeant à Versailles au sein de la maison militaire du roi de France. Elle fut présentée à celui qui allait être son conjoint dans la pièce aménagée en salle de réception. Elle le considéra d’emblée adorable. Horace était un joli garçon âgé de vingt ans. Il se comporta aussitôt avec délicatesse et amabilité. De son côté, il estima de suite qu’il avait beaucoup de chance, puisqu’elle s’avérait plus que ravissante. La journée se déroula avec harmonie et elle plut à tous. Bien qu’elle eut quinze ans, le mariage fut validé. Il s’effectua à l’église Saint-Projet six mois plus tard, au mois de novembre, car on se devait d’attendre ses seize ans et mettre à jour la garde-robe de la future mariée. La maison fut envahie par le mouvement des marchandes, des tailleurs, par l’encombrement des pièces d’étoffe, des fleurs, des dentelles apportées, par le travail des couturières à son trousseau.

Le jour venu, à l’issue de la messe accomplie pour l’union, les deux familles se réunirent pour un grand repas au sein de la demeure des Bouillau-Guillebau. Anne fut plutôt décontenancée par les plaisanteries quelque peu grivoises de certains invités qui jouaient avec sa pudeur. Elle n’y était pas habituée. Dans le milieu de l’après-midi, les époux prirent congé, car il était d’usage d’aller consommer le mariage dans son domaine. 

***

Les premiers mois de leur vie de couple se déroulèrent merveilleusement bien. Anne était couverte d’attention par son époux et ses beaux-parents s’avéraient extrêmement aimables. Elle fut pourvue, à peine arrivée, d’une Chambrière, Louise Delmart, et d’une suivante Rosemarie Bourdieux avec qui elle s’entendit de suite. Tous les jours avec sa belle-mère, madame Bertaud du Chazeau, et leurs suivantes, Anne arpentait le territoire. Elle profitait du merveilleux jardin, du petit bois de chênes et de hêtres ainsi que des collines environnantes plantées essentiellement de vignes et de blé. De son côté, Horace s’occupait du domaine pendant que son frère ainé, Paul-Louis, remplaçait son père à Versailles. Hormis se consacrer à la propriété, Horace était lié au parlement de Bordeaux par l’intermédiaire de Raymond Dalon, Vicomte de Benauges, un proche de son père, auprès duquel il jouait les secrétaires. Il l’accompagnait régulièrement jusqu’au Palais de l’Ombrière. 

Anne Bouillau-Guillebau

Un semestre après leur union, un matin, Anne se rendit compte qu’elle était enceinte, et avec joie l’annonça à son époux et à ses parents. Horace comme elle souhaitait avoir un garçon, elle priait pour être exaucée. Malheureusement, cet espoir, ce bonheur, s’avéra de courtes durées, elle le perdit avant la fin du troisième mois. Sa belle-mère et sa mère essayèrent de la rassurer, lui affirmant que c’était assez courant la première fois. Son conjoint, quant à lui, lui certifia qu’il saurait patienter jusqu’au suivant. La fausse couche attrista toutefois la jeune fille, mais elle reprit le cours de sa vie d’autant que personne n’avait changé d’attitude à son encontre. 

Le doux et agréable été lui permit de se reposer. Elle reprit confiance en elle et recommença à espérer. Le temps des vendanges arriva, Anne pour la première fois vivait cette activité  cruciale pour tous les propriétaires. Horace lui expliquait chacune des phases. Elle fut surprise par le foulage des grains. Elle suivit la mise en tonneaux, bien sûr la mise en bouteille était pour les récoltes précédentes. Lorsque toutes les étapes de la vinification furent effectuées, les Madaillan organisèrent une fête. Ils commencèrent par participer à celle des métayers puis ils se rendirent dans leur demeure pour leur propre festivité. À leur arrivée, leurs invités s’engageaient vers le château. Anne pour la première fois joua les hôtesses avec sa belle-mère. La réception se déroula fort bien, dans une grande gaité, c’était une bonne année pour les récoltes. 

Le lendemain, Anne réalisa que sa belle-mère était fort fatiguée. Elle supposa que c’était la soirée de la veille, mais cela ne s’arrangea pas dans les jours qui suivirent. Elle ne parlait pas de ses douleurs, aussi Anne ne disait rien. Elle la soutenait en tout, le plus discrètement possible, et évitait les longues promenades prétextant qu’elle-même était exténuée. Elles se contentaient désormais de marcher de la demeure au portail de la propriété. Le temps passa et sa santé ne s’améliora pas. Elle finit par se trouver mal et tomba sur la terrasse. Monsieur de Madaillan fit venir un médecin, mais celui-ci se retrouva impuissant devant l’affection qui la rongeait. Il ne put que l’apaiser. 

Les jours s’écoulèrent, laissant la malade alitée. Tous s’inquiétaient, personne ne savait vraiment quoi accomplir. À l’intérieur de son corps, quelque chose de nocif se développait. Tous étaient désarçonnés, car aucun n’avait connaissance d’une solution pour la soigner, voire la soulager. À la surprise du jeune couple, cela ne s’arrêta pas là, monsieur de Madaillan-Saint-Brice contracta un mauvais rhume épidémique, plusieurs personnes dans son entourage l’avaient elles aussi attrapé. Pris de fortes fièvres, il dut comme son épouse rester allonger. Anne s’occupait d’eux avec les serviteurs, le docteur s’avérait quelque peu dépassé par les évènements. Chacun faisait de son mieux, mais la condition des souffrants ne s’améliorait pas. Elle s’aggravait de jour en jour. À la surprise de tous, cela finit de façon dramatique. Ce fut madame Bertaud de Chazeau qui décéda la première, une semaine plus tard son époux, monsieur de Madaillan-Saint-Brice, la suivit. Tous se retrouvèrent mortifiés.

Le plus durement touché par la situation s’avéra Horace. Anne l’entoura de son mieux essayant d’alléger son chagrin. Son frère ne put atteindre dans les temps l’enterrement de sa mère, il arriva par hasard pour celui de son père. Il ne parut pas affligé, il ne montra rien. Les funérailles de son parent passées, il était devenu le Vicomte de Madaillan-Saint-Brice, il repartit pour Versailles.

***

Juin 1714, 

Horace de Madaillan

Horace partit pour Paris avec Raymond Dalon, comte de Benauges pour signifier au roi par l’intermédiaire du régent que l’enregistrement de la bulle Unigenitus au Parlement de Bordeaux ne suscitait pas d’agitation particulière. À sa grande surprise, le comte de Benauges le fit patienter fort longtemps, plus de deux mois. Il profitait de son séjour parisien pour rencontrer ses connaissances, fréquenter les salons et les voyages aller comme retour furent très longs. Il reparut à la fin du mois d’août, juste au moment des vendanges. 

Pendant l’absence de son époux, le hasard avait ramené le nouveau vicomte, Paul-Louis. Il était revenu dans sa demeure, la première semaine du départ de son frère. Anne s’en serait bien passée, elle n’avait jamais apprécié son beau-frère et jusque là elle l’avait peu vu. Elle n’aimait pas chez lui le manque de délicatesse de ses réponses, l’agressivité de ses injonctions et la suffisance qu’il étalait aux yeux de tous. Anne n’avait pas le choix, il se trouvait dans sa demeure et bien évidemment, il ne l’avait pas prévenu du temps de sa présence. Elle se dut de partager le premier soir son souper avec lui. Afin de ne pas se retrouver en tête à tête avec lui, elle demanda à sa suivante de se joindre à eux. Avec un air assez indifférent, Paul-Louis lui posait des questions sur ce qui était survenu pendant ses absences. Cette conversation mettait mal à l’aise la jeune femme, car elle lui remémorait plus d’un moment de tristesse. Le repas fini, elle s’excusa et se retira au grand désappointement du vicomte. Il trouvait sa belle-sœur extrêmement charmante et il sentait bien qu’il ne la séduisait pas. Cela le frustrait et faisait monter en lui une sourde colère. 

***

Devant sa coiffeuse, Anne réfléchissait tout en laissant Louise défaire son chignon pour faire de sa chevelure une tresse. Elle lui avait déjà enlevé sa robe de jour et l’avait aidé à enfiler sur sa chemise sa robe volante d’intérieur. Fin prête pour aller se coucher, sa réflexion l’ayant décidé à se rendre chez ses parents le lendemain, elle en fit part à sa chambrière et lui permit de partir. N’ayant guère sommeil, elle se dirigea vers sa table de nuit afin d’y quérir son livre. Derrière elle, la porte se rouvrit. Elle se retourna pensant voir sa chambrière. «  Vous avez oublié quelque chose, Louise? Ah! C’est vous Paul-Louis. Puis-je savoir pourquoi vous pénétrez dans ma chambre? »  Pour toute réponse, il l’attrapa par les épaules et la poussa sur son lit. Elle fut décontenancée. Il l’écrasa de tout son poids et essaya de l’embrasser. Visiblement, il avait bu, son haleine transpirait l’alcool. Elle se débattit et cria, mais il lui apposa la main sur la bouche. Il releva sa chemise après avoir dégagé sa robe volante. Elle avait beau se démener, la force de Paul-Louis l’empêchait de se libérer. Comme elle ne se laissait pas faire, il finit par la gifler à plusieurs reprises violemment. Sous les chocs, elle s’évanouit. Ce qui suivit, elle ne le réalisa pas tant elle demeurait inconsciente. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, sa chambrière se trouvait à ses côtés. Elle ne pouvait savoir que cette dernière avait remis de la décence dans sa tenue. 

Louise avait compris tout comme Rosemarie ce qui se passait. Elles étaient arrivées en courant, elles voulaient entrer pour arrêter l’agresseur, mais elles avaient été bloquées par le valet du vicomte. Elles s’étaient retrouvées impuissantes devant le drame. Quand le vicomte sortit, il les fusilla du regard et les bouscula toujours empli de colère. Elles pénétrèrent en pleurs dans la chambre de leur maîtresse, ce qu’elles virent les dévasta. Elles firent de leur mieux pour remettre de l’ordre dans sa mise et la replacèrent correctement sur sa couche, avant que Anne ne revienne à elle. 

Au moment où celle-ci ouvrit les yeux, elle vit Louise. Elle lui sourit tristement. Tout son corps lui disait qu’elle avait été violée. Elle s’avérait  honteuse de cet outrage et ravagée par la situation. Rosemarie pénétra dans la pièce avec quelque chose à boire, elle était allée à la cuisine faire un thé. La cuisinière et la servante, qui l’aidait, baissèrent leur regard à son arrivée, car elles avaient entendu les cris de sa maîtresse et avaient compris ce qui était survenu. Il ne fallut pas longtemps pour que tout le personnel de la demeure en soit informé. Dans la journée du lendemain, Paul-Louis partit pour Bordeaux puis pour Versailles sans repasser par son domaine.

***

Décidément, Horace n’aimait pas les mondanités. Il s’avérait conscient que dans sa société c’était incontournable, mais il s’en serait bien passé. Il était comblé à l’idée de rentrer enfin chez lui, de retrouver son épouse et son domaine somme toute celui de son frère. En héritage, il avait obtenu quelques terres adjacentes et une petite maison, mais rien qui ne vaille la propriété familiale. Lorsqu’il arriva dans la demeure, il découvrit sa femme et l’étrangeté de son comportement. Alors qu’il se révélait  heureux de la revoir, il la trouva très sombre. Elle semblait gênée par sa présence. Il s’était visiblement passé quelque chose pendant son absence, mais il ne devinait pas ce que cela pouvait être. Anne paraissait déprimée, voire affligée. Pourtant, pour être passé par Bordeaux, il savait que toute sa famille se portait bien. Il fit comme si de rien n’était. Il espérait réussir par connaitre le sujet de cet état. Il réalisa que le personnel aussi ne se comportait pas avec lui comme d’habitude. Beaucoup s’arrangeaient pour ne pas croiser son regard. Cela le taraudait. Que s’était-il passé ?

Comme tous les matins, Horace enfilait sa chemise avec un gilet garni de poches basses, une culotte courte, une longue veste. Celle-ci était en brocart, très ajustée en haut, et au bas, elle s’évasait loin du corps, laissant une place à l’épée pour descendre jusqu’au genou. Ses manches étaient près des bras et décorées. Des chaussures plates et noires avec une boucle terminaient sa tenue. Son serviteur l’aidant à se préparer, alors qu’il lui nouait sa cravate, il finit par lui poser une question. « —Armand, par hasard, tu ne serais pas instruit de ce qui passe dans la maison, depuis notre retour je trouve que tout le monde se conduit étrangement. » Le valet personnel d’Horace se sentit mal à l’aise. Louise attristée par la tragédie lui avait raconté ce qui s’était passé pendant leur absence et il savait désormais ce qui était arrivé à sa maîtresse. « — C’est peut-être monsieur, car votre femme est tombée enceinte. » Anne attendait un enfant et elle ne lui avait rien dit. Quelque chose n’allait pas, elle aurait dû être heureuse de le lui annoncer. Il s’était passé un drame pendant son éloignement. « — Par hasard, tu n’en saurais pas plus.

— Monsieur, je ne suis pas sûr de pouvoir vous le dire. C’est extrêmement gênant.

— Grand dieu, qu’as-tu appris?

— Le résultat vient du fait que votre frère a forcé votre épouse pendant votre absence. C’est pour cela qu’elle le garde pour elle.

— Mon frère a violé ma femme! Laisse-moi seul, Adrien! »

Le valet sortit, ce dernier n’était pas sûr d’avoir exprimé de la bonne manière la situation. Comment aurait-il pu le dire de toute façon ? Tout le monde en était informé sauf son maître. 

***

La soirée se déroulait dans un salon bordelais, au sein de l’hôtel particulier du vicomte de Benauges. La plupart des notables de Bordeaux étaient présents, aussi la foule s’avérait dense. Anne n’avait pas voulu venir, elle se sentait fatiguée. Il n’effectua aucune réflexion, il était malheureux. Il n’avait pas osé lui dire qu’il savait et de son côté elle n’avait pas partagé sa situation. Il faudrait bien qu’un jour elle lui fasse part de sa grossesse. Tout en écoutant l’intendant, Guillaume-Urbain de Lamoignon de Courson, qui expliquait au milieu d’un groupe ses projets pour la ville, il ruminait sur sa vie. Il fut interrompu dans son introspection par une de ses connaissances, Bertrand de Treuil de la Merrandière. «  Vous savez mon ami, j’ai croisé votre frère hier au soir.

— Ah! vous avez plus de chance que moi. Par hasard, vous ne seriez pas informé où il loge. J’ai deux ou trois choses à lui dire.

— Si, bien sûr. Il loge à l’hôtel particulier des Drouillard qui se trouvent dans leurs terres.

— Ah! très bien, j’irai lui rendre visite demain. » En fait, il prévoyait de s’y rendre le soir même. Dès que le bal commença, il s’éclipsa. La demeure des Drouillard se situait à deux rues de là, il s’y retrouva en peu de temps. Il frappa à la porte, un valet vint ouvrir supposant découvrir le vicomte de Madaillan-Saint-Brice. Il fut très surpris de trouver son frère qu’il connaissait. « — Bonjour, Édouard, excusez-moi, mais il faudrait que je  voie mon frère.

— Monsieur, celui-ci n’est pas encore rentré. 

— Puis-je l’attendre?

— Bien sûr, monsieur, voulez-vous me suivre au salon à l’étage?

Vicomte Louis-Paul de Madaillan-Saint-Brice

— C’est aimable à vous Édouard. » Une fois installé, le valet lui servit un verre de vin et lui laissa la bouteille au cas où. Horace commença à faire les cent pas. Comme il avait chaud, il ouvrit la porte-fenêtre donnant sur le balcon. Il avala deux trois verres pour passer le temps. Il sursauta à l’entrée de son frère. « — Que fais-tu là Horace?

— Tu n’en as pas une petite idée?

— Je ne saisis pas pourquoi tu viens me voir.

— À ton avis, tu ne te serais pas permis quelques privautés avec mon épouse, voire plus.

— Je n’ai pas souvenance d’avoir été amené à l’obliger à quoi que ce soit…

— Comment oses-tu, tous les gens de la maison ont entendu et sont conscients de ce que tu as fait. »

Il n’avait pas fini sa phrase qu’il lui projetait son poing à travers la figure. Celui-ci l’esquiva et le renversa. Horace réagit de suite et le retourna passant sur lui et lui envoyant des coups sur le visage. En dehors de la pièce, Édouard et un autre valet se demandaient s’ils devaient entrer pour les séparer, car visiblement ils se battaient, mais ils préférèrent ne pas s’en mêler. Dans le salon, les deux frères continuaient à se frapper. Paul-Louis se releva repoussant Horace. Celui-ci de colère se précipita sur lui, mais ce dernier l’évita. Il perdit l’équilibre et se retrouva sur le balcon, son frère sans hésitation le culbuta et le fit basculer par-dessus la balustrade. Un silence régna un certain temps, puis Paul-Louis sortit de la pièce. « — Vite, mon frère s’est jeté par-dessus la rambarde du balcon. » Ils descendirent en courant et trouvèrent Horace mort au bas de l’hôtel particulier, sur les marches de l’escalier de l’entrée. Paul-Louis fit semblant de s’effondrer et se lamenta sur le drame prétendant que son frère était saoul et ne savait pas ce qu’il faisait. Il n’avait d’ailleurs rien saisi de son échange d’autant qu’il était ivre. Il n’avait pas compris sa violence. 

Lorsque la police de la ville arriva sur les lieux, Paul-Louis répéta la même chose, comme il était le vicomte de Madaillan-Saint-Brice et qu’il faisait partie de la garde royale, personne ne douta officiellement de ses dires. Le seul qui trouva cela injuste fut Édouard qui avait entendu toute la conversation, mais il ne pouvait ni rien dire et ni rien faire.

***

L’enterrement d’Horace se déroula à l’église Notre-Dame de Sauveterre-de-Guyenne. Anne toute de noire vêtue était effondrée, sa vie devenait un drame, un puits sans fond de désespoir. Seuls sa famille et ses serviteurs s’avéraient présents, le frère du défunt se révélait absent. Il avait dû regagner son régiment. Anne n’avait aucun doute, au vu des retours qu’elle avait eus par le biais de sa mère, c’est Paul-Louis qui avait trucidé son époux. Les gens de la maison pensaient la même chose, ils étaient choqués et déroutés. Ils se rendirent tous au caveau familial où le corps du trépassé fut incorporé au côté de ses parents. C’était tragique. Madame Bouillau-Guillebau proposa à sa fille de l’emmener avec elle à Bordeaux, la jeune femme refusa. Elle soutint qu’elle était épuisée par sa grossesse, sa mère lui annonça qu’elle allait faire faire ses malles et qu’elle revenait lui tenir compagnie. Anne allait répondre que ce n’était point utile, elle ne lui laissa pas le choix. 

***

Philippine était tétanisée par ce qu’elle voyait, ce qu’elle découvrait. Sa naissance était le fruit de tant de violence. Elle comprenait mieux pourquoi tous se révélaient indifférents à sa venue et pourquoi elle n’aimait pas son oncle qui dans les faits était son père. « — Je t’ai montré tout cela, Philippine, car Paul-Louis va être puni aussi il n’est peut-être pas utile que tu quittes la région.

— Entité maternelle, je n’ai pas le choix. Outre que mon oncle a signé le contrat, j’ai entraîné mes amies. De plus, je doute vouloir rester sur les lieux de tous ses drames.

— Je comprends, sache seulement que, quelle que soit la colonie que tu atteignes, tu finiras par apprendre ce qui va lui arriver. »

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Cette histoire met en scène des personnages réels et des personnages fictifs ainsi que des événements et des dialogues inventés à des fins dramatiques et afin de compléter les vides des biographies. Les illustrations des personnages ne sauraient être confondues avec les personnes réelles.

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2 réflexions sur “L’orpheline/ chapitre 008

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