1754 à 1763 Immigration du Canada

1754. La paix d’Aix-la-Chapelle pacifia l’Europe; mais les hostilités ne cessèrent point en Amérique, où les Français et les Anglais se disputaient quelques déserts vers les rives du Saint-Laurent. Ceux-là avaient élevé sur les bords des grands lacs, sur les rives de l’Ohio et du Mississippi, une chaîne de forts qui unissait le Canada à la Louisiane, et faisait trembler les colons anglais. Pour protéger son commerce, la Virginie fit construire un fort sur l’Ohio, qui lui attira les armes du Canada. Il fut démoli, et les Virginiens repoussés au-delà des montagnes. Un autre fort, établi à la tête de la Belle-Rivière (l’Ohio), éprouva le même sort de la part des Français, qui y bâtirent le fort Duquesne (Pittsburgh), auprès duquel l’année suivante, Washington fut tour à tour vainqueur et vaincu.

Fort Duquesne

Fort Duquesne

1755. Plusieurs expéditions sortirent des colonies anglaises . L’une, contre le fort Duquesne, fut taillée en pièces, et son général en chef, Edward  Braddock , fut tué. L’autre réussit à s’emparer du reste de l’Acadie, que les Anglais nommèrent Nova Scotia. En lui cédant une partie de ce pays, Louis XIV exigea du gouvernement britannique qu’il reconnût les droits et les propriétés de ses anciens sujets, s’ils prêtaient serment de fidélité à l’Angleterre. Les mœurs des Acadiens étaient toutes patriarcales. Ces hommes, simples, comme la nature elle-même, ne purent s’imaginer que l’on pût les délier des devoirs qu’ils devaient à leur roi, à leur patrie, qu’ils tenaient comme, sacrés. Aussi refusèrent-ils obstinément de prêter le serment exigé. Bientôt les deux puissances se trouvèrent en guerre. L’Angleterre, maîtresse, de la Nova Scotia entière, où elle n’avait pas cinq cents colons, craignit de perdre une province, dont les habitants s’obstinaient à regarder le roi de France comme leur souverain légitime, et les Canadiens comme leurs frères. Les Canadiens qui causaient tant de ravages à ses colonies. La construction de forts capables de les contenir parut trop coûteuse à l’Angleterre, qui calcule toujours. Il n’y avait qu’un seul moyen, atroce, à la vérité, pour jouir de sa conquête et elle ne recula pas devant lui. Sept mille Acadiens, hommes, enfants et femmes, chassés de la terre natale, à la lueur de leurs toits embrasés, furent entassés sur les vaisseaux de leurs ennemis, sans, autre richesse que leurs hardes, et jetés comme de vils troupeaux sur les côtes de la Pennsylvanie, de la Virginie et des Carolines.

Claude Picard (The pillaging and destruction of Grandpre, Acadie in 1755

Claude Picard (The pillaging and destruction of Grandpre, Acadie in 1755

1756. Ils errèrent longtemps, vivant du pain de l’aumône, repoussant les offres de tout ce qui parlait la langue de leurs persécuteurs. Les Indiens, à la vue d’une si grande infortune, leur apportaient le tribut de leurs chasses et leur servaient de guides dans les forêts. Après avoir essuyé des fatigues inouïes dans des déserts, où la moitié succomba, ils arrivèrent enfin à la Louisiane, dont les habitants les reçurent comme, des amis et des frères malheureux. Louis Billouart, chevalier de Kerlerec, gouvernait alors la colonie. Il leur assigna des terres sur le Mississippi, et des ustensiles aratoires. Chaque individu prit possession d’un vaste terrain, où il s’établit, et reçut, pendant la première année, la paie et la ration du soldat.

Claude Picard (déportation des Acadiens

Claude Picard (déportation des Acadiens

1757. Cependant la guerre se poursuivait: Jean-Armand Dieskau, baron de Dieskau battit les Anglais et les Iroquois réunis, fut repoussé à son tour, et tué sur la place. Le célèbre Louis Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran (dit de Montcalm), que l’on oublie parce qu’il fut malheureux, emporta l’assaut et rasa le Fort Oswego, défendu par dix-huit cents hommes, tailla en pièces le corps d’Anglais qui menaçait Fort Ticonderoga, appelé Fort Carillon, et se rendit maître du fort William-Henry, pourvu de tous les moyens de défense. La fortune de la France s’arrêta là, ou, plutôt le, pusillanime Louis XV ne voulut plus, la suivre.

Montcalm leading his troops at the Plains of Abraham

Montcalm leading his troops at the Plains of Abraham

1758. Seize mille hommes, venus d’Angleterre, firent changer la face des affaires. La prise, de Frontenac et de Duquesne, défendu par de faibles garnisons, brisa cette chaîne de forts destinée à unir le Canada et la Louisiane. Les troupes du fort Duquesne descendirent à la Nouvelle-Orléans, où l’on construisit pour elles des casernes dans la partie inférieure de la ville.

1759. Enfin Québec se rendit à la suite d’un combat sanglant, où les deux généraux Montcalm et Wolf perdirent la vie. Tout le Canada se soumit aux Anglais. Un grand nombre de Français et de Canadiens, trop, ennemis de l’Angleterre pour vivre sous ses lois, transportèrent leurs pénates en Louisiane, qu’ils regardaient encore comme la patrie. Ils se fixèrent les uns parmi les Acadiens, les autres dans les Attakapas, les Opelousas, les Avoyelles.

L’immigration des Acadiens et des Canadiens, épisode touchant de l’histoire de la Louisiane, donna à cette colonie un peuple de mœurs irréprochables, endurci à toutes les fatigues, propre à tous les travaux, d’une persévérance sans égale et d’un courage à l’épreuve. La Louisiane s’est en quelque sorte retrempée dans son caractère. N’en avait-elle pas besoin quand elle était à la veille de prouver à l’univers qu’on ne pouvait pas, contre son aveu, disposer d’elle comme d’une marchandise?

Robert DAFFORD (L'Arrivée des Acadiens en Louisiane détails

Robert DAFFORD (L’Arrivée des Acadiens en Louisiane détails

À cette époque, la situation financière de la Louisiane n’était pas brillante. Le gouvernement avait jeté sur la place une si grande quantité de billets, que leur valeur était considérée comme nulle. Le peuple, persuadé que les officiers coloniaux avaient fait une émission si grande plutôt dans leurs intérêts que dans ceux du public, doutait que la métropole les rachetât jamais. Tous les efforts de la trésorerie pour les retirer n’empêchèrent pas qu’il n’en restât assez sur la place pour entraver les affaires.

1763. Les Jésuites, chassés de France et de toutes ses possessions, abandonnèrent la Louisiane, à qui ils avaient fait présent de la canne à sucre, et où tous leurs biens, confisqués et vendus, produisirent une somme de 180,000 piastres.

 

d’après Histoire de la Louisiane par victor Debouchel

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