Mère Marie de Saint-Augustin Tranchepain

 

De son vrai nom Catherine Tranchepain, issue d’une famille fortunée, Marie Tranchepain est née vers 1680, dans la province de Normandie, à Rouen, dans une famille huguenote protestante. Malgré l’opposition de ses parents, elle abjura en 1702, la religion réformée pour embrasser le catholicisme et entra dans l’Ordre de Sainte-Ursule à Rouen, en 1699.

Cet ordre nommé avait été fondé par Saint Maria Merici en Italie, en 1565, comme un ordre de religieuses dédié à l’éducation des filles pauvres. Il est apparu en France, en 1586 et fut actif presque dès le début. Il a été appelé «le plus ancien et le plus important ordre pour l’enseignement de l’Eglise catholique romaine. »

La Louisiane à l’époque était la propriété de la Compagnie des Indes, un accord fut passé à Paris entre la Compagnie des Indes et sœur Catherine de Bruserby de Saint-Amand, première supérieure des ursulines de France. Ce «traité» signé par la société et approuvé par le roi Louis XIV, le 18 septembre 1726, accordait à un groupe de religieuses de cet ordre de s’installer à La Nouvelle-Orléans et d’assurer le fonctionnement d’un hospice pour les pauvres et les malades et d’un établissement d’éducation pour les jeunes filles.

En 1726, le révérend père Nicolas-Ignace de Beaubois, jésuite, ancien desservant de la mission des Illinois, vicaire général de l’évêque de Québec et supérieur général des Missions de la Louisiane chercha des postulantes pour la mission de la Louisiane.

Sœur Marie Tranchepain se porta volontaire et proposa ses services, ainsi que deux autres sœurs Ursulines de son couvent. La société finale fut composé de huit religieuses, une novice et deux postulantes. Toutes reconnurent comme supérieure de la future communauté louisianaise la mère Marie Tranchepain de Saint-Augustin

La petite communauté s’embarqua pour le Nouveau Monde du port de Lorient sur le navire ​​la « Gironde » le 22 février 1727. En plus de dame Tranchepain le petit groupe se composait de  sœur Marguerite Jude de Saint-Jean-1’Evangé-liste, de Rouen ; sœur Marie-Anne Boullenger de Sainte-Angélique, de Rouen ; sœur Madeleine de Mahieu de Saint-François-Xavier, du Havre ; sœur Renée Guignel de Sainte-Marie, de Vannes ; sœur Marguerite de Talaon de Sainte-Thérèse, de Ploërmel ; sœur Cécile Cavelier de Saint-Joseph, d’Elbeuf ; sœur Marie-Anne Dain de Sainte-Marthe, d’Hennebont ; soeur Marie-Madeleine Hachard de Saint-Stanislas, novice ; sœur Claude Massy, séculière de chœur ; sœur Anne, séculière converse. Deux jésuites, le père Tartarin et le père Doutrelau, et un convers, le frère Crucy, accompagnaient les religieuses.

Il leur fallut cinq longs mois avant de voir le fleuve Mississippi. Le navire, un lourd navire, s’échoua avant d’atteindre le port, et pendant tout le voyage les marins furent contraints par des vents contraires ainsi que plusieurs tempêtes, toutes les religieuses souffrir du mal de mer. Les moutons et les poulets amenés à bord comme nourriture avaient été rapidement trouvés étouffés dans la cale et avaient dû être jetés par-dessus bord. Les religieuses en ont été réduites à manger du riz, de la viande et des haricots cuits dans du saindoux rance.

Dame Tranchepain malgré tous ses malheurs entretint par sa gentillesse le courage et le moral de son petit troupeau, en particulier celui les postulantes, et par ses exigences maintint le traitement et le respect approprié de la part du capitaine et de l’équipage.

Deux fois le navire fut menacé par des pirates, mais s’en sortit indemne. Vers la côte de la Louisiane le navire s’échoua près de l’île Dauphine à deux reprises et se libéra seulement par le largage du canon, des barils d’eau de vie et du sucre ainsi que d’autres marchandises.

L’eau était devenue si rare que les religieuses furent limitées à un demi-litre par jour. Enfin, le navire a accosté à La Balize fort situé à la « tête de passes » du fleuve Mississippi.

Les passagères enfin arrivées se reposèrent à terre pendant une journée, puis furent chargés dans deux pirogues et un sloop pour le voyage en amont de la Nouvelle-Orléans, parce que le navire retournait en France.

Les religieuses assises au sommet de leur matelas et de leurs coffres entamèrent le voyage, qui devait durer neuf jours. Les embarcations luttèrent contre le fort courant de la rivière, et la progression était lente. Chaque nuit se passait à terre, les religieuses sur leurs matelas, souvent dans la boue et les ronces luttaient contre les piqûres de nuées de moustiques. Deux fois, elles subirent des pluies torrentielles.

Elles arrivèrent débraillées dans cette lutte pour atteindre leur port d’arrivée, et mirent pied-à-terre sur le quai de la Nouvelle-Orléans à 5 h le 6 août 1727. À cette heure matinale, il n’y avait personne pour les accueillir et Mère Tranchepain s’engagea avec sa communauté dans la rue principale. Le Père Beaubois fut convoqué à la hâte et les amena à sa résidence pour le petit déjeuner.

L'arrivée en Nouvelle-France de la communauté religieuse des Ursulines en 1639

L’arrivée en Nouvelle-France de la communauté religieuse des Ursulines en 1639

Une fois que l’administration de la colonie fut réveillée les religieuses furent menées dans leur quartier, qui s’avéra être la maison de la concession Sainte-Reyne, louée pour les religieuses par la Compagnie des Indes au concessionnaire, M. Kolly. Mitoyenne d’une propriété de Bienville, cette demeure devait abriter la communauté en attendant la construction, sur les plans de Pauger revus par l’architecte Alexandre de Batz et approuvés par l’ingénieur en chef Ignace-François Broutin, du couvent projeté depuis un an. Dame Tranchepain demanda avec sa vigueur habituelle le couvent promis. Une petite chapelle fut mis en place pour la célébration de la messe. Après avoir inspecté l’hôpital pour les soldats, elle ordonna que l’ont en bâti un plus grand et exigea du gouverneur deux serviteurs pour les tâches ménagères.

Elle obtint un bâtiment pour une école pour jeunes filles, qui fut ouverte en Novembre. En 1728, elle rapporta qu’elle avait 16 pensionnaires, sept négresses et 25 étudiantes par jour. En plus des matières scolaires, les élèves apprennent à tricoter, à coudre et à réparer leurs propres vêtements.

Peu de temps après l’arrivée des nonnes à la Nouvelle-Orléans la rébellion des Indiens Natchez éclata, et la garnison française fut anéantie. Un grand nombre d’orphelins furent secourus et dame Tranchepain demanda de prendre soin d’eux. Elle créa un orphelinat où les enfants abandonnés furent pris en charge sans frais pour la Compagnie des Indes.

Les religieuses reçurent toutefois une allocation de 500 livres par an pour leur travail de bienfaisance. Leurs jours étaient remplis à soigner les malades et les blessés à l’hôpital, à l’enseignement à l’école, à s’occuper des orphelins et à fournir un réconfort bien nécessaire pour les femmes et les filles souvent négligées de la colonie.

En raison de leurs longues heures de travail et l’exposition fréquente à la maladie, les religieuses étaient souvent malades. Mère Tranchepain fut l’une de celles-ci. Usée par ses travaux et ses responsabilités, elle décéda le 11 novembre 1734. L’ensemble des représentants du gouvernement de la colonie, y compris le Régiment de la Louisiane, assistèrent à la messe des funérailles.

Par sa vigilance, son courage et sa clairvoyance, elle guida son troupeau à travers les dangers et les difficultés à une époque où la Louisiane était encore sauvage.

Son héritage fut le premier couvent de religieuses à être établi sur le territoire de ce qui est maintenant les États-Unis, et des centaines d’étudiants de la Louisiane ont été formés par ses sœurs et de leurs successeurs.

couvent des ursulines de la nouvelle orléans

couvent des ursulines de la nouvelle orléans

ANNEXE

religieuses ayant navigué de L’Orient à La Nouvelle-Orléans:

Mère Marie de Saint-Augustin Tranchepain de Rouen.
Soeur Jude de Saint Jean l’Evangéliste de Rouen.
Sœur Marie Anne Boulenger de Sainte Angélique de Rouen.
Sœur Marie de Mahieu de Saint-François-Xavier de LaHavre.
Sœur Renée Guiquel de Sainte-Marie de Vannes.
Sœur Cécile Cavalier de Saint-Joseph de Elbeuf.
Sœur Marie Ann Dain de Sainte Marthe de Hennebon.
Sœur Marguerite de Salaon de Sainte Thérèse de Ploermel.
Novice Marie Madeline Hacard de Saint Stanislas de Rouen.
Postulante Claudine Massey (pas la ville la liste).
Postulante Anne Marie (pas la ville la liste).
(Plus deux serviteurs).

 

Source :

Truman Stacey

Maurice Denuzière

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