1717 à 1728 La fondation de la Nouvelle-Orléans.

1717. Une compagnie devint maîtresse de la Louisiane comme concessionnaire. C’est la compagnie d’Occident, d’où est sortie celle des Indes. Elle prit possession de la colonie par la nomination de Bienville au gouvernement et l’envoi de trois bâtiments chargés de colons et de soldats, en tout huit cents hommes.

frontispice de la compagnie d'occident

frontispice de la compagnie d’occident

1718. Cette compagnie, création du fameux financier Law, devait transporter en Louisiane six mille blancs et trois mille nègres* pendant la durée de son privilège, qui était de vingt-cinq ans. À ces conditions lui était réservé le commerce exclusif de la colonie et celui des pelleteries du Canada. Les terres, les ports, les îles de la Louisiane lui étaient cédés; elle pouvait faire la paix ou la guerre avec les Indiens, bâtir des forts, équiper des bâtiments, nommer des officiers civils, exploiter les mines et aliéner les terres de sa concession.

Casimir Balthazar (John Law)

Casimir Balthazar (John Law)

Pour mettre cette machine en mouvement, Law créa des actions de cinq cents livres chacune, dont la valeur était fournie en billets d’état payables au porteur, et que l’on pouvait négocier, acheter ou vendre. En peu de temps, ces actions furent portées à cent millions, dont la valeur était hypothéquée sur les terres du Mississippi, qu’on vendait à bas prix, en quantité immense. De grands propriétaires arrivèrent en Louisiane, où ils croyaient trouver les trésors du Pérou; mais la vue de Biloxi et de l’île Dauphine, rivages stériles, où tous les besoins se faisaient sentir, remplit leur cœur d’amertume. Un grand nombre de colons périrent après leur arrivée; ceux qui survécurent eurent mille peines à se rendre à Pascagoula, Bâton-Rouge, Natchitoches, aux bords de l’Arkansas, de l’Ohio, de l’Illinois, où ils devaient s’établir.

On regardait déjà le Mississippi comme le centre de la colonie française. Bienville choisit sur la rive gauche de ce fleuve l’emplacement d’une ville pour en faire la capitale de la Louisiane. Il y laissa cinquante charpentiers chargés des défrichements et de la construction de quelques cabanes.

new-orleans

Tels furent les commencements de la Nouvelle-Orléans, ainsi nommée en l’honneur du duc d’Orléans, régent de France sous la minorité de Louis XV. L’agriculture se réveilla parmi les grands concessionnaires; partout se formaient des établissements agricoles où l’on cultivait le riz, le tabac, l’indigo et le coton. Mais les cultivateurs, trop disséminés pour pouvoir se communiquer leurs vues et leurs découvertes réciproques, ne pouvaient faire que peu de progrès. L’immigration ne s’arrêtait pas. Archambault, directeur général de la compagnie et Joseph Le Moyne de Sérigny, frère de Bienville, amenèrent avec eux un grand nombre de colons, mais la guerre entre la France et d’Espagne vint paralyser les accroissements de la colonie.

1719. Bienville attaqua Pensacola, dont il s’empara sans coup férir. Il n’y laissa que deux cents hommes sous les ordres Antoine Le Moyne de Châteauguay. Quelques jours après, elle fut reprise par un armement de dix-huit cents hommes, venu de la Havane. Antonio de Mendieta, qui le commandait, enhardi par ce succès, se crut assez fort pour conquérir toute la Louisiane; il assiégea les forts de la Mobile et de l’île Dauphine, d’où il fut repoussé avec perte. Une escadre française commandée par Gilles-Charles des Nos, comte de Champmeslin étant arrivée, Bienville marcha de nouveau sur Pensacola. Il s’avança par terre, à la tête de trois cents hommes, pendant que de Champmeslin devait attaquer par eau. Le fort de cette place ne tira pas un seul coup. L’escadre espagnole se défendit avec vaillance; ce qui ne l’empêcha pas d’être capturée, ainsi que la ville où l’on fit dix-huit cents prisonniers. Les vainqueurs ne perdirent que six hommes. Deux navires espagnols destinés à approvisionner la ville entrèrent dans Pensacola, où Bienville avait laissé flotter le pavillon castillan, pour les attirer. Deux ans plus tard, la paix rendit Pensacola à l’Espagne.

Prise de Pensacola gravure de Nicolas Ponce (1784)

Prise de Pensacola gravure de Nicolas Ponce (1784)

Bienville voulait transporter le siège du gouvernement à la Nouvelle-Orléans; Marc-Antoine Hubert, chef du conseil, penchait en faveur des Natchez. Archambault, l’emportant sur eux, le fit établir à Biloxi; choix malheureux qui retarda encore les progrès de la colonie.

1720. La compagnie d’Occident, s’étant accrue de celle d’Orient, obtint de la régence de ne plus laisser transporter des condamnés à la Louisiane, dont ils corrompaient les pauvres habitants et les nègres*. Malgré les guerres des Chickasaw, les établissements de Natchitoches et de l’Illinois prospéraient. Cinq cents nègres* arrivaient d’Afrique; près de douze cents personnes, colons, ouvriers, soldats, ou filles de la Salpêtrière, venaient habiter les belles terres de la Louisiane.

1721. La disette, qui se fit bientôt sentir, occasionna des désertions, des révoltes, des massacres. On attendait des provisions de France; il arriva quinze cents individus français, allemands, nègres*, et quatre-vingts filles de la Salpêtrière. Bienville envoya à Saint-Domingue un navire chercher des provisions.

1722. Quelque temps après, la nouvelle de la banqueroute de Law remplit d’amertume la colonie entière.

la banqueroute de John Law

la banqueroute de John Law

Duvergier fut nommé à la fois, par la compagnie, directeur-ordonnateur commandant de la marine et président du conseil. Au lieu d’améliorer la colonie, il s’occupa de l’étendre, contre l’avis de Bienville. Jean-Baptiste Bénard de La Harpe voulant former un établissement à la baie de Saint-Bernard, dut abandonné le projet devant l’opposition des Indiens. Bientôt survinrent trois commissaires: Faget, Ferrand et Machinet, nommés par le régent. Ils divisèrent la Louisiane en neuf cantons, qui furent la Nouvelle-Orléans, Biloxi, Mobile, les Alibamons, les Natchez, les Natchitoches, les Yasous, les Arkansas et les Illinois. Chaque canton fut pourvu d’un juge du ressort du conseil supérieur de la colonie.

Les commissaires rendirent à Bienville la présidence du conseil, et d’après son avis, ordonnèrent que le siège de la Louisiane fut transporté à la Nouvelle-Orléans. Cette ville renfermait alors une centaine de cabanes disposées sans ordre, trois ou quatre maisons habitables, un grand magasin en bois, une petite chapelle, et deux cents habitants.

Mille nègres* arrivèrent, suivis de deux cent cinquante Allemands. Les commissaires avaient fixé à 176 piastres le prix d’un esclave, payables en trois ans, en tabac ou en riz; à 3 piastres le baril de riz; à 6 piastres et 50 cents le tabac; 6 piastres la barrique de vin; et 30 piastres le tierçon d’eau de vie.

Les Allemands établis sur les rives de l’Arkansas, dans les terres de Law, se voyant abandonnés, descendirent à la Nouvelle-Orléans dans l’intention de retourner dans leur pays. Bienville les engagea à rester, et leur donna des terres sur la rive du fleuve, connue aujourd’hui sous le nom de Côte des Allemands.

1723. Un ouragan terrible désola la colonie depuis le 11 septembre jusqu’au 16, détruisit le riz, le maïs, et renversa la Nouvelle-Orléans, qui s’était beaucoup embellie. Mais le riz dispersé par les vents poussa et donna une seconde, récolte. À cette nouveauté, les habitants reconnurent la fertilité de la terre qu’ils habitaient.

Les Natchez attaquèrent sans succès la colonie de fort Rosalie. La disette qui se fit sentir exaspéra une compagnie d’infanterie, embarquée à Biloxi pour la Nouvelle-Orléans, au point qu’elle s’empara du bâtiment et fit voile, pour Charleston, avec armes et bagages. Des forts furent construits sur les rives du Tombeckbee et de l’Alabama, pour contenir les Chactas et surtout les Alibamons, dont l’amitié n’était pas sincère.

1724. la population de la Louisiane s’élevait à cinq mille personnes, dont treize cents nègres* ; celle de la Nouvelle-Orléans à seize cents individus. On expulsa les Juifs.

1725. Il fut défendu, sous, peine de mort, de tuer l’animal d’un autre, et le sien propre, sous peine d’une amende de 60 piastres. On donnait donc à la vie d’une bête la valeur de la vie humaine.

1728. Étienne Périer de Salvert succéda à Bienville, qui partit pour la France, après un séjour de vingt-neuf ans en Louisiane.

faubourg Sainte-Marie

faubourg Sainte-Marie

Cependant, l’agriculture avait fait quelques progrès : l’indigo était désormais cultivé, conjointement avec le riz et le tabac; les habitations s’étaient enrichies des figuiers de la Provence et des orangers de Saint-Domingue. La terre, d’une valeur auparavant méconnue, augmentait d’autant plus de prix, que l’on commençait à s’en disputer la possession. Le conseil supérieur annula les droits aux terres vacantes, dont la concession datait d’une époque antérieure au 31 décembre 1723. Il enjoignit à tous les propriétaires de produire leurs titres, et de déclarer la quantité de terre possédée et défrichée par eux, sous peine d’éviction. Il fixa à vingt arpents de face au fleuve la part de chaque cultivateur, et plus même s’il les avait améliorés et il ordonna la confection des chemins et des levées, et permit la chasse et la pêche. À cette époque la colonie ne comptait que huit cents hommes de garnison; force peu imposante pour une étendue de pays si considérable, entourée de tribus belliqueuses, et la plupart ennemies.

 Les termes ayant une * ont été gardés pour rester dans le ton du texte source.

d’après Histoire de la Louisiane par victor Debouchel

http://books.google.ca/books?id=USYVAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

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