le système du plaçage

« La plus belle femme, que je n’ai jamais vu était l’épouse d’un diplomate noir d’Haïti, une jeune fille pâle avec la peau comme un gardénia. Je l’ai rencontrée lors d’une réception au palais présidentiel à Port-au-Prince. Ses yeux avaient la couleur des jacinthes haïtiennes, qui est la couleur foncée des delphiniums un croisement entre le bleu clair et le violet. Sa bouche était une grenade coupée en deux, et les ailes de ses cheveux bleu-noir étaient les ailes d’un muguet Congo. Son nom de jeune fille était Dumas, et elle était la descendante des grands Dumas, père et fils. Le premier Dumas était le fils d’un marquis français et d’une femme de couleur de Saint-Domingue. Certains des descendants de Dumas sont blancs et certains sont noirs. »

La beauté des femmes créole

Extraits d’Eleanor Early

Le duc de Saxe-Weimar-Eisenbach… favorablement impressionné par les quarteronnes lors de sa visite à La Nouvelle-Orléans en 1825 et après avoir participé au bal des quarteronnes lors duquel il avait dansé avec les filles, et rencontré leur mère, déclara que les quarteronnes étaient « les plus belles femmes du monde.« 

Le duc était un beau-frère de Guillaume IV (l’oncle de la reine Victoria).

qu’est ce qu’un quarteron ou une quarteronne ?

Fort-de-France, le type de quarteronne; 1881-1887 - Vintage Black Beauties

Fort-de-France, le type de quarteronne; 1881-1887 – Vintage Black Beauties

Le terme Quarteron renvoie à chaque teinte de peau entre la noire et la blanche, qui chacune a eu son propre qualificatif. Dans les Antilles françaises, en Espagne, au Portugal, au Brésil et dans les États du sud des États-Unis, l’importance de l’origine raciale ne s’arrêtait pas à la première génération.

Le terme quarteron signifie que l’individu a un quart de sang noir et le terme octavon qu’il en a un huitième (les qualificatifs ont par exemple été utilisés concernant Alexandre Dumas père et fils). Le gouvernement colonial français à la fin du XVIIIe siècle inscrit à Saint-Domingue une soixantaine de combinaisons de blanc avec du sang nègre et a donné un nom à chacun.

  • Un enfant issu d’une union noir-blanc est un mulâtre (mulâtresse) c’est-à-dire un métis.
  • Un enfant issu d’une union mulâtre-blanc est un quarteron (quarteronne) soit ¼ de sang noir et ¾ de sang blanc.
  • Un enfant issu d’une union mulâtre-noir est un câpre (câpresse) ou un griffe (griffonne) soit ¼ de sang blanc et ¾ de sang noir
  • Un enfant issu d’une union quarteron-blanc est un octavon (octavonne). Soit 1/8 de sang noir et 7/8 de sang blanc

Plus le pourcentage de sang blanc dans les veines était important, plus on s’élevait dans les sociétés créoles, il n’en reste pas moins, que tant qu’un individu avait un soupçon de sang noir, il était considéré comme noir.

En Louisiane, le terme quarteron a été utilisé à tort pour couvrir la multitude de combinaisons entre le sang blanc et le sang noir.

Qu’est-ce qu’une placée ?

La vie d’une quarteronne, dans le monde créole, était perçue comme romantique avec toutes les tragédies liées à cet univers et, à certains égards, particulièrement agréables.  Bien sûr, tout le monde ne le voyait pas de cette façon, bien qu’il y ait de prime abord des femmes parmi les quarteronnes qui appréciaient l’existence qu’elles menaient.

Le statut des quarteronnes en Louisiane et dans les états du sud des états unis était assimilé au monde des placées, Femmes de couleurs libres entretenues par des Créoles blancs.

jim blanchard (South Rampart Street Residences

jim blanchard (South Rampart Street Residences

À La Nouvelle-Orléans où le système du plaçage était le plus élaboré et afin de sauvegarder les apparences dans la bonne société louisianaise, elles vivaient notamment dans de petites maisons dans les quartiers de Tremé et du faubourg Marigny, sur ou près de la rue des Remparts et étaient entretenues par des messieurs créoles bien connus.

Le Plaçage était un système extrajuridique reconnu, basé sur le concubinage, mis en place par la société blanche, il se pratiquait entre des femmes d’origine africaine, indienne et des Européens ou créoles d’ascendance française et espagnole essentiellement. Il pouvait aussi bien être conclu entre des blancs et des mulâtres que des blancs et des Noirs. Le terme vient de « la placer » en français signifiant « avec ». Les femmes n’étaient pas juridiquement reconnues comme des épouses, mais elles étaient connues sous le nom de placées, leurs relations étaient reconnues parmi les gens de couleur libres comme un mariage de la main gauche des plus respectables, quant aux créoles blancs, il était de bon ton pour eux d’avoir une placée pour assurer leur statut social. Beaucoup de quarterons étaient le fruit d’une relation entre un Européen et une mulâtresse.

Modesto Brocos: mulatres

Modesto Brocos: mulatres

En 1788, 1.500 femmes créoles de couleur et de femmes de race noire furent référencées comme vivant avec des hommes blancs sous la forme du système du plaçage, institution qui se développa à chaque génération et prospéra tout au long de la période coloniale française et espagnole, atteignant apparemment son apogée au cours de la dernière période, entre 1769 et 1803. Le plaçage ne se limita pas à la Louisiane, mais prospéra aussi dans les villes de Biloxi et de Natchez, et des régions du Mississippi, de Mobile, de l’Alabama, de St Augustine et de Pensacola, en Floride, ainsi que de Saint-Domingue. Il tira  toutefois sa renommée et sa notoriété, de son application ouverte à La Nouvelle-Orléans.

Le système du plaçage est né d’un manque d’accès aux femmes blanches. L’envoie dans les colonies d’épouses françaises nécessaires pour les hommes afin de permettre à la population de celles-ci de se développer fut un véritable dilemme. Persuader les femmes de suivre les hommes ne fut pas chose facile. Tout d’abord, la mère patrie recruta auprès des paysans puis elle instaura le système connu sous le nom de filles à la cassette, car ces jeunes filles recrutées et dotées par le roi,  avaient tous leurs biens dans un petit coffre pour aller s’installer dans les colonies. La quantité n’étant pas suffisante, la France envoya  également des filles condamnées avec leurs époux débiteurs, et en 1719. Désespérés des administrateurs coloniaux firent déporter 209 femmes criminelles (prostituées, voleuses), ce fut leur manière  de pousser les femmes à créer des familles et à s’installer dans la colonie.

Les relations interraciales eurent lieu dès l’instant où les Européens mirent les pieds dans le Nouveau Monde. Le mariage était interdit entre les races selon le Code Noir, ce qui n’empêcha pas les explorateurs français et espagnols de choisir  des compagnes parmi les femmes autochtones en Asie, en Afrique, en Amérique vivant avec elles sous forme de concubinage. Quant aux colons blancs, des fils de nobles, des militaires, des propriétaires des plantations, des marchands ou des administrateurs, ils n’hésitèrent pas à choisir parmi les femmes africaines, déportées comme esclaves. Elles  changeaient alors de statut et devenaient des tisanières (nom qu’elles obtinrent à   cause du prétexte de la tisane demandée au moment de se coucher et qui servait d’alibi pour d’autres activités plus charnelles) soit leurs concubines.

Les hommes européens au cours de cette période n’envisageaient le mariage qu’au début de la trentaine, et les rapports sexuels sans le mariage avec une femme de leur condition étaient inconcevables.

Signares du Saint-Louis du Sénégal

Signares du Saint-Louis du Sénégal

Ce fut à Saint-Domingue que ces relations palliatives au manque de femmes prirent tout d’abord un aspect pratique avant que de prendre un caractère plus familial. Les Planteurs français de cette colonie, généralement aristocrates, avaient depuis longtemps pris de belles esclaves pour en faire leurs maîtresses. Ils choisissaient soigneusement leurs concubines à des fins de reproduction, ce principe, qui avait pour alibi la multiplication du cheptel des esclaves, devint dès lors un comportement acceptable. Il fut donc considéré comme normal, qu’un homme blanc prenne une esclave, dès l’âge de douze ans, comme maîtresse.

Johann Moritz Rugendas

Johann Moritz Rugendas

Ces esclaves venaient des comptoirs français d’Afrique, ceux de Saint-Louis au Sénégal étaient considérés comme un beau peuple avec des cheveux noirs soyeux et de beaux traits rectilignes, alors que ceux de La Côte-de-l’Or étaient qualifiés de noirs et de féroces et ceux du Dahomey de couleur de tabac étaient perçus comme avoir un naturel plus doux. Par un processus de reproduction sélective, les Français (et dans une moindre mesure les Espagnols) avaient produit à Saint-Domingue un type de belles femmes exotiques aux visages symétriques et gracieux, aux petites mains et aux pieds délicieusement ciselés. Ces femmes, le plus souvent belles, gagnèrent le surnom de « Sirènes ». Au cours de la révolte des esclaves à Saint-Domingue, les planteurs fuirent vers la Louisiane emmenant leurs maîtresses et leurs enfants. Ce furent les filles de ces femmes et les filles de leurs filles qui furent appelées Quarteronnes bien que beaucoup d’entre elles n’aient plus que 1/64 de sang noir.

Au fil du temps, le principe de ces relations évolua, des enfants vinrent à naître et les pères, parfois, les émancipaient et les autorisaient à prendre leurs noms.

Lorsque les hommes créoles atteignaient un âge où ils étaient censés se marier, certains se contentaient de maintenir leurs relations avec les placées. Ainsi, un créole riche pouvait avoir non pas une, mais deux familles, une femme blanche de son statut à laquelle il était légalement marié, et une autre, une femme de couleur, qui lui était fidèle jusqu’à la mort et avec laquelle il avait contracté un contrat de plaçage. Il n’était pas inhabituel pour un créole riche de vivre principalement en dehors de La Nouvelle-Orléans sur une plantation avec sa famille blanche, tout en ayant une deuxième adresse à la ville utilisée pour le divertissement et la socialisation avec l’élite blanche, alors que sa placée et leurs enfants vivaient dans une maison qu’il avait fait construire ou achetée à La Nouvelle-Orléans, et de ce fait participer à la société créole de couleur.

Les enfants, issus du plaçage, devinrent le noyau d’une nouvelle classe sociale, celle des hommes de couleur libres ou de gens de couleur en Louisiane. Elle se développa avec les vagues de réfugiés et d’immigrants en provenance de Saint-Domingue et d’autres colonies francophones. Elle forma, petit à petit une caste de la société à part, celle des Créoles de couleur, ne se considérant ni blanc ni noir, au sein de la société américaine, certains d’entre eux furent même propriétaires d’esclaves et de plantations.

Contrairement aux idées reçues, les placées n’étaient pas et ne devenaient pas des prostituées. Bien sûr pour des raisons morales ou financières les adversaires du plaçage, comme les femmes blanches aigries, les enfants légitimes, les parents, d’anciens participants, de célèbres voyageurs, des religieux et des militants sociaux et même l’industrie du sexe de La Nouvelle-Orléans tentèrent de capitaliser ou de promouvoir cette vision de cette forme de mariage.

Les Quarteronnes ne choisissaient pas de vivre en concubinage, c’était leur façon de survivre.

placée de la Nouvelle-Orléans

placée de la Nouvelle-Orléans

À peine pubères,  elles étaient officiellement présentées par leurs mères, lors d’un bal devenu célèbre, aux créoles, qui, eux mêmes, amenaient leur fils légitimes. Cette présentation très codifiée aboutissait à un contrat dans lequel était inscrit la rente décidée, la maison et les esclaves pour la future placée. Elles vivaient ensuite dans la respectabilité et élevaient leurs enfants pieusement, leur pères les envoyaient souvent à l’étranger pour être éduqués. Bien que leurs maisons étaient traditionnellement peu impressionnantes, elles avaient donc des esclaves, d’excellents cuisiniers, des femmes de chambre pour les habiller et les coiffer, ainsi que des garçons coursiers. Ces derniers allaient chercher des fruits et des vins au marché français, des métrages de soie et des fils correspondants sur la rue Royale, et courraient à la pâtisserie pour les petits fours quand « Missieu » venait pour le thé.

Certaines de ces quarteronnes étaient chéries par les hommes les plus riches, les plus honorables et les plus influents de la ville au point d’avoir quantité de bijoux et d’argent à la banque.

Mais leur vie n’était pas aussi enviable que cela.

En 1788, le recensement qui montra que quinze cents femmes de couleur célibataires et libres vivaient dans de petites maisons près des remparts, incita une ordonnance, document extraordinaire, du gouverneur espagnol, don Miro. L’ordonnance décréta que pour les Femmes de couleur,  sortir de ce périmètre en portant de la soie, des bijoux, ou des plumes serait désormais une infraction. Le seul couvre-chef qu’elles pourraient arborer serait un foulard de madras torsadé autour de la tête et noué sur le dessus connu sous le nom de tignon.

Jacques Guillaume Lucien Amans (créole au tignon rouge

Jacques Guillaume Lucien Amans (créole au tignon rouge

Aussi, s’il venait à l’idée d’une quarteronne de descendre la rue des remparts dans une robe de soie brillante, ou avec des plumes dans son chapeau, ou d’allait au marché avec une bague en diamant à son doigt, une femme blanche pouvait la faire fouetter comme une esclave. Pour une faute insignifiante, les coups de fouet étaient de suite administrés dans le calabozo (prison du Cabildo). Naturellement, quand le mari d’une femme blanche en entendait parler, il payait, arguant la méprise, afin de protéger sa placée. Ce fut peut-être pour cette raison que la loi a été rarement appliquée. Une autre raison était que les quarteronnes étaient prudentes et irréprochables. Dans la journée, elles portaient des robes en cotonnade. La nuit, elles portaient des robes décolletées de soie et de satin, et la sensualité alors émanait d’elles comme une brume tropicale. Leur comportement diurne ne rassurait en rien les femmes blanches, mais elles ne pouvaient guère faire grand-chose.

 » Le mythe de la quarteronne, en tant que courtisane de couleur, émergea à La Nouvelle-Orléans dans la première moitié du XIXè siècle, tout juste après la vente de la Louisiane. Le mythe vit le jour lors du boum économique qui fit de La Nouvelle-Orléans l’un des ports les plus actifs du monde – réussite économique qui aida, par la force des choses, à créer et à répandre le mythe – où les hommes venaient trouver du travail et « conter fleurette ». Dixit Christian HOMMEL

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pla%C3%A7age

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gens_de_couleur_libres

http://en.wikipedia.org/wiki/Free_people_of_color

http://www.frenchcreoles.com/CreoleCulture/quadroons/placage%20and%20Creole%202010.html

romans: LES QUARTERONNES DE LA NOUVELLE-ORLÉANS. PAR LOUISE RAYMOND.

http://www.centenary.edu/french/quarter/index.html

2 réflexions sur “le système du plaçage

  1. Pingback: Marie Laveau, une sorcière pas comme les autres | franz von hierf

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