1765 à 1769 La Louisiane devient espagnole.

le traité de Paris de 1763

le traité de Paris de 1763

Par le traité de Paris, le Mississippi, la rivière d’Iberville, les lacs Maurepas, Pontchartrain et Borgne, devaient former la ligne de démarcation, entre les possessions françaises et anglaises. La navigation du Mississippi, depuis ses sources jusqu’à son embouchure, était ouverte aux sujets des deux nations, et les navires de chacune d’elles exempts de visites et de droits de douane. Un sixième de la Louisiane se trouvait ainsi détaché, et le Canada était en entier cédé à l’Angleterre.

Tels furent les résultats de la fameuse guerre de 1756, qui valut aux Anglais la partie la plus peuplée des possessions transatlantiques de la France, en compensation, elle produisit le germe qui devait donner naissance aux États-Unis.

Chief Pontiac rallies his warriors

Chief Pontiac rallies his warriors

On connaît la différence que les Indiens établissaient entre les Français et les Anglais. Lorsque le Canada eut été conquis par ces derniers, Pontiac, sachem des Ottawa, fit une guerre acharnée aux ennemis de la France, et rassembla contre eux plus de vingt mille guerriers. Il enleva neuf forts aux Anglais. Ceux-ci, désespérant de les ramener à des dispositions pacifiques, choisir un moyen expéditif de terminer une guerre, ils firent assassiner le sachem. Quand les autres tribus indiennes, amies de la France, qui habitaient les territoires de Bâton Rouge, de Natchez et de la Mobile, virent leur pays soumis à l’Angleterre, ils l’abandonnèrent tous et arrivèrent à la Nouvelle-Orléans. Touché de ces marques d’amitié, Louis Billouart, chevalier de Kerlerec alors gouverneur leur donna des terres à l’ouest, du fleuve, mais le roi de France, désapprouvant une conduite signalée sans doute par le cabinet de Saint-James, le rappela et le fit enfermer à la Bastille. Kerlerec mourut de chagrin peu de temps après son élargissement.

Louis Billouart, chevalier de Kerlerec

Louis Billouart, chevalier de Kerlerec

Ce qui mit le comble à l’incompétence du gouvernement français, fut un article secret du dit traité qui abandonnait à l’Espagne le reste de la Louisiane.

1765. C’était bien assez pour les Louisianais d’avoir à gémir sur leur séparation d’avec leurs frères de Biloxi, de Mobile, de Bâton-Rouge, de Natchez et de l’Illinois, sans qu’on leur réservât encore une coupe plus amère. La publication par Jean-Jacques Blaise d’Abbadie, qui avait succédé à Kerlerec, de la lettre royale contenant le traité de cession, combla la mesure de leur désespoir.

Tous les travaux furent abandonnés, on convoqua une assemblée à laquelle assistèrent les habitants les plus influents de la colonie. Nicolas Chauvin de Lafrénière, avocat général, dans une improvisation éloquente, engagea le peuple à porter au pied du trône ses justes réclamations. Cette mesure fut adoptée à l’unanimité. Jean Milhet, le plus riche négociant de la ville, fut chargé de cette mission importante.

Agé de quatre-vingt sept ans, Bienville vivait encore. Le démembrement et la cession de la Louisiane, sa terre d’adoption, dans laquelle il avait passé ses plus belles années, avaient rempli son cœur d’amertume. Il présenta Milhet au duc de Choiseul, qui pouvait tout sur le monarque, mais ce ministre était l’auteur de la cession. S’il fit au représentant de la Louisiane un accueil gracieux, il trouva le moyen de faire avorter toutes ses démarches. Milhet n’eut jamais accès auprès du roi, et le but de la mission fut manqué.

Adélaïde Labille-Guiard: Portrait du duc de Choiseul

Adélaïde Labille-Guiard: Portrait du duc de Choiseul

Pendant que Louis Groston de Bellerive de Saint Ange quittait le fort de Chartres de l’Illinois pour aller fonder la ville de Saint-Louis, sur les rives du Mississippi, une pénurie terrible se faisait sentir dans toute la Louisiane. C’était la triste conséquence d’un système de papier-monnaie mal administré et trop prodigue. L’industrie, le commerce, l’agriculture éprouvaient une gêne que seule la France pouvait faire disparaître. Persuadés de l’heureux succès de leur députation, les Louisianais avaient encore chargé Milhet de dérouler aux yeux des ministres le tableau de leur détresse pécuniaire. Trois ans s’étaient écoulés depuis le traité de Paris, et il y avait déjà deux ans que d’Abbadie avait reçu l’ordre de remettre la Louisiane à l’officier espagnol qui viendrait en prendre possession. Il ne s’était encore présenté personne. Le roi d’Espagne aurait-il renoncé au traité de cession? Tel était l’espoir dont les Louisianais aimaient à se bercer, quoique Milhet les eût déjà avertis du mauvais succès de son entreprise.

Toutes les espérances s’évanouirent à la réception d’une lettre de don Antonio de Ulloa au conseil supérieur. Cet officier, nommé gouverneur de la Louisiane par Charles III, était chargé d’en prendre possession. Il débarqua à la Nouvelle-Orléans avec deux compagnies d’infanterie. Les habitants lui firent l’accueil le plus froid et ne furent pas peu surpris d’apprendre qu’il refusait d’exhiber ses lettres de pouvoir. On le vit d’un œil indifférent, parce qu’il n’était pas à craindre, parcourir les campagnes, construire quelques petits forts, l’un près de la rivière d’Iberville, l’autre vis-à-vis Natchez, un autre sur la rive gauche de la Rivière-Rouge.

Almirante Antonio de Ulloa

Almirante Antonio de Ulloa

1767. Les ravages de la fièvre jaune, qui paraissait pour la première fois et qu’on attribua à la présence des Espagnols, et surtout le retour de Milhet qui éteignit la dernière lueur d’espérance, exaspérèrent les Louisianais, au point qu’ils manifestèrent hautement un esprit d’insurrection. Le conseil supérieur exigea d’Ulloa l’exhibition de ses pouvoirs de la cour d’Espagne, il s’y refusa encore. Les éléments même semblaient concourir à l’aigreur des Louisianais.

1768. Un hiver rigoureux couvrit de glace les bords du fleuve, et fit périr tous les orangers. Des assemblées se tenaient partout, où la haine contre l’Espagne éclatait à pleine voix. Une convention générale, convoquée à la Nouvelle-Orléans, où toutes les paroisses envoyèrent leurs représentants, soumit au conseil supérieur une pétition revêtue de cinq cent soixante signatures, pour le renvoi d’Ulloa et de ses Espagnols.

D’Abbadie vint à mourir, il venait d’avoir 39 ans. Charles Philippe Aubry, le remplaça au gouvernement de la colonie et se couvrit de blâme par sa complaisance envers les Espagnols. On ne pouvait concevoir qu’un gouverneur français pût se soumettre à un chef étranger, qui n’avait pas produit ses lettres de créance. En cela les Louisianais avaient tort. Ulloa avait donné connaissance de ses pouvoirs à Aubry, à la Balize. Mais leurs ressentiments contre ce dernier furent justes, lorsque à la sollicitation du général espagnol, il eut accablé de vexations quelques colons qui ne le méritaient pas.

Lafrénière, à la tête de tous les mouvements, présenta au conseil la pétition des habitants. Denis-Nicolas Foucault, ordonnateur de la province, fit déclarer Ulloa agitateur public, et sujet comme telle à être poursuivi en justice. En vain celui-ci allégua-t-il que la cession de la province lui avait été faite à son arrivée par Aubry, qui l’affirmait. On n’ajoutait pas plus foi à l’un qu’à l’autre, tous deux étaient également méprisés.

L’obstination invincible d’Ulloa finit par convaincre les Louisianais, que le roi d’Espagne avait renoncé à la possession de leur pays, leur audace s’en accrut d’autant plus. Ils ne songèrent plus qu’à chasser les Espagnols de force. Elle se changea en désespoir lorsqu’ils apprirent qu’un armement formidable, destiné contre eux, venait d’entrer à la Havane. On prit des mesures énergiques pour repousser les envahisseurs. On sollicita l’appui de l’Angleterre auprès du gouverneur de Pensacola, qui le refusa. On dit même qu’il envoya le message à Aubry, et que celui-ci le transmit à Ulloa.

Enfin, le conseil supérieur de la colonie statua sur la pétition des habitants. À la voix de Lafrénière, qui déclara qu’un roi n’avait pas le droit d’aliéner les domaines de sa couronne, et cita à l’appui de cette assertion l’exemple des Bourguignons, s’opposant à la prise de possession de leur pays par l’Espagne, à qui François 1er l’avait cédé, le conseil enjoignit à Ulloa, nonobstant les protestations d’Aubry, d’avoir à produire ses lettres de créance du roi d’Espagne, pour les faire enregistrer et promulguer dans toute la province, ou à quitter le pays dans un mois. Cette déclaration était appuyée de plus de six cents baïonnettes.

On conçoit peu l’obstination de cet homme qui préféra s’éloigner, plutôt que d’exhiber ses pouvoirs. Lorsque le vaisseau où il avait pris passage, amarré encore à la levée, n’attendait plus qu’un vent favorable pour partir, une bande joyeuse de jeunes gens échauffés par le vin, au sortir d’un festin de noces, se porta sur la levée, coupa les câbles du bâtiment qui s’en fut en dérive. Leurs adieux et leurs cris de joie le suivirent quelque temps sur les eaux. Cette démarche imprudente, que les autorités n’auraient pas permise, coopéra peut-être innocemment à l’effusion du sang des plus fermes soutiens de la Louisiane.

Une nouvelle assemblée se réunit après son départ afin de réfléchir aux moyens de présenter au roi de France une seconde supplique des habitants de la Louisiane monsieur de Sainte-Lette, négociant des Natchitoches, et Julien Le Sassier  membre du conseil supérieur furent choisis pour cette députation. Le mauvais temps les retint trois mois en mer, aussi n’arrivèrent-ils à Paris qu’après le message de la cour d’Espagne, qui faisait connaître à celle de Versailles la conduite des Louisianais à l’égard des Espagnols.

1769. Monsieur de Bienville n’était plus. Choiseul, toujours au ministère, revit avec joie son ancien condisciple de Sainte-Lette, mais repoussa avec humeur le message dont il était chargé.

« – Il est trop tard – lui dit-il – le roi d’Espagne a déjà envoyé des forces nécessaires pour surmonter tous les obstacles et prendre solennellement possession du pays ». Pour le consoler, il lui donna un emploi lucratif dans les Grandes Indes.

Mais un dernier acte de l’administration française pourvoyait à la situation financière de la Louisiane. Le gouvernement retirait tout le papier, réduit aux trois cinquièmes de sa valeur primitive, et, ne pouvant payer la somme, l’augmentait tous les ans de cinq pour cent d’intérêt.

Cependant, le retour de Le Sassier avait détruit jusqu’à la dernière espérance. Des bruits sourds et alarmants, au sujet de l’armement espagnol, circulaient partout et répandaient l’épouvante. Un jour une lettre de Bordeaux amena la nouvelle que la France allait conserver la Louisiane. Le lendemain on apprit l’arrivée d’O’Reilly à la Balize, à la tête d’une armée de quatre mille cinq cents hommes. La ville entière était dans la stupeur. Les uns parlaient de transporter ailleurs leurs pénates, le plus grand nombre voulait repousser la force par la force.

Alejandro O'Reilly

Alejandro O’Reilly

Une dépêche d’O’Reilly annonça aux habitants qu’il ne venait pas les molester, mais prendre seulement possession du pays au nom du roi son maître. Lafrénière, Jean-baptiste Antoine Gault de Grandmaison et Mazent, choisis par le peuple, se rendirent auprès de lui, pour lui apprendre la résolution des Louisianais, qui, décidés à abandonner leurs foyers, ne demandaient que deux ans pour effectuer leur retraite.

O’Reilly les accueillit avec bienveillance, les rassura, leur promit l’oubli du passé et l’administration la plus paternelle et la plus douce, s’ils voulaient vivre sous le gouvernement de son souverain. Cet aveu calma les esprits dans la ville, mais les habitants de la rive supérieure du fleuve, qui n’avaient connaissance de rien, armés à la voix de Joseph Philippe Roi de Villere, s’avançaient contre les Espagnols.

Les Espagnols débarquèrent enfin, et, O’Reilly à leur tête, se rangèrent en bataille sur la place d’Armes, où les attendait Aubry avec la garnison française. Le drapeau blanc flottait au bout d’un grand mât, il en fut lentement descendu, et celui de l’Espagne arboré à sa place au milieu d’un feu roulant des troupes des deux nations. Telle fut la prise de possession de la Louisiane par les Espagnol, et la fin de la domination française sur les rives du Mississippi, après une durée de soixante-dix ans.

Aubry, retournant en France, périt sur la Gironde, près de la tour de Cordouan, dans le naufrage du bâtiment où il s’était embarqué avec toute sa troupe, et qui portait en outre un million de piastres en argent, indigo et pelleteries. Le capitaine et quatre hommes seuls parvinrent à se sauver.

 

d’après Histoire de la Louisiane par victor Debouchel

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