Bordeaux du XIIème au XVème siècle

Bordeaux sous la domination anglaise.  

Hermann Van der Hem (port de bordeaux

Hermann Van der Hem (port de bordeaux

Le 12e siècle marqua le véritable redéploiement de Bordeaux. De nouvelles enceintes furent édifiées en 1227 au sud, pour protéger les quartiers neufs, rue Neuve, la Rousselle… et en 1327, pour intégrer les nouveaux faubourgs Sainte-Croix, Sainte-Eulalie, Saint-Michel. Les paroisses de Saint-Michel et de Saint-Pierre se peuplèrent alors d’artisans forgerons, charpentiers ou fustiers laissant leur nom aux rues des Faures et de la Fusterie. Les nouveaux arrivants affluèrent, venus des campagnes alentour et des régions voisines. Ils s’installèrent dans les faubourgs de Tropeyte, du nom du ruisseau qui le traverse, et Tutelle au nord, de Saint-Martin et Saint-Seurin à l’ouest, et surtout dans celui de Saint-Éloi au sud. Le port intérieur ne sert plus guère. Seul, le cours de la Devèze, allant de la porte Navigère à la Garonne, est fréquenté par de petits bateaux connus sous le nom d’anguilles de Saintonge. Les activités portuaires se reportèrent en bord de Garonne, sous les remparts de la ville.

Bordeaux sous la domination anglaise.

Bordeaux sous la domination anglaise.

Bordeaux sous la domination anglaise.

Le 1er août 1137 voit le mariage à Bordeaux d’Aliénor d’Aquitaine, fille et héritière de Guillaume X de Poitiers, avec Louis VII, roi de France, dans la cathédrale Saint-André. Le mariage ne dura point et leur union fut dissoute quinze ans plus tard, le 21 mars 1152.

Au mois de mai suivant, l’ex-reine de France, mais toujours duchesse d’Aquitaine, épousa en seconde noce Henri Plantagenêt, duc de Normandie et comte d’Anjou. Les possessions du couple dépassaient alors celles du roi de France, leur suzerain. La mariée avait apporté en dot Bordeaux et l’Aquitaine. En 1154, Henri Plantagenêt reçut la couronne d’Angleterre, il devint Henri II et vint tenir sa cour à Bordeaux à la Noël 1156, afin de recevoir l’hommage de ses vassaux gascons et aquitains. Ce fut le début d’une série de conflits de plusieurs siècles entre les deux monarchies, avec Bordeaux et l’Aquitaine au premier plan.

Pendant trois siècles, Bordeaux resta au pouvoir des Anglais (1152-1451) tout comme l’Aquitaine qui, prononcée à l’anglaise, devint la Guyenne.

L’administration anglaise fut très favorable au développement de la ville, qui acquit de nombreux privilèges politiques et commerciaux. Elle bénéficia dès lors d’un régime de faveur, les Anglais ayant besoin de son soutien dans les guerres interminables contre leurs rivaux capétiens. Elle obtint d’être administrée par un conseil d’élus issus de la bourgeoisie nommée Jurade. Les négociants de la ville tirèrent par ailleurs d’immenses profits de la vente de vin, le « claret », aux Anglais. C’était le début de la notoriété des vins de Bordeaux et de sa région.

Les Très Riches Heures du Duc de Berry (vigne au moyen age

Les Très Riches Heures du Duc de Berry (vigne au moyen age

Des relations très étroites s’établirent entre l’Angleterre et ses possessions de Guyenne, aussi, lors de la conquête de ce pays par Charles VII, les Bordelais opposèrent-ils une vive résistance à l’occupation française.

Dès le XIIe siècle, les Plantagenêt édictèrent des mesures favorisant les libertés communales et destinées à accroître l’importance maritime et commerciale de Bordeaux. Aliénor publia un code maritime connu sous le nom de Rôles d’Oléron ou de Jugements de la mer, complété plus tard par son fils Richard Cœur de Lion. Henri II, en 1172, publia une charte concernant le maire et les jurats de Bordeaux.

Les fortifications de Bordeaux au 13e siècle. Dessin à la plume de Léo Drouyn

Les fortifications de Bordeaux au 13e siècle. Dessin à la plume de Léo Drouyn

En 1202, l’armée du roi de France, Philippe-Auguste envahit la Normandie, l’Anjou, la Saintonge. À la fin de l’été 1204, elle était aux portes de Bordeaux, mais ne franchit pas la Garonne.

En 1206, Alphonse VIII de Castille, qui avait épousé Aliénor d’Angleterre, l’une des filles d’Aliénor et d’Henri II, revendiqua la Gascogne. Une expédition le mena aux portes de Bordeaux, où il dévasta le faubourg Saint-Éloi hors des remparts. Il échoua à entrer dans la ville.

En avril de la même année, la ville se dota d’institutions municipales. Les jurats, ses notables, en choisissaient librement le maire. Un sénéchal représentait le roi d’Angleterre. Jean Sans-Terre accorda aux Bordelais l’exemption de toute maltôte et coutume sur leurs marchandises et favorisa l’accroissement de la ville en accueillant les étrangers qui, après un séjour d’un mois pourrait prêter serment au roi et à la commune.

En 1224, les hostilités reprirent. Les Bordelais résistèrent et aidèrent le jeune prince Richard de Cornouailles, frère cadet du roi d’Angleterre, à reconquérir la Gascogne. Pendant ce temps dans la ville, de grandes familles de négociants se disputèrent le pouvoir.

Mais ce ne fut qu’en 1235 qu’Henri III, alors en lutte avec ses barons, concéda à Bordeaux une charte de commune, la coutume de la ville fut réformée et révisée, de manière à garantir aux bourgeois leurs libertés et privilèges, tout en assurant les droits du roi. Les droits de justice furent mieux définis et partagés entre le roi d’Angleterre et la commune, un noble ne pouvait devenir bourgeois de Bordeaux sans l’autorisation du prince. Entre autres privilèges, le roi accorda aux Bordelais le droit d’élire leur maire qui jusqu’alors était un fonctionnaire royal. Le maire fut alors élu pour un an avec mille livres d’appointements, il était assisté d’une Jurade ou conseil de vingt-quatre jurats, qui élisaient le maire et qui, en quittant leurs fonctions, désignaient leurs successeurs. La Jurade nommait en outre un corps de trente prud’hommes appelés les « seigneurs Trente », chargés plus spécialement de l’administration, un collège de trois cents notables, analogues aux pairs des villes normandes, était appelé à délibérer dans certaines circonstances. Pour l’administration de la cité, le maire avait au-dessous de lui le clerc de ville, élu par la Jurade et chargé particulièrement des finances.

Le roi se réservait de faire construire un château fort dans la cité et d’en couvrir les frais au moyen d’une taxe perçue par le maire et les jurats. Depuis l’occupation anglaise, Bordeaux s’était considérablement agrandie. Un hôtel de ville, la maison de Saint Éloi ou Saint Eliège, avait été construit sur l’emplacement occupé plus tard par le Grand-Marché. Une nouvelle ville s’était créée sur la rive droite du Peugue : c’étaient les quartiers du Cahernan, de Saint-Eloi et de la Rousselle. Une nouvelle enceinte, terminée en 1251, partait de la Porte-Basse, longeait les fossés des Tanneurs, se continuait jusqu’à la porte de la Rousselle et à la rue de la Rousselle, et rejoignait l’enceinte primitive à la porte du Chapeau-Rouge. Cette enceinte avait 3000 m de longueur et était percée de dix portes nouvelles, dont une seule subsiste, la porte Saint-James, construite en 1246 et où se trouvent l’horloge et les cloches de la ville. En dehors des murailles s’élevaient les riches abbayes de Saint-Seurin, dont le chapitre avait des droits de juridiction assez étendus, de Saint-Germain, occupant l’espace qui forme aujourd’hui la place Tourny, etc.

Bordeaux - 2ème enceinte XIIIème siècle, de la Porte des Ayres à la Porte de la Cadène - Dessin de Léo Drouyn

Bordeaux – 2ème enceinte XIIIème siècle, de la Porte des Ayres à la Porte de la Cadène – Dessin de Léo Drouyn

En 1242, Henri III reconnut aux Bordelais le privilège de n’être pas tenus au service militaire pour le roi en dehors de leur diocèse. Mais après la bataille de Taillebourg, à la suite des exactions de Simon de Montfort, comte de Leicester, les barons gascons formèrent une ligue, à laquelle se joignirent les Bordelais, qui menacèrent même de se donner au roi de Castille.

En1249, les élections municipales donnèrent lieu à un affrontement dans le quartier Saint-Éloi entre les partisans des Colom et des Solers. L’indépendance et la fortune trop rapides et offrirent des dangers… Les bourgeois enivrés par l’argent et le luxe commencèrent à se quereller. Rostan de Soler un homme tout puissant, un des fondateurs des libertés bordelaises, est employé par le roi comme négociateur, il lui a acheté du vin et lui a même emprunté de l’argent. Il est le chef reconnu d’un certain nombre de familles bordelaises. Guillaume-Raimond Colom est un de ses fougueux adversaires. Entre les deux hommes, les querelles devinrent déloyales, elles étaient basées sur la convoitise de la mairie et la concurrence commerciale avec l’Angleterre envenimait la concurrence politique. Les partisans des deux clans étaient toujours en armes et les rues de la cité étaient souvent ensanglantées et le moindre mal, qu’ils se firent, fut de s’enlever leurs femmes… En 1248, les Soler dominaient Bordeaux, mais le 28 juin 1249 une émeute éclate, entre les Colom et les Soler. Les Colom s’emparent de la place du Marché et s’y fortifient.

Le prince Édouard, chargé par son père de l’administration de la Guyenne, profita de la division de la commune par les querelles des deux maisons rivales, pour réformer la charte bordelaise au profit de l’autorité royale. Le prince Édouard modifia les institutions municipales par les statuts de 1261. Il décida d’enlever à la Jurade la nomination du maire ainsi que celle du clerc de ville, qui seraient désormais choisies par le roi, les appels des sentences du maire viendraient devant le sénéchal de Guyenne ou devant le prince.

En 1283, Bordeaux fut choisie comme lieu de rendez-vous pour le duel de Charles ler d’Anjou contre Pierre d’Aragon, mais ce duel n’aura pas lieu. À la suite des luttes des marins normands et bayonnais, Philippe le Bel prononça la saisie du duché de Guyenne et envoya le connétable Raoul de Clermont prendre possession de Bordeaux, qui resta quelques années au pouvoir des Français.

Bordeaux - 2ème enceinte XIIIème siècle de la porte Rousselle à la porte Bouqueyre - Dessin de Léo Lrouyn ; Bordeaux Fossés des Salinières.

Bordeaux – 2ème enceinte XIIIème siècle de la porte Rousselle à la porte Bouqueyre – Dessin de Léo Lrouyn ; Bordeaux Fossés des Salinières.

En 1295, Philippe le Bel occupa temporairement la ville, mais Bordeaux resta hors de son autorité. Le roi de France, pour s’attacher les Bordelais, leur accorda une charte, la Philippine, qui confirmait leurs coutumes et privilèges, maintenait les droits de justice de la Jurade et autorisait le maire à établir des droits d’entrée sur les blés, vins et autres marchandises. Mais à la suite d’une insurrection, Philippe le Bel révoqua ces privilèges, abolit la Jurade et confia l’administration municipale au maire nommé par le roi.

L’histoire intérieure de Bordeaux au XIIIe siècle se résuma donc aux luttes de la Jurade contre le doyen et le chapitre de Saint-Seurin, et plus tard contre le prévôt de l’Ombrière, et dans la rivalité des Colom et des Solers pour la mairie. Le commerce de Bordeaux prit un grand développement, les vins que l’on exportait en Angleterre et en Espagne en étaient l’aliment principal ; ceux des bourgeois de Bordeaux avaient libre circulation sur la Garonne et les rois d’Angleterre avaient accordé de nombreux privilèges aux Bordelais qui venaient faire du commerce en Angleterre. Édouard ler établit deux grandes foires de huit jours, qui sont l’origine des foires de Bordeaux.

Le XIVe siècle.

Bordeaux XIVème - Vue du chemin du Palais Gallien

Bordeaux XIVème – Vue du chemin du Palais Gallien

À la suite du traité de Montreuil-sur-Mer, signé le 19 juin 1299 entre la France, représentée par le roi Philippe IV Le Bel, et l’Angleterre, représentée par le roi Édouard Ier d’Angleterre, mirent fin à la guerre entre les deux pays. Bordeaux fut restituée à Edouard Ier, mais elle ne rentra pas en possession de tous ses privilèges.

Malgré ces difficultés, Bordeaux atteignit 30 000 habitants environ dans le premier quart du 14e siècle, la population la plus importante depuis son origine. La courte occupation française provoqua un nouvel agrandissement de la ville par l’adjonction des faubourgs où se trouvaient les principaux couvents et monastères.

En 1302, on construisit de nouvelles murailles englobant les faubourgs de Tropeyte au Nord, de Saint-Michel, Sainte-Croix et Sainte-Eulalie au Sud en 1305. Ce fut à cette époque que la cathédrale Saint-André et la Grosse cloche furent construites. L’archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got, devient pape sous le nom de Clément V en 1305. Il séjourna quelque temps dans la ville, fit rétablir les privilèges des Bordelais et reconnut à l’archevêque de Bordeaux le titre de primat d’Aquitaine. En 1310, Philippe le Bel usa de son droit de suzeraineté pour obliger Édouard II à abolir une maltôte établie par lui. En 1314 et 1321, on réforma les coutumes de Bordeaux et le roi Édouard II unit solennellement la commune de Bordeaux à la couronne d’Angleterre.

La banlieue de Bordeaux vers 1400 de C. Jullian - Histoire de Bordeaux

La banlieue de Bordeaux vers 1400 de C. Jullian – Histoire de Bordeaux

Dès 1327, la ville fut fortifiée de nouveau et ses murailles soigneusement entretenues ; on diminua la largeur des quais en rapprochant les nouveaux murs de la rivière depuis la porte Sainte-Croix jusqu’à celle du Chapeau-Rouge. Édouard III maintint avec un soin jaloux les privilèges du maire et des jurats et leurs droits de justice sur les onze paroisses de la banlieue de Bordeaux : Bruges, Mérignac, Pessac, Eysines, Saint-Médard-en-Jalles, Cestas, Canejan, Bègles, Léognan, Villenave, Gradignan. Bordeaux, pendant tout le cours de la guerre, fut le quartier général des Anglais.

Coup de théâtre le 6 février 1340 : petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, le roi d’Angleterre Édouard III se proclama roi de France. Ce fut le début de la guerre de Cent Ans. Seule l’épidémie de peste noire, qui sévit en 1348 et décima un habitant sur trois, ouvrit une parenthèse aux hostilités.

En septembre 1355, Édouard de Woodstock, fils d’Édouard III, surnommé le Prince noir, arriva à Bordeaux avec son armée. Le 19 septembre 1356, il remporta la bataille de Poitiers. Le roi de France, Jean le Bon, fut capturé, puis gardé prisonnier à Bordeaux. Durant l’année 1360, le traité de Bretigny et la Paix de Calais apportèrent au duché d’Aquitaine le Poitou, l’Aunis, la Saintonge, l’Angoumois, le Limousin, le Périgord, le Quercy, le Rouergue et l’Agenais.

En 1362, l’ensemble fut érigé en une principauté confiée au Prince noir. Une principauté puissante et renommée, mais dont les campagnes militaires coûtèrent cher. La levée d’un nouvel impôt déclencha une révolte et le passage de quelques-unes de ses provinces du côté du roi de France. Gravement malade, le Prince noir mourut en 1376.

De 1362 à 1372, sous le règne du Prince Noir, vice-roi au nom de son père, Bordeaux devint capitale d’un état quasi indépendant, mais finalement le prince dut renoncer à son projet d’ériger la Guyenne en état souverain.

La guerre de Cent Ans fut très profitable à l’indépendance des Bordelais, car Édouard III et ses successeurs, obligés de s’appuyer sur Bordeaux dans leur lutte contre le roi de France, cherchèrent toujours à s’assurer de la fidélité de cette ville en lui faisant de nombreuses concessions. Aussi les Bordelais restèrent-ils constamment fidèles à la domination anglaise et, à l’exception de la grande émeute provoquée en 1365 par les taxes arbitraires du Prince Noir, on ne trouve aucune trace de rébellion.

burdigala XIVème siècle

burdigala XIVème siècle

Une ordonnance de 1376 réforma l’administration de Bordeaux en réglant d’une manière plus précise les attributions des officiers et des corps municipaux. Les jurats qui gardaient, depuis le commencement du XIVe siècle, le droit d’élire le maire furent réduits de vingt-quatre à douze et une des conditions de leur élection fut de n’être pas noble, mais d’avoir 1000 livres de revenus. Le clerc de ville a voix consultative, au sein de la Jurade, auprès de laquelle il remplit les fonctions de juge d’instruction et de greffier. Le procureur-syndic fut chargé de l’administration financière de la cité. Le sous-maire est un des jurats remplaçant le maire absent. Le prévôt de la ville en prévôt des marchands, élu par le maire et les jurats, fut chargé de la police du commerce et devint le gardien des marques et étalons des mesures. Le conseil des Trente et le conseil des Trois-Cents furent aussi élus par la Jurade parmi les prud’hommes de la ville.

Pendant le règne de Richard II, Bordeaux se voyant privée de l’appui des Anglais, à cause des discordes intérieures du royaume, forma, en 1379, une ligue offensive et défensive contre les Français avec les villes voisines de Guyenne qu’on appela ses filleules, Blave, Bourg, Libourne, Saint-Émilion, Saint-Macaire, Castillon, Cadillac et Rions. Cependant, Richard II confirma les privilèges du maire et de la Jurade en garantissant leur indépendance vis-à-vis du sénéchal de Gascogne (1385). Aussi lorsque Richard II fut détrôné et emprisonné, les Bordelais menacèrent-ils de se donner à la France, si leur roi légitime n’était pas mis en liberté ; mais, malgré l’assassinat de Richard, ils ne mirent pas leur menace à exécution et repoussèrent les offres de Charles VI de France, dit « Charles le Bien-Aimé » ou encore « Charles le Fou », dans l’intérêt de leur commerce et de leurs privilèges. Sous les princes de la maison de Lancaster, Bordeaux a acquis la plus grande indépendance et était devenue, grâce à son commerce et à sa population, une des villes les plus importantes de la France.

Le XVsiècle et le départ des Anglais.

Pour un temps, la couronne d’Angleterre se fit moins présente, mais les Bordelais lui restèrent fidèles.

L’histoire de la commune au XVe siècle fut caractérisée, d’abord par l’intervention des assemblées du peuple dans l’administration et dans le patronage qu’exerça Bordeaux sur toute la province de Guyenne.

En 1401, Henri IV, après avoir accordé une amnistie aux auteurs des troubles qui avaient suivi la mort de Richard II, confirma les privilèges de la ville et dispensa entre autres choses la Jurade de toute reddition de comptes au roi d’Angleterre pour les droits qu’elle avait touchés sur les biens de la ville.

Matin de la bataille d'Azincourt, le 25 Octobre 1415«, peint par Sir John Gilbert .

Matin de la bataille d’Azincourt, le 25 Octobre 1415«, peint par Sir John Gilbert .

Le 23 décembre 1406, les Anglais attaquèrent l’escadre française qui assiégeait Bourg et la détruisirent. Avec la victoire d’Azincourt sur les Français en 1415, Henri V d’Angleterre fit un retour fracassant.

En 1414, il fut établi que les jurats ne pourraient révoquer un règlement ancien sans l’avis des trente conseillers de la ville. Enfin, l’assemblée de la commune entière se réunissait souvent pour approuver la conduite des magistrats municipaux vis-à-vis de l’administration royale. Ces assemblées devinrent obligatoires pour toute demande de subsides faite par le roi d’Angleterre. En même temps, la commune accrut considérablement ses forces militaires et sa milice fut la première armée que fournit la Guyenne ; elle combattit pour les Anglais, mais sans être au service de l’Angleterre. Bordeaux était devenue le rempart de la domination anglaise en Guyenne.

En 1420, Isabeau de Bavière reconnaît le roi d’Angleterre comme héritier du royaume de France au détriment de son fils, le dauphin, futur Charles VII.

En 1431, assiégée par Jean d’Orléans, comte de Dunois et Mortain, dit Dunois ancien Compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, Bordeaux promit de se rendre, si elle n’était pas secourue par les Anglais et à la condition que le roi de France lui conservât ses privilèges et coutumes et n’établirait pas d’impôts nouveaux.

Wakefield English Medieval 1400-1500 Graham-Turner

Wakefield English Medieval 1400-1500 Graham-Turner

En 1438, Charles VII tenta une première offensive vers Bordeaux. Le quartier Saint-Seurin, hors des murs, fut saccagé, le vignoble détruit, la campagne pillée et les paysans doivent se mettre à l’abri derrière les murailles de la cité.

En 1441, une bulle du pape Eugène IV institua à Bordeaux une université organisée sur le modèle de celle de Toulouse, sous le patronage des magistrats de la cité. En résumé, Bordeaux pendant la domination anglaise profita du grand conflit qui s’était engagé entre les rois de France et d’Angleterre, pour étendre ses libertés, accroître ses privilèges et son commerce et développer les institutions qui assuraient son indépendance.

En 1442, les Français firent une deuxième offensive, ils commencèrent par investir la ville, mais celle-ci se défend âprement.

Bordeaux tenta une sortie désastreuse le 1er novembre 1450, la “mala jornada”, qui fit des centaines de victimes. Les opérations reprirent au printemps suivant et, cette fois, Bordeaux dut capituler. Un traité fut conclu le 12 juin 1451. Les conditions furent très favorables aux Bordelais afin de permettre une bonne intégration dans le royaume, mais elles ne mirent pas un terme aux relations qu’entretenaient certains nobles et bourgeois avec Londres.

La levée d’une taxe pour la défense du pays devint un bon prétexte pour rappeler les Anglais, des bourgeois organise un voyage secret jusqu’à Londres afin de demander l’aide au roi Henri VI d’Angleterre. Le roi accorde son aide. La ville ouvrit, en 1452, ses portes à John Talbot, qui débarquait d’Angleterre, à la tête de 4 000 hommes, débarqua à Bordeaux le 22 octobre 1452 et y fit une entrée triomphale dès le lendemain.

Bordeaux sous la monarchie française.

Entrée des Français à Bordeaux, 23 juin 1451, gravure sur acier de Thibault d’après Auguste Vinchon, milieu du XIXe siècle

Entrée des Français à Bordeaux, 23 juin 1451, gravure sur acier de Thibault d’après Auguste Vinchon, milieu du XIXe siècle

Charles VII décida en 1453 la reconquête de la ville. Avec l’aide de l’artillerie de Jean Bureau, il gagna aisément les batailles et se fixa comme nouvel objectif, Castillon.

Une mauvaise stratégie de John Talbot lors de la bataille donna définitivement l’Aquitaine et Bordeaux à Charles VII, le 17 juillet 1453. Un traité fut conclu le 9 octobre 1453, il ne resta rien du traité de 1451. La ville n’apprécia guère la tutelle du roi de France, il fut peu clément envers elle, qui dut payer une amende 100,000 écus d’or et perdit tous ses privilèges, notamment ceux de voter l’impôt, de battre monnaie et d’avoir un Parlement. La guerre de Cent Ans s’acheva.

L’époque française qui s’ouvrit alors à Bordeaux, après trois siècles passés sous le gouvernement anglais, fut difficile pour ses habitants qui ne souhaitaient pas ce changement. 2 000 personnes partirent pour l’Angleterre, et les responsables de la rébellion furent bannis.

En 1454, sur les supplications des députés de Bordeaux, le roi adoucit un peu ces conditions, réduisit l’amende à 30,000 livres, rétablit quelques-uns des droits et privilèges de la municipalité. Mais il garda la nomination du maire, réunit au domaine l’impôt sur les vins et établit un droit de 12 deniers par livre sur les marchandises importées et exportées.

Charles VII décida en 1459, pour s’assurer de la fidélité de la ville, de faire de Bordeaux, restée assez anglophile, une ville royale et d’y faire édifier plusieurs forteresses pour dissuader les bordelais de se révolter contre la monarchie : le fort Louis au sud, le fort du Hâ pour défendre la ville des attaques venant du sud et de l’ouest, et le château Trompette pour la protéger du côté de la Garonne. Le commerce du vin avec l’Angleterre s’arrêta et la ville perdit alors sa prospérité.

Bordeaux au moyen-âge :  1 = Le port de la Lune  2 = Cathédrale St André  3 = Eglise St¨Pierre  4 = Palais de l'Ombrière (aujourd'hui détruit)  5 = Le marché  6 = La Porte Cailhau construite en 1495  7 = L'entrée Royale symbolisant la soumission de la ville.

Bordeaux au moyen-âge :
1 = Le port de la Lune
2 = Cathédrale St André
3 = Eglise St¨Pierre
4 = Palais de l’Ombrière (aujourd’hui détruit)
5 = Le marché
6 = La Porte Cailhau construite en 1495
7 = L’entrée Royale symbolisant la soumission de la ville.

En 1462, Louis XI comprit que pour s’attacher les Bordelais, il fallait leur faire quelques concessions supplémentaires et il leur rendit une partie de leurs anciens privilèges. Le roi rendit ses libertés à la ville en lui donna un Parlement. Il fut institué dans le palais de l’Ombrière, son ressort s’étendait sur le Bordelais, le Bazadais, les Landes, l’Agenais, le Périgord, le Limousin et la Saintonge. Il rétablit l’Université et fonda, sous l’invocation de Notre-Dame, une confrérie de mariniers, à laquelle il fallait appartenir pour pouvoir naviguer, enfin, en 1474, il accorda des droits importants aux étrangers qui viendraient s’établir dans la ville. Après avoir établi la paix en 1475, il choisit Bordeaux, notamment son port, pour le commerce avec les marchands anglais.

Charles VIII, à sa suite fit rédiger les “Coutumes”, réorganisa les corporations et maîtrises, dont il voulut être le chef, autorisa les nobles et les prêtres à faire le commerce, etc.

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