la véritable histoire d’Evangeline (chapitre V, VI, VII)

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Les Acadiens décident de quitter l’Acadie comme des exilés plutôt que de se soumettre à la domination anglaise.

Abbaye Edwin Austin (1852-1911)

Abbaye Edwin Austin (1852-1911)

Leur physionomie annonçait la gravité de la situation, elle était beaucoup plus grave, en effet, que ce que nous supposions. Un silence de mort régnait alors qu’ils nous approchaient, nous pouvions entendre distinctement les battements de nos cœurs. Nous étions impatients d’apprendre notre sort, bien que nous redoutions de le connaître. Notre attente inquiète fut de courte durée, et un de nos aînés parla de la façon suivante. Je répète ses paroles qui tombèrent de ses lèvres avec un ton solennel qui sonnait comme le glas. Elles se sont gravées dans mon cœur. «- Mes bons amis – nous dit-il – nos espoirs sont illusoires et l’avenir est lourd de menaces inquiétantes. Un ennemi cruel et implacable est à nos portes. L’histoire de l’homme blessé est vrai, les Anglais se répandent, brûlent nos villages, et propagent la ruine à mesure qu’ils avancent. Ils n’épargnent ni vieillesse ni infirmité, ni les femmes ni les enfants, et sont seulement cléments envers les renégats et des apostats. Êtes-vous prêt à accepter ces conditions humiliantes, et être stigmatisés comme des traîtres et des lâches ?

– Jamais – avons-nous répondu – jamais, plutôt le bannissement, la ruine et la mort!

– Mes amis – a-t-il ajouté – l’exil et la ruine, c’est le désespoir, la désolation. Prenons le temps de réfléchir, avant de former notre détermination.

Aucun de nous ne tressaillit, et sans hésitation, nous avons tous crié: «- Plutôt que de renier notre mère-patrie, devenons apostats, exilés, acceptons la ruine, la mort, si tel doit être notre sort.

– Votre réponse est noble et généreuse, mes bons amis, et votre détermination est sublime – dit-il – donc que l’exil soit notre sort. Plus d’un a souffert encore plus que ce que nous allons souffrir et pour des causes moins saintes que la nôtre. Préparons-nous au pire.  Pour aujourd’hui, disons adieu, peut-être à jamais, à l’Acadie, à nos maisons, allons nous recueillir sur les tombes de ceux que nous avons tant aimés. Quittons sans amis et sans le sou notre pays pour des terres lointaines. Partons pour la Louisiane, où nous serons libres d’honorer et de respecter la France, ainsi que de servir notre Dieu selon notre croyance. Mes bons amis, nous avons à peine le temps de nous préparer. Ce soir, nous devrons être loin de Saint-Gabriel. « 

Ces mots glaçèrent nos cœurs. Il nous sembla, que tout cela était un mauvais rêve, une illusion terrible, qui collait à nos cœurs, à nos âmes. Malgré cela, sans une larme, sans une plainte, nous nous sommes résignés à notre destin.

Ah! C’était un jour bien cruel pour nous, Petiots. Nous partions d’Acadie, nous laissions à l’abandon des maisons où nos enfants étaient nés et avaient grandi, nous partions comme des malfaiteurs, sans une lueur d’espoir pour alléger notre sombre avenir, et il nous semblait que la pauvre et désolée Acadie était plus chère pour nous, maintenant que nous étions obligés de la quitter pour toujours. Tout ce que nous voyons, chaque objet que nous examinions, rappelait à nos cœurs les doux souvenirs d’une époque révolue. Notre vie entière semblait s’être concentrée dans les meubles de nos maisons désolées, dans les fleurs qui embellissaient nos jardins et même dans les arbres qui ombrageaient nos chantiers. Ils nous chuchotaient les chansonnettes de notre enfance insouciante, ils nous rappelaient les rêves de notre adolescence, illuminés d’illusions éphémères, ils nous parlaient de l’espoir et du bonheur de nos années de maturité. Ils avaient été les témoins muets de nos joies et de nos peines, et nous les laissions pour toujours. Nous pleurions amèrement sur eux, et dans notre désespoir, nous avons cru que le sacrifice était au-delà de notre résistance. Mais notre sens du devoir nous soutint, et la terrible épreuve que nous vivions n’ébranla pas notre détermination, ni notre soumission à la volonté de Dieu. Nous avons préféré l’exil et la pauvreté, avec leur cortège de malheurs et d’humiliations, plutôt que de nous déshonorer en devenant traîtres et renégats.

Au cours de la journée notre douleur augmenta, et les scènes qui eurent lieu furent déchirantes. Je ne puis me les rappeler sans frémir.

Franck Dicksee: Evangeline

Franck Dicksee: Evangeline

Nous, gens si doux, si paisibles, étions devenu hystériques de désespoir. Les femmes et les enfants allaient de maison en maison, pleurant et poussant des cris déchirants. Chaque objet qui eut pu être un butin était détruit, et le feu était mis aux maisons. Les foyers, attisés par un vent que trop disposés à poursuivre l’œuvre incendiaire, se répandit rapidement, et dans un court délai, Saint-Gabriel fut enveloppé dans une nasse sinistre de flammes dévorantes. Nous pouvions entendre le craquement des planches torturé par le feu, la chute lugubre des toits, tandis que les flammes grimpées à une hauteur immense avec le sifflement d’un ouragan. Ah! Petiots, c’était l’image fidèle d’un tohu-bohu. Les gens semblaient être une armée de démons, répandant la ruine et la désolation sur leur chemin. Le travail des bœufs était détruit, et quelques-uns d’entre nous, avec l’espoir d’un retour rapide à l’Acadie, jetaient leur argenterie dans les puits. Oh!  la ruine! quelle ruine ! mes Petiots. C’était horrible.

Nous avons quitté Saint-Gabriel au nombre d’environ trois cents, tandis que les cendres de nos maisons en flammes, portaient par le vent, tournoyaient devant nous comme un pilier de lumière guidant nos pas hésitants dans le désert qui s’étendait devant nous « .

Une nuit de terreur et de misère. Les Exilés sont capturés par les soldats Anglais et conduits à la mer pour s’embarquer pour l’exil. Ils sont envoyés sur les rives du Maryland.

Alors que la nuit fut venue, nous jetâmes un regard triste vers l’endroit où notre paisible et heureuse Saint-Gabriel se trouvait autrefois. Hélas, nous ne pouvions rien voir sauf le ciel cramoisi reflétant la lueur blafarde des flammes qui dévoraient notre village.

Pas un mot ne tombait de nos lèvres tandis que lentement nous voyagions. La nuit était venue, son obscurité augmentait notre misère et  notre découragement, malgré cela, nous aurions affronté la mort sans frémir.

Enfin, nous nous arrêtâmes dans un profond ravin à l’ombre des rochers et nous nous sommes assis afin de reposer nos membres fatigués. Nous parlions à voix basse, et n’avons pas fait de feu de peur que le moindre bruit ou la moindre lumière ne trahissent notre cachette. Nos cœurs étaient mornes, opprimés par de sombres pressentiments, les événements de la journée nous semblaient cauchemardesques.

Oh! si seulement cela n’avait été qu’un rêve mes Petiots. Hélas! C’était la triste réalité, et encore, dans notre misère, nous ne réalisions pas vraiment que ces événements s’étaient réellement passés.

Nos aînés s’étaient retirés de quelques pas afin de se prononcer sur la meilleure façon de poursuivre, car, dans la précipitation du départ, aucun plan d’action n’avait été vraiment décidé, notre but principal étant d’échapper aux outrages et aux mauvais traitements d’une soldatesque impitoyable et cruelle. Il fut décidé que la meilleure façon était de se rendre au Canada, après quoi, nous traverserions les grands lacs du Nord, notre voyage deviendrait alors terrestre jusqu’à la rivière Mississippi, sur les eaux de laquelle nous pourrions voyager en descendant vers le sud pour Louisiane. Cette colonie française était habitée par des gens de notre race, et professant la même croyance religieuse que la nôtre.

Mais pour mener à bien ce plan, mes Petiots, nous devions voyager des milliers de milles à travers un pays vierge de civilisation, à travers des forêts sans fin, et sur des lacs larges et profonds comme la mer. Nous étions conscients qu’il nous faudrait surmonter des obstacles sans nombre, rencontrer des dangers, des difficultés à chaque étape, et pourtant nous sommes restés fermes dans notre détermination. C’était l’exil avec son cortège de malheurs et de misère, c’était peut-être la mort pour beaucoup d’entre nous, mais nous nous soumettions à notre sort, nous étions prêts à sacrifier tout ce que nous avions pour notre religion, et pour l’amour de la France.

Nous nous mîmes à genoux afin d’implorer l’aide et la protection de Dieu pour nous secourir dans les nombreux dangers qui ne manqueraient pas de nous assaillir, et, confiant dans la Providence, nous nous sommes couchés sur le sol nu afin de dormir.

Comme vous pouvez l’imaginer, Petiots, personne, sauf les petits enfants dormirent cette nuit-là. Nous étions dans un état d’angoisse si déchirant que les heures s’écoulèrent sans amener le doux repos d’un sommeil réparateur.

Quand la lune se leva, dissipant peu à peu l’obscurité de la nuit, nous avons décidé de poursuivre notre voyage. Nous avons fait le moins de bruit possible, nous avancions prudemment, nos craintes et appréhensions augmentant de plus en plus à chaque étape. Tout à coup, notre colonne s’arrêta. Un silence de mort régnait, et nos cœurs battaient la chamade. Était-ce le son d’un tambour qui nous avait surpris ? Personne ne pouvait le dire. Nous avons écouté avec attention, mais le son s’était éteint, et le silence de la nuit restait intact. Notre inquiétude devint plus intense. Était-ce l’ennemi qui nous poursuivait ? Nous sommes restés sur le qui vive, rempli de cette angoissante oppression de l’inconnu, ne sachant pas si le danger rôdait devant nous. Les quelques minutes qui suivirent semblèrent durer une éternité. Nous nous sommes rapprochés les uns des autres et avons chuchoté notre craintes aux autres, Petiots, notre destin était scellé. Nous étions dans un chemin étroit entouré par l’ennemi, sans la possibilité de lui échapper. Je ne sais comment vous décrire ce qui suivit. Les femmes se tordaient les mains et sanglotaient piteusement dans leur désespoir. Les enfants, terrifiés, émettaient des cris aigus et perçants, tandis que les hommes, aiguillonnés par la colère, exprimaient leur rage avec des exclamations confuses, et étaient déterminés à vendre leur vie la plus chère possible.

Après un certain temps, le tumulte s’apaisa, et l’ordre fut quelque peu rétabli.

Le commandant s’approcha de nous,« – Acadiens – dit-il, vous avez fui de vos maisons après les avoir réduites en cendres, vous avez conçus des actes séditieux contre l’Angleterre, et nous vous retrouvons ici, dans la profondeur de la nuit, rassemblés et complotant contre le roi, notre seigneur et souverain. Vous êtes des traîtres et vous devez être traité comme tel, mais dans sa clémence, le roi offre son pardon à tous ceux qui lui prêtent serment de fidélité et d’allégeance.

Franck Dicksee: Evangeline

Franck Dicksee: Evangeline

– Monsieur – répondit René Leblanc, sous la direction duquel nous avions quitté Saint- Gabriel – notre roi est le roi de France, et nous ne sommes pas des traîtres au roi d’Angleterre dont nous ne sommes pas les sujets. Si par la force des armes, vous avez conquis ce pays, nous sommes prêts à reconnaître votre suprématie, mais nous ne sommes pas disposés à nous soumettre à la domination anglaise, et pour c’est pourquoi nous avons abandonné nos maisons pour émigrer en Louisiane, y chercher, sous la protection du drapeau français, le calme, la paix et le bonheur que nous avons connus ici.

L’officier, qui avait écouté les bras croisés les nobles paroles de René Leblanc, répondit avec un air menaçant de haine: « – En Louisiane vous souhaitez aller ? en Louisiane vous irez, et vous y chercherez en vain le drapeau français et sa protection que vous avez n’avez pas réussi à obtenir de lui au Canada. Soldats – a-t-il ajouté, avec un sourire qui fit frémir – escortez ces dignes patriotes au bord de la mer, où le transport leur sera donné aux frais de Sa Majesté sur ses navires ».

Ces mots, pour nous, sonnaient comme le glas; nous avons clairement vu que notre destin était scellé. Nous étions anéanti, et encore, dans l’amertume de notre malheur, nous n’émettions pas un mot de remontrance. Nous nous soumettions à notre sort sans une plainte.

Ils nous ont traités brutalement, sans considération que ce soit pour l’âge ou le sexe. Ils nous ont conduits à travers la forêt jusqu’à la mer, où leurs navires étaient ancrée. Ils ont embarqué le plus grand nombre d’entre nous dans l’un de leurs navires, levèrent l’ancre, et mirent les voiles. Le reste de notre groupe avait été conduits sur un autre navire qui quitta les lieux avant le nôtre.

Claude Picard

Claude Picard

Est-il nécessaire, Petiots, de vous décrire notre désespoir quand arrachés à nos parents et à nos amis, nous nous vîmes enfermés dans les cales de ce navire comme des malfaiteurs? Est-il nécessaire de vous décrire l’horreur de notre situation, nos souffrances, notre angoisse pendant les nombreux jours que notre voyage sur la mer dura?

Cela peut être plus facilement imaginé que décrit. Nous étions blottis dans un espace à peine assez grand pour nous contenir. L’air raréfié par notre respiration était devenu malsain et oppressant. Nous ne pouvions nous allonger pour reposer nos membres fatigués. Peu de nourriture, de l’eau donnée à contrecœur, à peine assez pour mouiller nos lèvres desséchées, sans personne pour s’occuper de nous, vous pouvez bien imaginer que nos souffrances devinrent insupportables. Lorsque nous faisions des remontrances à nos geôliers sur notre traitement, et que nous nous plaignions amèrement de l’excès de malheurs, eux semblaient s’en réjouir. Ils nous raillaient, nous moquaient nous surnommant de nobles patriotes, de français tenaces et papistes. Ces épithètes nous allaient droit au cœur, et ajoutaient à notre détresse.

Notre navire jeta enfin l’ancre, et l’on nous dit arrivé à notre destination. Était-ce la Louisiane ? nous avons demandé. leur seule réponse ne fut qu’une litanie de Railleries grossières, d’invectives. Nous fûmes débarqués avec la même brutalité impitoyable avec laquelle nous avions été traînés sur leur navire. Ils nous débarquèrent sur un abrupt et rocheux rivage, en nous laissant quelques rations. Ils nous saluèrent avec dérision avec leur casquettes et nous dire : « – adieu nobles patriotes ». Notre angoisse, à ce moment là, peut difficilement se concevoir. Nous étions des parias dans un pays étranger. Nous étions sans amis et sans le sou, avec quelques rations que l’on nous avait jetés comme à des chiens. Le soleil était maintenant tombé, et nous étions plongés dans sombre désespoir.

Birket Foster: Bateaux de deportation

Birket Foster: Bateaux de deportation

Notre seul espoir résidait dans la miséricorde d’un genre de Providence, et avec un cœur trop plein de prière, nous nous agenouillâmes d’un commun accord et en silence suppliâmes le Seigneur afin qu’il daigne nous avoir en pitié et qu’il nous prenne sous sa protection. Jamais prière ne fut plus profonde ni plus sincère pour aller jusqu’au trône de Dieu. Lorsque nous sommes revenus à l’espoir, une fois de plus souriant en l’avenir, nos âmes irradiaient et le désespoir s’était dissipé, comme si par magie, l’obscurité qui s’était installé dans nos cœurs avait disparu. Nous avons estimé qu’il n’y avait que des causes nobles qui conduisaient au martyre, et nous avons cherché en nous la force des martyrs d’une cause sainte, et avec une conscience claire, nous nous sommes posés pour dormir sous la voûte étoilée du ciel.

L’aube du jour nous a trouvés dispersés en petits groupes, discutant sur la façon de poursuivre notre migration, et nos cœurs grandis s’étaient à nouveau affaiblis à l’idée de l’inconnu qui nous attendait.

À ce moment-là, nous aperçûmes deux cavaliers s’approchant de notre campement de fortune. Nos cœurs battaient avec émotion, l’incident, aussi simple qu’il fut, s’avéra être de grande importance pour nous. Nous avons pressenti que la Providence ne nous avait pas abandonné, et que les deux cavaliers annonçaient la paix et la joie, qu’ils étaient les messagers de la fin de nos douloureuses épreuves.

Nous n’avions pas tort, Petiots. Lorsque les cavaliers mirent pied-à-terre, ils se sont adressés à nous en anglais, mais avec des mots courtois et aimables, aussi le son de la langue haïe ne nous écorcha point les oreilles, et nous sembla aussi doux que celle de notre propre langue. Ils nous saluèrent gracieusement, et se présentèrent comme étant Charles Smith et Henry Brent. «- Nous sommes informés – déclarèrent-ils – et savons que vous êtes exilés, et que vous avez été jeté dans le plus grand dénuement sur nos côtes. Nous sommes venus pour vous saluer, vous souhaiter la bienvenue et vous offrir l’hospitalité.» Ces paroles aimables pénétrèrent dans nos cœurs. «- Bons messieurs – répondit René Leblanc – vous voyez  là un peuple malheureux privé de leurs maisons et dont le seul crime est l’amour pour la France et leur dévouement à la foi catholique», et disant cela, il souleva son chapeau, et tous les hommes de notre groupe firent de même. «- Nous vous remercions de bon cœur pour votre accueil et pour  votre offre généreuse. Mais voyez-vous, nous comptons plus de deux cents personnes, et cela serait taxé trop lourdement votre générosité, seul un roi pourrait accomplir votre noble invitation. « 

franck dicksee: evangeline

franck dicksee: evangeline

– Monsieur – répondirent-ils – nous sommes des citoyens du Maryland, et nous possédons de grands domaines. Nous avons tout en abondance dans nos maisons, et cette abondance, nous sommes prêts à la partager avec vous. Accepter notre offre, et les familles Brent et Smith seront toujours reconnaissantes à Dieu, qui leur a donné les moyens de soulager vos besoins, d’apaiser vos souffrances et vos douleurs.  »

Comment pouvions-nous refuser une offre si généreusement faite ? Il était impossible pour nous de trouver les mots pour exprimer notre gratitude. Incapable de prononcer un seul mot, nous leur avons serré la main, mais notre silence était beaucoup plus éloquent que n’importe quelle langue que nous aurions pu utiliser « .

Assisté par leur générosité de leurs amis, Les Acadiens deviennent prospères, mais aspirent à rejoindre leurs amis et parents de Louisiane.

Le même jour, nous sommes allés à leurs fermes, qui se trouvaient à proximité. Je n’ai jamais oublié le bon accueil que nous avons reçu de la part de ces deux familles. Elles ont rivalisé dans leurs bons offices, et chaque membre est allé au-devant de nos besoins avec tant de grâce et d’affabilité, que cela a donné plus de charme et de valeur à leur immense hospitalité.  » – Petiots, laissez les noms de Brent et de Smith enchâssés comme des bijoux précieux dans vos cœurs, que le souvenir de ces êtres, les plus dignes et les plus généreux qui n’aient jamais respiré l’air pur du ciel, ne se fanent jamais dans votre mémoire ».

C’est ainsi, mes Petiots, que nous nous sommes installés dans le Maryland après avoir quitté Acadie.

Abbaye Edwin Austin (1852-1911)

Abbaye Edwin Austin (1852-1911)

Trois ans se sont écoulés en paix et en bonheur, et pendant tout ce temps-là, les familles Smith et Brent sont restés des amis fidèles. Notre groupe prospéra, et beaucoup retrouvaient le sourire dans leurs maisons. Nous vivions aussi heureux que des exilés puissent le faire loin de leur patrie et dans l’ignorance du sort de ceux qui nous avaient été arrachés si impitoyablement. En vain nous avons essayé de connaître le sort de nos amis et parents afin de savoir ce qu’ils étaient devenus, nous ne pouvions rien apprendre. Beaucoup de parents pleuraient leurs enfants disparus, plus d’une femme était inconsolable et dépérissait dans la douleur et le chagrin sans espoir pour un mari perdu, mais, mes Petiots, le plus triste de tout, c’était le sort de la pauvre Emmeline Labiche.

Emmeline Labiche? Qui était Emmeline Labiche? Nous n’en avions jamais entendu parler auparavant, et notre curiosité fut excitée au plus haut point.

 

suite au prochain numéro.

libre traduction de : Acadian Reminiscences by Felix Voorhies

la véritable histoire d’Evangeline (chapitre IV)

épisode précédent

Les nuages menacent le ciel acadien, Les anciens de la colonie se rencontrent en conseil pour discuter de la situation.

Six mois s’écoulèrent sans que nous ne reçûmes le moindre renseignement sur ce qui était advenu à nos braves jeunes hommes. Cela a contribué à augmenter notre malaise, et à attrister nos pensées, nous avons pressenti dans nos cœurs qu’ils ne reviendraient jamais. « Nos prémonitions s’avérèrent que trop bien fondée – dit ma grand-mère, d’une voix hésitante – Nous n’avons jamais su ce qu’avait été leur sort ».

Nous savions cependant que la guerre avait encore progressé, et que les Français étaient en train de perdre du terrain chaque jour. Les Anglais dirigeaient tous leurs efforts contre le Canada, et semblaient avoir perdu de vue l’Acadie dans la tourmente et la fureur de la bataille. Malgré notre inquiétude et notre appréhension, la paix et la tranquillité de la colonie restaient imperturbables. Hélas! nous nous bercions d’illusions, notre sécurité n’était qu’un mirage, et la tempête, qui balayait le Canada, fondait sur nous en une nuée furieuse et incontrôlée.

Notre jour venait, et, nous étions condamnés à être les victimes d’un destin cruel, nous étions sur le point de subir des souffrances au-delà de l’endurance humaine, et de faire l’expérience inégalée d’une succession d’outrages et de cruauté. »

Notre grand-mère, à ce stade, fut vaincu par son émotion et pencha sa tête. Intimidés par l’admiration mêlée de respect, que ses nobles sentiments et l’amour ardent qu’elle conservait pour son pays perdu, nous la regardions en silence, et comprenions maintenant pourquoi elle pleurait toujours quand elle parlait de l’Acadie. Après avoir maîtrisé ses émotions, elle essuya ses larmes et reprit son récit d’un ton triste.

« – Petiots, votre grand-mère pleure toujours quant à son cœur revient le souvenir de ses souffrances et de ses erreurs. Je suis une vieille femme et mes larmes apaisent ma douleur. Les cicatrices d’un cœur blessé ne guérissent jamais entièrement, seuls, la joie et le bonheur ne laissent aucune trace de leur passage, comme vous l’apprendrez plus tard bien entendu. Mais pourquoi vous dire tout cela ? Vous apprendrez bien assez vite ces sombres expériences, plus que de toutes les paroles et les maximes, aussi sages et judicieuses soient-elles, elles vous enseigneront la vie.

Un bruit vint à Saint-Gabriel annonçant que les troupes Anglaises avaient débarqué en Acadie. D’où venait la rumeur, nul ne pouvait le dire, et il était impossible d’en retrouver la source, et bien qu’incertaine, ces nouvelles créaient une inquiétude considérable dans la communauté. Les mauvaises nouvelles allaient vite, Petiots, il semblait que quelque mauvais génie avait plaisir à expédier des messagers ailés pour propager celles-ci sur la terre. La rumeur fut confirmée d’une manière aussi tragique qu’inattendue.

Un matin, à l’aube d’un jour, on retrouva un jeune homme gisant inconscient sur le pré vert devant l’église. Son bras était brisé, et il avait saigné abondamment, ce fut avec la plus grande difficulté que nous le rendîmes à la vie. Quand il ouvrit les yeux son regard était terrifié, et, malgré sa faiblesse, il fit un effort désespéré pour se lever et fuir.

Nous l’avons apaisé avec des mots d’amitié, il poussa un profond soupir de soulagement. Il avait une fièvre ardente, et ses lèvres desséchées tremblaient en murmurant des paroles incohérentes. Dans le presbytère, nous l’avons déshabillé et avons pensé ses blessures, et quand il eut récupéré de l’épuisement causé par la perte de sang, il nous raconta ce qui lui était arrivé. Nous avons écouté ses paroles dans une attente angoissée pleine d’anxiété. »

Claude Picard: le grand derangement

Claude Picard: le grand derangement

« Les Anglais – dit-il – ont débarqué leurs troupes sur la côte orientale de l’Acadie, et commettent les cruautés les plus atroces. Leur inhumanité dépasse tout entendement. Ils pillent et brûlent nos villages, et ils poussent le sacrilège à faire main basse sur les vases sacrés de nos églises. Ils séparent les femmes de leurs maris, les enfants de leurs parents, et ils conduisent leurs malheureuses victimes vers la mer, et les embarquent sur des navires qui naviguent immédiatement pour des terres inconnues. Ils épargnent seulement les traîtres venus à leur foi et à leur roi. Hier, ils ont attaqué notre village au crépuscule, et ont commis les mêmes outrages, des cruautés immondes. Ils ont tout réduit en cendres, et à la moindre protestation de notre part nous étions exposés à être abattu comme des hors la loi. Ils ont poussé les habitants de mon village à la mer comme du bétail, et quand, par épuisement, l’un d’eux tombé sur le côté de la route, j’ai vu ces démons leur imposer avec la crosse de leurs mousquets, de se lever et de marcher. Je leur ai échappé, dans l’obscurité de la nuit, avec un bras fracassé par une balle perdue. J’ai couru épuisé par la perte de sang et je suis tombé où vous m’avez trouvé. Ils sont en train d’envahirent l’Acadie, et ils ne vous épargneront pas mes amis si vous leur montrez quelques hostilités. Votre ville sera attaqué dans peu de temps, et vous ne pourrez pas leur résister. Abandonnez vos maisons, et rechercher la sécurité ailleurs, si vous avez le temps et la chance de le faire. »

Franck Dicksee: Evangeline

Franck Dicksee: Evangeline

«Vous pensez bien, Petiots, que notre dilemme fut grand à l’entente de cette terrible nouvelle. Nous étions là, ne sachant que faire, même si le temps était précieux, et même s’il fallait concevoir un plan pour assurer notre sécurité et notre protection. Dans l’urgence critique de notre situation notre alternative fut de nous retourner vers notre vieux curé pour obtenir des conseils et les appliquer. Il nous a donné des mots d’encouragement, et se retira avec nos aînés dans sa chambre. Nous sommes restés dans le cimetière, regroupés et parlant à voix basse, nos âmes plongées dans les pensées plus sombres et les plus désespérées.

Ah! Petiots, je me souviens de l’heure mortelle, cette heure qui s’écoula alors que les hommes tenaient conseil dans la chambre du curé, elle nous sembla aussi longue qu’une année. Notre bonheur, notre vie elle-même, en fait, était en jeu et dépendait de leur délibération, et nous attendions cette terrible décision notre esprit plein d’angoisse. Enfin, nos anciens, accompagnés de notre curé, sortirent de cette maison les visages tristes, mais plein d’une ferme résolution inscrite sur leurs fronts.

suite au prochain numéro.

libre traduction de : Acadian Reminiscences by Felix Voorhies

la véritable histoire d’Evangeline (chapitre III)

épisode précédent

Les rumeurs de guerre dérangent le calme et la tranquillité des Acadiens

Jusqu’à présent, Petiots, je vous ai brièvement décrit les manières simples et les coutumes des Acadiens. Je vais maintenant vous raconter ce qui s’est abattue sur eux, et comment une guerre cruelle a semé la ruine et la désolation dans leurs maisons. Je vais vous dire, comment ils ont été traités sans ménagement par les Anglais, chassés de l’Acadie, et dépouillés de tous leurs biens et possessions, comment ils ont été dispersés aux quatre vents, exilés misérablement, et que le nom même de leur pays a été effacés de l’existence. Mon récit ne sera pas gai, Petiots, mais il est bon que vous sachiez ces choses, et que vous les appreniez de la bouche des témoins eux-mêmes.

C’était un dimanche, je me souviens de cela comme si c’était hier, nous étions à la messe, et lorsque notre vieux curé monta en chaire, comme il avait coutume de le faire chaque dimanchClaude Picard (prierese, ce fut pour nous annoncer que la guerre était déclarée entre la France et l’Angleterre. « – Mes enfants, nous dit-il d’une voix triste et solennelle, vous pouvez vous attendre à assister à des scènes horribles et à subir de douloureuses épreuves, mais Dieu ne vous abandonnera pas si vous mettez votre confiance dans sa miséricorde infinie, puis s’agenouillant, il pria à haute voix pour la France, et nous avons tous répondu à sa voix fervente, et dit amen! du fond de nos cœurs. Un silence pénible régnait dans la petite église et cela jusqu’à la fin de la messe. Il semblait que chacun de nous assistait aux funérailles d’un membre de sa famille. Lorsque nous avons quitté l’église, les gens se regroupaient pour commenter les tristes nouvelles. Ce jour-là, Il n’y eut pas de danse sur la pelouse en face de la petite église et nous nous sommes retirés tristement et silencieusement dans nos maisons.

Cette nouvelle nous troubla, mais nous avons essayé, en vain, de secouer la morosité qui assombrissait nos âmes. Lorsque nous nous entretenions, sur nos lèvres nos mots étaient pleins de mort, et nos sourires avaient la tristesse d’un sanglot.

Ah! Petiots, la guerre, avec son cortège de maux et de malheurs, est toujours un fléau terrible, et il était tout naturel que nous en arrivions à méditer tristement sur ses conséquences et la peur de l’avenir. L’Angleterre avait enrôlé des centaines d’Indiens dans ses armées, et nous savions que ces sauvages sanguinaires n’épargnaient personne, et infligeaient des tortures des plus raffinées sur leurs prisonniers; ils ne rêvaient que d’incendie et de massacre, et ces troupes devaient être lâchés sur nous. La simple pensée de faire face à ces monstres suffisait à emplir de stupéfaction les cœurs les plus vaillants et troublait la paix et la tranquillité d’une communauté comme la nôtre. Nous ne savions à quoi nous résoudre, mais, quoi qu’il arrivât, nous étions déterminés à mourir plutôt que de devenir des traîtres à notre Roi et à notre Dieu.

attaques des mohicans

attaques des mohicans

Ensuite, nous nous soutenions dans une humeur différente et en pensant que ces nouvelles pouvaient, après tout, être exagérées, et que nos craintes n’étaient pas fondées. Pourquoi l’Angleterre mènerait-elle une guerre contre nous ? L’Acadie, si pauvre, si désolée, si peu peuplée, cela n’était vraiment pas la peine de faire couler ne serait-ce qu’une seule goutte de sang pour sa conquête. La tempête devrait passer sans même froisser notre paix et de tranquillité. Nous nous en sommes persuadés afin de nous débarrasser des sombres pressentiments qui nous troublaient, mais en dépit de nos efforts, nos peurs nous hantaient et nous faisaient déprimer nous rendant malheureux.

Les nouvelles, qui nous parvenaient, de temps en temps, étaient loin d’être encourageantes. La France, accablée par la défaite, semblait avoir abandonné, les Anglais gagnaient du terrain et nos frères canadiens appelaient à l’aide. Plusieurs de nos jeunes hommes se résolurent à se joindre à eux pour combattre du côté de la France et à mourir pour leur pays, si Dieu le voulait.

Ah! Petiots, c’était de tristes jours pour la colonie, et nous avons versé des larmes amères. Les jeunes hommes courageux, qui se sacrifiaient si noblement, pleuraient avec nous, mais comme des rochers restaient fermes dans leur détermination. Nous nous sommes, enfin, rendu compte du fait que la ruine nous menaçait fronçant les sourcils sur nous, et qu’elle s’enfonçait jusqu’au fond de nos cœurs.

Le jour de leur départ, les jeunes hommes nobles cœurs reçurent la sainte communion à genoux devant l’autel, et ils écoutèrent les mots d’encouragement de l’ancien curé, tandis que tout le monde pleurait et sanglotait dans la petite église. Après leur avoir dit de servir fidèlement le roi et d’aimer Dieu par-dessus tout, il leur a donné sa bénédiction, tandis que de grosses larmes coulaient sur ses joues. Hélas! comment pouvait-il les considérer sans émotion et sans chagrin? Il les avait baptisé quand ils étaient de simples garçonnets; il les avait vu grandir vers l’âge adulte; il les connaissait comme je vous connais, et ils quittaient leurs maisons et ceux qu’ils aimaient, peut-être pour ne jamais revenir.

Eugène Leliepvre

Eugène Leliepvre

Ils sont partis de Saint-Gabriel, tristes mais résolus, et tant qu’ils pouvaient être vus, marchant à pied, ils agitaient leurs mouchoirs pour un dernier adieu. Ce fut un jour cruel pour nous, et à partir de ce moment-là, tout est allé de mal en pis en Acadie.

suite au prochain numéro.

libre traduction de : Acadian Reminiscences by Felix Voorhies

la véritable histoire d’Evangeline (chapitre II)

épisode précédent

La narration de ma grand-mère ou les mœurs et coutumes des acadiens.

Cory Trépanier

Cory Trépanier

« – Petiots- dit-elle – ma terre natale se situe loin, très loin, vers le nord, et il vous faudrait marcher pendant plusieurs mois pour y parvenir. Vous auriez à traverser des rivières larges et profondes, à parcourir des montagnes surgissant à des milliers de pieds et des vallées profondes, vous auriez à voyager jour et nuit, dans des forêts sans fin, où des Indiens hostiles cherchent l’occasion pour vous assassiner.

Ma terre natale est appelée Acadie. Il s’agit d’une région froide et déserte, pendant l’hiver la neige couvre son sol et cela pendant plusieurs mois de l’année. La région est immense, et en de nombreux endroits la surface de sa terre est jonchée de pierres robustes. Il faut se battre dur pour y gagner sa vie, surtout avec les pauvres et maigres outils possédés par mon peuple. Mon pays n’est pas comme le vôtre un mélange de plaines et de douces collines couvertes l’année d’un épais tapis d’herbe verte, et où chaque plante germe et grandit comme par magie, jusqu’à l’échéance, et où l’on peut s’enrichir facilement, à condition de craindre Dieu, d’être laborieux et économe. Pourtant, je pleure pour mon pays natal, avec ses rochers et ses neiges, parce que j’y ai laissé une partie de mon cœur dans les tombes de ceux que j’aimais et qui dorment sous son gazon. »

Et, en parlant ainsi, ses yeux coulaient des larmes et l’émotion étouffait sa narration.

«- J’ai promis de vous donner un aperçu sur les mœurs et les coutumes de vos ancêtres acadiens, et de vous raconter comment cela était avant que de quitter notre pays comme des exilés et d’émigrer en Louisiane. Je tiens maintenant ma promesse, et vous raconte tout ce que je sais de notre triste histoire. Vous devez savoir, petiots, qu’il y a moins de cent ans, l’Acadie était une province française, dont le peuple vivait content et heureux. Le roi de France avait envoyé des officiers courageux pour gouverner la province, et ses officiers nous traitaient avec la plus grande bienveillance. Ils étaient nos arbitres et savaient ajuster tous nos différents, et si équitables étaient leurs décisions qu’elles étaient satisfaisantes pour tous. Est-il étonnant, alors, qu’étant aussi prospères nous vivions content et heureux?  nous ne pouvions alors imaginer ce que le cruel destin nous réservait…

Bernard lepicie (laborious mother

Bernard lepicie (laborious mother

Notre manière de vivre en Acadie était particulière, les gens formaient, pour ainsi dire, une seule famille. La province était divisée en districts, habitée par un certain nombre de familles, pour lesquelles le gouvernement avait partagé les terres en parcelles suffisamment grandes pour leurs besoins. Ces familles regroupées formaient de petits villages ou des postes administrés par des commandants. Personne n’avait le droit de mener une vie d’oisiveté, ou d’être un membre inutile de la province. L’enfant travaillait dès qu’il était en âge de le faire, et travaillait jusqu’à l’âge qui le rendait impropre au labeur. Les hommes surveillaient les troupeaux et cultivaient la terre, et alors qu’ils labouraient les champs, les garçons les suivaient aiguillonnant les bœufs pour les faire avancer. Les femmes et les filles participaient aux travaux de ménage, et filaient la laine et le coton dont elles tissaient et fabriqués le tissu avec lequel elles habillaient la famille. Les personnes âgées encore actives et fortes, comme votre grand-mère, – disait-elle en souriant – avec les infirmes et les invalides, tressaient la paille avec laquelle nous fabriquions nos chapeaux, de sorte que vous voyez, Petiots, nous n’avions pas de fainéants, pas de paresseux inutiles dans nos villages, et tous vivaient au mieux dans leurs seins.

Le terrain alloué à chaque district était divisé en deux parties inégales, la plus grande partie était mise à part comme terre de labour, le restant étant morcelé entre les différentes familles; et pourtant les conflits d’intérêts, résultant de cette communauté de droits, n’a jamais créé de désaccord parmi vos ancêtres acadiens.

Bien que pauvres, ils étaient honnêtes et industrieux, et ils vivaient se contentant du peu qu’ils avaient, sans envier leurs voisins, et comment pouvait-il en être autrement? Si quelqu’un était incapable de travailler sa terre pour cause de maladie, ou de quelque autre malheur, ses voisins volaient à son secours, et si cela exigeait quelques jours de travail, ils combinaient leurs efforts pour sarcler son domaine et sauver sa récolte.

C’est ainsi qu’incités par des sentiments nobles et généreux, les habitants de la province semblaient former une seule famille, et non une communauté composée de familles séparées. Ces détails, Petiots, sont fastidieux pour vous, et vous préfériez sans doute que je vous raconte des histoires plus amusantes et captivantes. »

« – Non, grand-mère, nous sommes de plus en plus intéressé par ton récit. Parle nous de l’Acadie, de ta terre natale, nous l’aimons déjà tout comme toi. »

«  – Petiots – dit-elle – J’aime mon Acadie, et j’aime vous apprendre à l’aimer, et vous faire connaître la valeur de ses honnêtes et nobles habitants. Mais – ajouta-t-elle, avec un sourire triste – la partie sombre et lugubre de mon histoire reste à dire. Quand vous m’aurez écouté, vous comprendrez alors pourquoi je me sens triste et pourquoi je pleure, quand la foule de mes souvenirs vient peupler mon cœur. Mais pour résumer, contiguë au village les pâturages étaient bien clôturés, et formaient les terrains communaux. Dans ces terres, le bétail des colons étaient conservés, et étaient parqués en toute sécurité. Nos troupeaux augmentaient chaque année. Ainsi, vous voyez, Petiots, nous n’avons manqué d’aucune des commodités de la vie, et bien que n’étant pas riche, nous n’étions pas dans le besoin, et nos vœux étaient peu nombreux et facilement satisfaits.

Rectitude et simplicité des mœurs sont les ressorts de bonheur, et ceux qui souhaitent ce qu’ils ne peuvent jamais avoir ou acquérir, doivent être bien malheureux, et digne de pitié. Ah! les Acadiens sont en train de perdre, par degrés, le souvenir de ces traditions et les coutumes de la mère-patrie, l’amour de l’or s’est implanté dans leurs cœurs, et cela ne leur apportera pas de bonheur. Et si vous vivez aussi vieux que moi, – disait-elle en secouant tristement la tête – vous verrez les prédictions de votre grand-mère se réaliser.

En Acadie, nous avons plus estimé la tempérance, la sobriété et la simplicité des mœurs que la richesse. Les mariages précoces étaient favorisés car ils encourageaient les vertus qui donnent à l’homme, le seul vrai bonheur, et d’où il tire sa santé et sa longévité. Aucun obstacle n’était jeté sur la voie d’un couple d’amoureux qui voulait se marier. L’amant accepté par la jeune fille obtenait le consentement des parents, et personne ne songeait à lui demander si l’amoureux était un homme avec des moyens, ou si la future mariée avait une belle dot, comme nous avons l’habitude de le faire aujourd’hui.

Lepicie Balvay 1784 FAMILY-PROPOSAL-FAMILY-MARRIAGE-ACCEPTED-

Lepicie Balvay 1784 FAMILY-PROPOSAL-FAMILY-MARRIAGE-ACCEPTED-

Leur choix mutuel donnait satisfaction à tous, et, en effet, qui y a-t-il de mieux que deux cœurs qui s’accouplent et qui veillent à leur bonheur tout le long de leur vie ? et, d’ailleurs, ce n’est pas souvent que les mariages fondés sur l’amour mutuel tournent mal.

Les bans étaient publiés à l’église du village, et le vieux curé, après les avertissements de la sacralité du lien qui les unissait à jamais, bénissait leur union, tandis que le saint sacrifice de la messe était dit. Petiots, il est inutile pour moi de décrire la cérémonie de mariage et les réjouissances qui se pratiquent pendant les noces, elles sont comme celles que vous avez vu ici, mais je vais vous parler d’une vieille coutume acadienne qui prévalait parmi nous, et qui ici n’est plus pratiquée.

Dès que le mariage d’un jeune couple était déterminé, les hommes du village, après avoir construit une petite maison confortable pour eux, nettoyaient et plantaient la parcelle de terrain qui leur était destinée. Et les femmes qui n’étaient pas en reste prolongeaient cette assistance généreuse, en entourant d’attention la jeune mariée, lui faisant des présents, considérant ce qui lui était nécessaire pour son confort et utile pour sa maison, et tout cela était fait et donné avec bons cœurs et bonne volonté.

Tout était ordonné et soigné dans la maison de l’heureux couple, et après la cérémonie de mariage dans l’église et la fête de mariage à la maison du père de la mariée, l’heureux couple était escorté à leur nouvelle maison par les jeunes hommes et les jeunes filles du village. Comme tout ceci était joyeux et réchauffait nos cœurs et comme nos âmes s’éclairaient en ces occasions; le tapage et la lumière de la gaieté des jeunes n’étaient que joie sans mélange et bonheur partagé!

suite au prochain numéro.

libre traduction de : Acadian Reminiscences by Felix Voorhies

la véritable histoire d’Evangeline (chapitre I)

Henry Hetherington Emmerson: Evangeline, le départ d'Acadie

Henry Hetherington Emmerson: Evangeline, le départ d’Acadie

Il me semble que c’était hier, pourtant ils sont morts il y a plus de 60 années, j’étais alors enfant. 

Comment le temps est éphémère, avec quelle rapidité la vieillesse tombe sur nous avec ses infirmités. Les volutes de la fumée dissipées par le vent qui passe, l’eau qui glisse avec un murmure de babillage dans le courant doux, laissent aussi profondément une marque de leur passage que les jours fugaces de l’homme.

J’avais douze ans, pourtant je peux encore imaginer la noble simplicité de la maison de mon père. Les maisons de nos pères n’étaient pas voyantes, mais leurs apparences étaient souriantes, accueillantes, elles n’avaient ni originalité, ni clinquant, mais  dans leur simplicité, elles étaient aussi grandioses que l’hospitalité sans bornes de leurs propriétaires. Il n’y avait pas plus généreux ni hospitaliers que les Acadiens qui se sont installés dans les régions sauvages, magnifiques et poétiques du pays du bayou Teche.

La maison de mon père se tenait sur une colline en pente, au centre d’une grande cour entourée de rangées d’arbres, entrecoupés de bosquets de chênes imposants, le tout formant une vue magnifique. Sur le versant de la colline un verger exhibait une profusion d’orangers, de pruniers et de pêchers. Plus loin, c’était le jardin, regorgeant de légumes de toutes sortes, suffisants pour les besoins de tout un village.

Acadian_House_NHL 2Je peux encore me remémorer la cour avec ses centaines de volailles, si pleines de vie, courant autour de ma mère avec des battements d’ailes et des caquètements bruyants dès qu’elle dispersait le grain pour elles le matin et le soir.

Au pied de la colline, qui s’étendait jusqu’au bayou Vermilion, étaient les pâturages  où paissaient les troupeaux, et où les moutons bêlant suivaient, le bélier majestueux son grelot suspendu à son cou.  Le paysage est encore clairement mémorisé dans mon esprit avec ses lumières et ses ombres! Si j’étais peintre, je pourrais encore en réaliser le tableau dans toute sa réalité, dans ses moindres nuances et dans toutes ses beautés.

Comme cela est étrange de me rappeler si vivement ces choses, alors que des scènes plus récentes, que j’ai pourtant admirées, se sont effacées de ma mémoire! Ah! l’esprit de l’enfant qui comme une cire molle prend si facilement l’emprunte des sensations, des impressions qui ne se fanent jamais, alors que l’esprit de l’homme, émoussé par le souci et les déceptions de la vie, ne peut plus recevoir et conserver les empreintes de ces impressions et sensations.

Si cela est vrai, n’est-ce pas une sorte de Providence qui nous incite dans sa sagesse de former l’esprit et l’intelligence de l’enfant par les soins attentionnés de la sollicitude de ses parents. Il peut ainsi devenir un honnête homme, un bon citoyen et un mari et un père irréprochable.

Mon père était un Acadien, fils d’un Acadien, et fier de son ascendance. Le terme acadien était, à cette époque, synonyme d’honnêteté, d’hospitalité et de générosité. Par son énergie indomptable, mon père avait acquis une belle fortune, et telle était la simplicité de ses manières, et notamment sa frugalité, qu’il vivait, content et heureux, de son revenu.

Jean Michel Moreau, le jeune. Engraver (Le Vrai bonheur 1782

Jean Michel Moreau, le jeune. Engraver (Le Vrai bonheur 1782

Notre famille se composait de mon père et de ma mère, de trois enfants, et de ma grand-mère, une centenaire, dont la mémoire claire et lucide contenait une mine riche de faits historiques qu’un historien ou un chroniqueur aurait été fier de posséder.

Lors des froides journées de l’hiver, ma famille s’assemblait dans le hall où un beau feu flambait dans la cheminée, et alors que le vent sifflait à l’extérieur, notre grand-mère, une exilée de l’Acadie. Elle nous relatait les scènes de troubles dont elle avait été témoin quand elle et les siens avaient été chassés de leurs foyers par les anglais, leurs souffrances au cours de leur long pèlerinage terrestre du Maryland à la nature sauvage de la Louisiane, les dangers qui les assaillirent le long de leur périple à travers les forêts sans fin, le long des berges escarpées des rivières trop profondes pour avoir des gués, les Indiens hostiles, qui les suivaient furtivement, comme des loups, jour et nuit, toujours prêt à bondir sur eux et les massacrer.

Et comme elle parlait, nous approchions d’elle, et regroupés autour d’elle nous ne nous agitions plus pour ne pas perdre un seul de ses mots.

Quand elle parlait de l’Acadie, son visage s’éclairait, ses yeux rayonnaient d’un étrange éclat, elle nous tenait en haleine, avec ses mots si éloquents et si tristes, mais ensuite les larmes coulaient sur ses joues et sa voix tremblait d’émotion. Sous le toit de notre père, il ne lui manquait aucune des commodités de la vie. Nous savions que ses enfants avaient rivalisé pour lui faire plaisir, et nous nous demandions pourquoi elle semblait être si triste et si malheureuse. Nous n’étions alors que des enfants et rien du cœur humain, nous savions. L’expérience sinistre ne nous avait pas appris ses leçons douloureuses, et nous ne pouvions savoir que le souvenir a souvent l’amertume du fiel, et que les larmes seules pouvaient laver cette amertume.

Elle était assise dans sa chaise berçante, les mains jointes sur ses genoux, son corps légèrement penché en avant, ses cheveux blanchis par l’âge, visibles sous la dentelle de son bonnet, sa robe propre et de bon goût, car elle avait toujours pris soin de son apparence et en portait fierté. Elle nous appelait « petiots» signifiant «petits», et elle prenait plaisir à converser avec nous. Mon père se chamaillait avec elle parce qu’elle nous caressait trop. «- Mère – disait-il – vous gâtez les enfants», mais elle ne faisait pas attention à ses mots et nous caressait de plus belle. Ces détails ne sont intéressants à aucun autre que moi, et je m’attarde peut-être par trop sur eux. Hélas! Je suis désormais un vieil homme. À ressasser les joies et douleurs de mon enfance, il me semble que je suis redevenu un petit enfant quand je parle de cette époque révolue, quand je rappelle à ma mémoire ceux que j’aimais tant et qui ne sont plus.

Je vais maintenant tenter de répéter l’histoire des malheurs de ma grand-mère, qu’elle nous a racontée maintes et maintes fois.

suite au prochain numéro.

libre traduction de : Acadian Reminiscences by Felix Voorhies

Evangéline

 

Sir Frank Bernard Dicksee

Sir Frank Bernard Dicksee

Les étoiles étaient dans le ciel
Toi dans les bras de Gabriel
Il faisait beau c’était dimanche
Les cloches allaient bientôt sonner
Tu allais te marier
Dans ta première robe blanche

L’automne était bien commencé
Les troupeaux étaient tous rentrés
Et parties toutes les sarcelles
Et le soir au son du violon
Les filles et surtout les garçons
T’aurais dit que tu était belle

Évangéline, Évangéline

Mais les anglais sont arrivés
Dans l’église ils ont enfermé
Tous les hommes de ton village
Et les femmes du passé
Avec les enfants qui pleuraient
Toute la nuit sur le rivage

Au matin ils ont embarqué
Gabriel sur un grand voilier
Sans un adieu sans un sourire
Et toute seule sur le quai
Tu as essayé de prier
Mais tu n’avais plus rien à dire

Évangéline, Évangéline

Alors pendant plus de 20 ans
Tu as recherché ton amant
À travers toute l’Amérique
Dans les plaines et les vallons
Chaque vent murmurait son nom
Comme la plus jolie musique

Même si ton cœur était mort
Ton amour grandissait plus fort
Dans le souvenir et l’absence
Il était toutes ta pensée
Et chaque jour il fleurissait
Dans le grand jardin du silence

Évangéline, Évangéline

Tu vécu dans le seul désir
De soulager et de guérir
Ceux qui souffrait plus que toi-même
Tu appris qu’au bout de chagrin
On trouve toujours un chemin
qui mène à celui qui nous aime

Ainsi un dimanche matin
Tu entendis dans le lointain
Les carillons de ton village
Et soudain alors tu compris
Que tes épreuves étaient finies
Ainsi que le très long voyage

Évangéline, Évangéline

Devant toi était étendu
Sur un grabat un inconnu
Un vieillard mourant de faiblesse
Dans la lumière du matin
Son visage sembla soudain
Prendre les traits de sa jeunesse

Gabriel mourut dans tes bras
Et sur sa bouche tu déposa
Un baiser long comme ta vie
Il faut avoir beaucoup aimé
Pour pouvoir encore retrouver
La force de dire un merci

Évangéline, Évangéline

Il existe encore aujourd’hui
Des gens qui vivent dans ton pays
Qui de ton nom se souviennent
Car l’océan parle de toi
Les vents du sud portent ta voix
De la forêt jusqu’à la plaine

Ton nom c’est plus que l’Acadie
Plus que l’espoir d’une patrie
Ton nom dépasse les frontières
Ton nom c’est le nom de tous ceux
Qui malgré qui soient malheureux
Voit ton amour et qui espère

Évangéline, Évangéline, Évangéline

Chanson de Annie Blanchard

les filles du roy

Les filles du Roy

L’année 1663 marque un changement majeur dans l’histoire de la Nouvelle-France. Devant les difficultés vécues par la colonie depuis sa fondation, le roi Louis XIV décide de reprendre en main l’administration et le développement de ses territoires en Amérique du Nord. Parmi les nombreux problèmes qui attirent l’attention du souverain, la question du peuplement et celle de la disproportion entre les sexes dans la colonie sont particulièrement importantes. Le déséquilibre démographique causé par l’absence de politique migratoire des anciens administrateurs voués à l’exploitation des ressources naturelles se résume assez simplement : il n’y a pas assez de femmes en Nouvelle-France pour assurer son peuplement.

Pour répondre à cette impasse démographique, Louis XIV décide de favoriser le passage de jeunes femmes célibataires, appelées les Filles du roi, depuis la France jusqu’à la colonie, en vue de les marier aux colons et d’encourager la formation de familles. Cette immigration féminine, amorcée en 1663, est dirigée par l’intendant des finances du royaume, Jean-Baptiste Colbert, appuyé à partir de 1665 par le premier intendant de la Nouvelle-France, Jean Talon. Entre 1663 et 1673, des centaines de jeunes femmes acceptent ainsi de migrer vers la colonie en échange d’avantages consentis par le roi. Ce dernier assure non seulement leur traversée à ses frais, mais s’engage de plus à les vêtir et, pour certaines, les munir d’une dot d’au moins 50 livres afin de faciliter leur union. Il s’agit pour la plupart d’entre elles d’une occasion de s’extirper de leur condition et de commencer une nouvelle existence. Si quelques jeunes femmes issues de la bourgeoisie et de la petite noblesse comptent parmi les Filles du roi, la grande majorité de celles-ci sont tirées de milieux défavorisés; environ le tiers sont choisies parmi les orphelines de la Salpêtrière, à Paris. D’autres proviennent des orphelinats, couvents et institutions de charité du nord-ouest de la France.

En 1663, 38 Filles du roi viennent s’établir en Nouvelle-France; 36 d’entre elles font partie du premier contingent arrivé le 22 septembre 1663. Des femmes assurent la direction des cohortes qui suivent, dont Anne Gasnier, épouse de Jean Bourdon, procureur général au Conseil souverain, qui traverse l’Atlantique à plusieurs reprises pour recruter des immigrantes auxquelles elle offre l’hébergement dans sa maison de Québec. La capitale de la colonie dispose d’ailleurs d’un bâtiment érigé par Talon où logent temporairement les Filles du roi avant qu’elles ne se dispersent majoritairement dans le gouvernement de Québec, mais aussi dans ceux de Montréal et de Trois-Rivières. À Montréal, les Filles du roi sont notamment accueillies par Marguerite Bourgeoys. Supervisées, elles choisissent elles-mêmes leur mari. Dans un milieu où les hommes prêts au mariage sont au moins six fois plus nombreux que les femmes dans la même situation, les Filles du roi n’ont généralement pas tardé à trouver un époux. Elles prennent parti généralement dans les semaines qui suivent leur arrivée.

Pendant dix ans, elles sont entre 764 et 1 000 à profiter de cette initiative royale et à s’installer dans la colonie. Le taux de natalité en Nouvelle-France atteint alors les 63 naissances par 1 000 habitants. Conséquemment, les Filles du roi ont largement contribué à faire doubler la population coloniale de 1666 à 1672.

En raison de leurs origines modestes, les Filles du roi ont souvent été représentées à tort comme des femmes de mauvaise vie. Par contre, les recherches les plus récentes démontrent que les filles choisies pour être envoyées en Nouvelle-France sont sélectionnées selon des critères assez stricts. Pour les premières cohortes, on exige même des certificats de bonne conduite témoignant de la rigueur morale des femmes tirant parti des générosités royales pour passer dans la colonie.

http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=26366&type=pge#.U94HE41_szM

http://www.acpo.on.ca/claude/filleroi.htm

www.lesfillesduroy-quebec.org.

Le grand dérangement

franzvonhierf:

Illustration d’Ambroise Comeau et de sa famille se réfugiant à l’île St-Jean le 21 janvier 1757.

Illustration de ce qui est resté dans l’histoire du Québec comme le grand dérangement.

La Déportation des Acadiens est une expression utilisée pour désigner l’expropriation massive et la déportation des Acadiens, peuple francophone d’Amérique, lors de la prise de possession par les Britanniques d’une partie des anciennes colonies françaises en Amérique, dans la seconde moitié du XVIIIéme siècle.

La déportation des Acadiens constitue une opération de nettoyage ethnique de grande envergure, compte tenu de la démographie de l’époque, puisqu’elle a transformé la composition de la population de trois provinces canadiennes, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, leNouveau-Brunswick, et aussi une partie de l’état américain du Maine.

http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9portation_des_Acadiens

les filles du roi pour les îles

Les Filles du roi (ou «Filles du Roy», selon la graphie de l’époque) sont des jeunes femmes choisies par le roi de France qui devaient immigrer en Nouvelle-France au xviie siècle pour s’y marier, y fonder un foyer et établir une famille pour coloniser le territoire. Le Roi de France agissait comme un tuteur (leur père) en payant les frais de leur voyage ainsi qu’une dot lors de leur mariage. Cette dot était ordinairement de 50 livres. Elles étaient souvent orphelines et d’origine modeste