1797 à 1803 fin du gouvernement espagnol.

Manuel Gayoso de Lemos

Manuel Gayoso de Lemos

1797. Manuel Gayoso de Lemos, promu au gouvernement de la Louisiane et de la Floride occidentale, eut la douleur d’apprendre, de la bouche même de Power, l’émissaire de Carondelet, que James Wilkinson n’avait voulu prêter l’oreille à aucune instigation de l’ancien gouverneur dont tous les beaux projets tombèrent ainsi en ruine. Les Espagnols évacuèrent presque aussitôt les forts du territoire de Natchez, et les Américains en prirent possession.

1798. Cependant, l’Angleterre ne pouvait pardonner à l’Espagne la part qu’elle avait prise à l’émancipation des États-Unis. Elle lui en voulait peut-être plus pour cette mesure hostile que pour la cession des deux Florides, qu’elle avait été obligée de lui faire. En 1796, elle avait envoyé dans la Floride orientale, où ses négociants  conservaient le monopole du commerce, un homme audacieux, un dénommé William Augustus Bowles , qui, embrassant la vie sauvage, s’attacha tous les Indiens et les souleva contre les Espagnols. Carondelet attira à la Nouvelle-Orléans le sachem anglais, qui s’y présenta fièrement, couvert d’or, de pourpre et de plumes. On le fit jeter dans un cachot et embarquer pour l’Espagne. Mais Bowles retomba entre les mains des Anglais, alors en guerre avec les Espagnols . Il fut honoré à Londres d’une réception brillante, des grands du royaume et des princes du sang lui fournirent même tous les secours nécessaires en marchandises, armes et munitions. Il allait reparaître dans la Floride, plus puissant que jamais. Les brisants dangereux qui battent les côtes de ces parages empêchèrent les navires anglais d’approcher. L’intrépide Bowles aborda seul. Les Séminoles lui firent un bon accueil mais quelque temps après, ils le livrèrent à Gayoso de Lemos, qui avait mis sa tête au prix de cinq mille piastres. Il fut envoyé à la Havane, où l’on suppose qu’il mourut.

William Augustus Bowles

William Augustus Bowles

L’administration de Gayoso de Lemos fut aussi mauvaise qu’elle dura peu. il mourut lui-même insolvable. Cependant, le commerce avec les États-Unis avait pris un tel essor, que ceux-ci jugèrent convenable, d’envoyer un consul à la Nouvelle-Orléans.

1800. Le traité de paix de 1795, par lequel la ville de la Nouvelle-Orléans devait servir d’entrepôt pendant dix ans aux produits américains, était l’objet de fréquentes violations de la part des officiers espagnols, qui nourrissaient constamment l’espoir de réunir la vallée de l’Ohio à la Louisiane.

Une gêne dans le débouché des denrées de ce pays semblait pour Sebastián Calvo de la Puerta y O’Farrill, appelé couramment marquis de Casa Calvo, qui gouvernait la colonie du Mississippi, le seul moyen de parvenir à ce but. Il se trompa tellement, qu’il faillit attirer sur la Louisiane les masses armées du Kentucky et du Tennessee, qui voulaient marcher sans l’autorisation du Congrès. Celui-ci, cédant enfin à leurs justes représentations, ordonna la levée de douze nouveaux régiments, trois d’entre eux campés aux bouches de l’Ohio, n’attendant que le signal du départ. Adams, président des États-Unis, désirait ardemment cette conquête, pour illustrer son administration, il l’avait lui-même méditée. Si les Américains l’avaient réélu à la présidence, nul doute que la Louisiane n’eût été annexée trois ans plus tôt au vaste territoire de l’Union.

1801. Jefferson le remplaça, et l’acquisition de la vallée du Mississippi fut pour quelque temps ajournée.

1801 Antoine-Jean Gros - Bonaparte sur le pont d' Arcole

1801 Antoine-Jean Gros – Bonaparte sur le pont d’ Arcole

Ce territoire immense, la clé des États-Unis faillit cependant leur échapper. L’homme qui tenait dans ses mains les destinées de l’Europe, Bonaparte, par le traité de San Ildefonso, se fit céder la Louisiane. Son but était d’en prendre possession, d’en faire une colonie française. Quelles masses de prospérités n’attendait pas la Louisiane d’un génie aussi puissant! La paix d’Amiens souriait à ses préparatifs. Pierre-Clément de Laussat préfet colonial, faisait voile pour son département; le général Victor devait bientôt le suivre à la tête d’un corps d’armée! L’Angleterre, qui mettait obstacle à tous les progrès de la France, fit avorter les projets du premier consul.

Thomas Jefferson

Thomas Jefferson

1803. Aussitôt qu’il eut connaissance de l’article secret du traité de San Ildefonso, Jefferson, regardant la Louisiane comme l’anneau d’alliance entre les Etats de l’est et de l’ouest, fit ouvrir des négociations qui traînèrent en longueur, mais qui eurent enfin une issue heureuse. La vallée du Mississippi fut vendue aux États-Unis pour une somme de quinze millions de piastres. En cette occasion, Livingston, un des négociateurs de cette transaction importante, s’écria :  » C’est d’aujourd’hui que les États-Unis compteront au nombre des puissances du premier rang, et que l’Amérique échappe aux mains de l’Angleterre! » Bonaparte exprima la même pensée en disant :  » Cette cession de territoire « affermit pour toujours la puissance des États-Unis, et je viens de donner à l’Angleterre un ennemi maritime qui tôt ou tard abaissera « son orgueil. » Ces paroles étaient prophétiques; c’est dans les plaines de la Louisiane même que l’Angleterre éprouva le plus d’humiliation.

L’opposition osa blâmer une transaction qui seule put recommander son auteur à la postérité la plus reculée. Le cabinet de Saint-James en frémit; l’Espagne protesta solennellement, mais en vain, contre une négociation qu’elle appelait illégale, prétendant n’avoir cédé sa colonie à la république française qu’avec la restriction de ne jamais l’aliéner qu’en sa faveur.

Pierre-Clément de Laussat

Pierre-Clément de Laussat

Laussat débarqua au printemps à la Nouvelle-Orléans, où son arrivée fut le signal de réjouissances publiques. Le préfet colonial dans une proclamation éloquente fit concevoir aux habitants du Mississippi les espérances les plus prometteuses; ils y répondirent par un enthousiasme qui révélait en eux le désir de faire encore partie de la grande nation dont ils s’honoraient de descendre. Vain espoir! un bruit sinistre leur apprit bientôt que Bonaparte les avait abandonnés.

la cession de la Louisiane

la cession de la Louisiane

En automne, Laussat prit solennellement possession du pays. Le marquis Casa Calvo et Juan Manuel de Salcedo, commissaires espagnols, lui remirent les clés de la Nouvelle-Orléans, dont le peuple vit, pendant vingt jours seulement, flotter le drapeau tricolore. Le gouvernement espagnol avait duré un peu plus de trente-quatre ans. Les Louisianais le regrettèrent, quand ils surent qu’ils allaient faire partie de l’Union américaine. Ils étaient loin de penser qu’elle leur réservât plus de prospérité qu’ils n’en devaient à l’Espagne.

 

d’après Histoire de la Louisiane par victor Debouchel

http://books.google.ca/books?id=USYVAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

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