Marie-Anne Adélaïde Lenormand

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Marie-Anne Adélaïde Lenormand dite mademoiselle Lenormand

Elle est née le 27 mai 1772 à Alençon, elle est la fille d’un drapier. Elle entre en bas âge à l’Abbaye Royale des Dames bénédictines de sa ville natale, puis au couvent de la Visitation et y reste jusqu’en 1780. Elle y reçoit une éducation de qualité, y apprend les langues mortes et vivantes, le dessin, la peinture et la musique. Elle se fait remarquer dès son plus jeune âge par une ardente imagination et un curieux talent de prophétesse. À l’âge de sept ans, elle prédit le départ de l’abbesse du couvent et son remplacement par une dame de Livardie. La destitution et la nomination sont confirmées par le roi, huit mois plus tard. Ce succès et ceux qu’elle avait obtenus auprès de ses compagnes la confirment dans l’idée qu’elle est douée de la faculté de deviner l’avenir, mais la fait également expulser du couvent. Adolescente, elle commence à tirer les cartes autour d’elle et s’attire une gentille renommée.

Devenue orpheline, sans ressources, elle devient apprentie chez une couturière d’Alençon, ensuite caissière dans une boutique de lingerie, puis elle monte sur Paris où elle arrive à la fin des années 1780. Elle se place comme vendeuse dans un magasin de frivolités de la rue Honoré-Chevalier, et reprend ses prédictions et ses tours de cartes. Remarquée par Amerval de la Saussotte, un aristocrate amateur de jolies femmes, la jeune fille s’empresse de se mettre sous sa protection. Elle demeure quelque temps auprès de lui et, pour faire taire les médisances, elle occupe officiellement la fonction de « lectrice ».

Après un voyage à Londres en 1790, lors duquel elle se rend chez le célèbre docteur Gall, l’inventeur de la phrénologie, lequel après lui avoir palpé longuement le crâne, lui aurait affirmé qu’elle avait la bosse de la divination, elle décide de changer de cap.

Dès lors, elle renonce à son emploi de lectrice, et s’associe avec dame Gilbert, qu’elle a rencontrée auparavant dans son précédent emploi. C’est une habile tireuse de cartes, acoquinée à un certain Flammermont, un garçon boulanger qui n’a pas froid aux yeux. La diseuse d’aventure lui enseigne les rudiments de la divination à l’aide du tarot divinatoire d’Etteilla. Déguisée en pythonisse tour à tour italienne, bohémienne ou gitane, Marie-Anne dit l’avenir, la Gilbert tire les cartes pendant que Flammermont distribue des prospectus et fait de la réclame auprès des commerçants du quartier.

En quelques mois, elle apprend toutes les ficelles du métier et, se sentant plus doué que ses compagnons, elle reprend sa liberté et s’installe à son compte, ouvrant un cabinet d’écrivain public, pour servir de couverture à ses activités en marge. Ses dons de voyance (ou de pénétration psychologique) la rendent célèbre. Hébert, Camille Desmoulin, Danton, Barère, Marat, Saint-Just et Robespierre viennent la consulter.

En 1793, en pleine « Terreur », les sans-culottes viennent arrêter son protecteur, Amerval de la Saussotte, qui sera guillotiné. Marie-Anne s’enfuit, échappant de justesse à la rafle, et trouve refuge dans un garni proche du Palais-Royal. Toutefois, en faisant connaître ses prédictions elle se rend suspecte à Vadier au Comité de salut public, qui la fit arrêter en 1794.

Emprisonnée à la Petite Force, elle soutient les femmes nobles emprisonnées en leur prédisant une délivrance prochaine. Un matin, elle reçoit un billet provenant de la prison du Luxembourg, c’est une demande d’horoscope émanant d’une jeune prisonnière qui se nomme Marie-Rose de Beauharnais. La prédiction soulève certaines difficultés en raison de l’absence de contact physique entre les deux femmes et de toute conversation préalable. Superstitieuse, comme le sont souvent les femmes créoles, Joséphine (car il s’agit d’elle) veut connaître son avenir. Finalement, Mademoiselle Lenormand rend son oracle : « Le général de Beauharnais sera victime de la Révolution. Vous survivrez à votre époux. Un second mariage est annoncé avec un jeune officier, que son étoile appelle à de hautes destinées ». La devineresse vient de s’attacher la cliente idéale ! Et l’Impératrice Joséphine lui restera fidèle.

Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) libère les deux femmes. En quelques années, Marie-Anne et ses prédictions attirent à elle tout ce qui compte dans la capitale, à commencer par le gratin révolutionnaire et la classe de nouveaux riches qui se forme autour du naissant pouvoir. Elle reçoit le peintre David, Robespierre, Saint-Just, Marat, Tallien, Talma, Garat et bien d’autres, ainsi que leurs égéries ou leurs compagnes.

Désormais surnommée « la sibylle du faubourg Saint-Germain », elle est consultée par de grands personnages politiques. En 1795, alors qu’il songe à entrer au service du sultan, Napoléon lui-même a la curiosité de la consulter. Elle lui aurait dit : « Vous n’obtiendrez point de passeport ; vous êtes appelé à jouer un grand rôle en France. Une dame veuve fera votre bonheur et vous parviendrez à un rang très élevé par son influence, mais gardez-vous d’être ingrat envers elle, il y va de votre bonheur ».

Toutefois, bien que sous la protection de celle que l’on appelle désormais Joséphine et, malgré toute la faveur dont elle jouit, le gouvernement impérial l’arrête par deux fois, ne lui faisant subir, à chaque fois, qu’une assez courte détention pour ses révélations indiscrètes.

Elle fut arrêtée, tout d’abord, en 1803, elle avait prophétisé l’échec d’une tentative de débarquement en Angleterre. Le Premier consul en avait été furieux. La pythonisse avait été arrêtée et emprisonnée, le 16 décembre 1803, aux Madelonnettes. Elle fut libérée le 1er janvier 1804, peut-être grâce à une intervention de Joséphine.

Elle fut arrêtée à nouveau, en 1809, par ordre de l’Empereur, sous l’inculpation de trahison, pour quelques prédictions un peu hardies. À la fin de l’année 1809, la question du divorce impérial soulevait encore des difficultés. Le 9 décembre, elle était convoquée à l’hôtel de la reine Hortense, rue Cerutti, où Joséphine et la sibylle eurent une conversation intime de plus de deux heures sur le divorce et ses perspectives. Pour contrer cette agitation, le pouvoir impérial réagit. Le 11 décembre, dans la matinée, elle fut arrêtée chez elle et conduite à la Préfecture de Police. Après avoir refusé une collaboration avec la police, elle fut libérée douze jours plus tard, le 23 décembre 1809.

Sous les Cent-Jours le succès de la voyante ne se dément pas. Le retour des Émigrés développe encore sa clientèle. La vieille noblesse royaliste rescapée du naufrage, accourt rue de Tournon où elle remplace celle de l’Empire.

En 1815, sous la Restauration, son salon d’attente ne désemplit pas. Le régime politique change, la sibylle reste. Elle obtient même la protection de la princesse Bagration. La devineresse étend son empire, elle parcourt toute l’Europe, non sans connaître ici et là quelques démêlés avec la justice.

En 1818, lors du congrès des puissances européennes, elle se rend à Aix-la-Chapelle ; elle considère que les diplomates ont besoin de ses prédictions. Elle est arrêtée en Belgique sous la prévention d’escroquerie.

Au printemps de 1821, elle se déplace à nouveau, elle va à Bruxelles où elle veut exercer ses activités. Mais le 13 avril, le procureur du roi la poursuit pour escroquerie, elle est arrêtée le 18, à Louvain, comme une vulgaire bohémienne, pour être en possession d’une loupe magique, d’une flèche des « Abacts » et « autre talisman de sorcière ». Elle est condamnée par le tribunal de Louvain. La Cour croyant faire bonne justice en réprimant ces pratiques de magie, condamne la prévenue à un an d’emprisonnement. Un rude jugement. Elle fait appel, la cour de Bruxelles écarte l’escroquerie et la condamne seulement à 15 francs d’amende, pour exercice du métier de devin. Soulagée, elle revient à Paris, rue de Tournon (août 1821). L’accusation précise en outre que « la susdite demoiselle avait des entretiens particuliers avec un génie nommé Ariel ».

Avec la Monarchie de Juillet, qu’elle n’approuve pas, elle reste carliste, elle se retire quelque peu. En 1840, elle quitte la rue de Tournon et s’installe rue de la Santé, à Paris, dans le 13ème arrondissement.

Elle meurt là, le 25 juin 1843, à 71 ans, à la suite d’une crise cardiaque, sa prédiction de mourir à 115 ans ne se réalise pas.

Ses obsèques sont célébrées le 27 juin 1843. Une foule immense se presse aux portes de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. L’église est tendue de blanc. De nombreuses pleureuses sont là et tiennent chacune, un cierge à la main. Après le service religieux, suivit par un long cortège, où il y a beaucoup de femmes, mais aussi des personnalités, des habitués de la voyante comme Guizot, alors ministre des Affaires étrangères, le corbillard, traîné par quatre chevaux, prend lentement le chemin du cimetière du Père-Lachaise.

Elle y est inhumée dans la 3e division, allée principale, 4e ligne. Jusqu’à nos jours, sa tombe a toujours été fleurie. La fortune de Mlle Lenormand était assez rondelette. Elle avait doté une de ses nièces de 300 000 francs et laissait à son neveu, officier de l’armée d’Afrique, 500 000 francs en propriétés immobilières.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Anne_Lenormand

2 réflexions sur “Marie-Anne Adélaïde Lenormand

  1. Pingback: La sibylle du Faubourg Saint-Germain (2ème partie) | franz von hierf

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