Bordeaux du XVIe au XVIIe siècle

Agitations et lente intégration au royaume de France

Bien que le port de Bordeaux continua de prospérer, situés entre deux grandes périodes d’expansion commerciale, les 16ème et 17ème siècles furent moins opulents.

Gravure de Gaspard Mérian en 1661 Site des Amis des Musées de Bordeaux

Gravure de Gaspard Mérian en 1661 Site des Amis des Musées de Bordeaux

À cette période, Bordeaux devint, toutefois, un important foyer culturel, et à l’instigation du roi de France, les jurats de Bordeaux fondèrent en 1533 le collège de Guyenne, situé derrière la mairie de Saint-Éloi, à côté de l’église Saint-Paul, où enseignèrent Scaliger, Buchanan, Élie Vinet, auteur des Antiquités de Bordeaux, etc. dans le domaine culturel, la ville va donc participer aux évolutions de la Renaissance avec le développement de l’humanisme illustré par Montaigne et La Boétie et à la division du christianisme ce qui va expliquer l’importance des guerres de religion dans le sud-ouest de la France.

Le port des chartrons

Le port des chartrons

Ce fut aussi pendant toute cette période que se développa le Faubourg situé au nord de la ville autour d’un couvent de frères-chartreux, fondé hors des murs, qui avait vu le jour au XIVe. Dénommé le quartier des Chartrons, il devint rapidement le centre d’une intense activité marchande. Ce fut là que se développa le commerce du vin des grandes familles, négociante et protestante, immigrées pour la plupart d’Angleterre, d’Écosse ou d’Irlande, voire des pays germaniques et hanséatiques.

Ce fut également au 16e siècle que les institutions se mirent en place. Le gouverneur représentait le Roi en Guyenne et nommait les membres du Parlement et le maire. Les jurats, quant à eux, gardèrent un pouvoir de police et les privilèges urbains.

Sous le règne de François Ier, Bordeaux retrouva un peu de son ancienne splendeur. Celui-ci passa par Bordeaux en revenant de sa captivité de Madrid et Charles-Quint y fut reçu, en 1539, par les jurats qui lui présentèrent les clefs de la ville.

La répression de la jacquerie des Pitauds par Anne de Montmorency, , par Paul Lehugeur, XIX° siècle.

La répression de la jacquerie des Pitauds par Anne de Montmorency, , par Paul Lehugeur, XIX° siècle.

Au mois d’août 1548, face aux pressions fiscales, les marchands s’insurgèrent. L’établissement de la gabelle souleva à Bordeaux une insurrection formidable. Le lieutenant du roi, Tristan de Moneins, assiégé dans le Château Trompette fut massacré par la populace au moment où il s’approchait pour parlementer ainsi que quelques commis de la gabelle. Son corps fut saigné, écorché, dépecé et enterré tout saupoudré de sel. La révolte fut réprimée par le Parlement, les séditieux furent vaincus et plusieurs d’entre eux condamnés à mort. Tout était apaisé lorsque Henri II, qui était alors dans le Piémont, donna au connétable de Montmorency l’ordre de châtier Bordeaux. Bien que la ville n’opposât aucune résistance, le connétable entra par la brèche faite à coups de canon, imposa aux habitants une amende de 200,000 livres et les priva de tous leurs privilèges. L’hôtel de ville fut rasé, les cloches furent transportées au château Trompette. Les jurats furent condamnés, avec 120 bourgeois vêtus de deuil, à déterrer avec leurs ongles le corps de Moneins et à aller l’inhumer à Saint-André. Plus de 150 personnes furent exécutées et Montmorency souilla sa mémoire par de nombreux actes de barbarie.

Quinze ans plus tard, la ville fut touchée par les guerres de religion. La Réforme avait fait de nombreux prosélytes à Bordeaux et dans les environs. Elle fut combattue avec âpreté par le Parlement de Guyenne, où François Ier avait institué, en 1542, une chambre spéciale pour poursuivre les hérétiques. Bordeaux souffrit beaucoup des Guerres de religion, surtout durant les luttes du seigneur de Duras et de Blaise de Montluc. En 1562, Duras, capitaine protestant, échoua à prendre le château Trompette, et fut battu dans le Périgord par Montluc. Les protestants furent éliminés de Bordeaux, et un syndicat ou une ligue de bourgeois fut mis en place dès 1563 pour conserver la religion catholique.

1844 roi français Charles IX assis dans une pose pensive

1844 roi français Charles IX assis dans une pose pensive

La ville cependant prospéra, Charles IX confirmant les privilèges des foires de Bordeaux et autorisant en 1563 la création d’une bourse des marchands, son commerce se développa.

Charles IX avait bien essayé de calmer les esprits en publiant des mesures de tolérance, mais le Parlement avait refusé de l’enregistrer. Il entra dans la ville le 9 avril 1565 lors de son tour de France royal, entre1564 et 1566, accompagné de la Cour et des Grands du royaume : son frère le duc d’Anjou, Henri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine. Ce voyage avait été entrepris pour tenter de reprendre en main un royaume miné par les conflits confessionnels.

La Saint-Barthélemy par contrecoup se déroula à Bordeaux, le 3 octobre 1572. Deux cent soixante-quatre calvinistes y furent massacrés le Parlement ayant planifié les opérations et les massacreurs ayant été excités par les prêches des prêtres catholiques. Le lieutenant du roi tenta en vain d’empêcher les tueries.

Michel de Montaigne

Michel de Montaigne

Lors de l’année 1581, Montaigne fut élu maire de Bordeaux par les Jurats. Pendant son mandat de maire, fit tout pour conserver la ville en paix, alors que les troubles étaient incessants entre catholiques et protestants. Le Parlement était divisé entre catholiques ultras et modérés et la situation politique était particulièrement délicate entre le roi de France, représenté sur place par le maréchal de Matignon, lieutenant général et le roi de Navarre, gouverneur de la province. Après deux ans de fonction, il fut réélu en 1583, rare honneur qui n’avait été accordé que deux fois avant lui et ceci malgré l’opposition violente de la Ligue. Six mois avant la fin de son deuxième mandat, la peste noire fit périr près de 14,000 personnes.

Malgré les efforts des ligueurs, Bordeaux resta constamment fidèle à Henri III, grâce à la sage administration et à l’énergie du maréchal Matignon. Le Parlement de Guyenne fut un des premiers à reconnaître Henri IV comme roi légitime. Pendant cette période, la ville s’apaisa et trouva une nouvelle source de profit dans le commerce du pastel de Garonne.

cathédrale Saint André et le Pey Berland

cathédrale Saint André et le Pey Berland

Le milieu du siècle suivant fut marqué par les épidémies, les disettes, et la guerre de Trente Ans, conflit religieux et politique qui embrase l’Europe de 1618 à 1648.

Pendant le règne de Louis XIII et la minorité de Louis XIV, les dissensions civiles désolèrent la Guyenne. L’histoire de Bordeaux fut remplie par les luttes des ducs d’Epernon, du cardinal de Sourdis et de son frère l’archevêque Henri de Sourdis, avec le Parlement, par la tyrannie du second duc d’Epernon, la Fronde, l’opposition du Parlement contre la cour, la faction de l’Ormée, etc.

Le climat de la ville se détériora encore avec trois frondes successives, faisant de Bordeaux le plus important foyer de révolte après Paris.

En 1635, plusieurs émeutes éclatèrent à propos d’une taxe sur les cabarets.

En1649,  les premières hostilités, opposèrent le Parlement au gouverneur d’Epernon, qui refusa d’éloigner les troupes qui campaient autour de la cité. Le gouverneur finit par battre en retraite. La seconde fronde éclata en 1650 lorsque la Princesse de Condé se réfugia avec son fils à Bordeaux après l’arrestation de son mari, le Grand Condé, en conflit avec Mazarin, successeur de Richelieu auprès du roi de France, Louis XIV. Les Bordelais ayant pris parti pour Condé, de sanglants combats eurent lieu pour résister aux troupes royales, mais les Bordelais obtinrent l’amnistie.

En 1651, Pendant les luttes de la Fronde entre la noblesse française et le roi, une partie des bourgeois bordelais formèrent l’Assemblée de l’Ormée,un groupe d’opposants à la monarchie. Bordeaux vit alors s’affronter son Parlement et sa population pour des raisons qui restèrent peu claires. Cette révolte populaire se poursuivit l’année suivante par l’attaque des quartiers bourgeois de la ville. Le gouvernement resta ferme, la fut vaincue par les armes et la paix fut conclue en juillet 1653 malgré l’agitation, permettant ainsi au jeune Louis XIV de faire une entrée solennelle dans la ville. L’occupation militaire de la ville, la répression des émeutes, l’exil du Parlement, la diminution des privilèges et l’extension des défenses du château Trompette mirent un terme à ces révoltes.

Reconstitution du château Trompette, A. Haon, aquarelle et rehauts de gouache

Reconstitution du château Trompette, A. Haon, aquarelle et rehauts de gouache

La mairie de Bordeaux, supprimée depuis 1619, fut rétablie, le Parlement quant à lui ne fut réintégré qu’en novembre 1654. À l’occasion de son mariage, Louis XIV, passant par Bordeaux, donna aux jurats des lettres de noblesse et confirma les privilèges des bourgeois. Le roi fit agrandir le château Trompette et construire le quai des Enfants-Trouvés aux Chartrons, ces travaux amenèrent la démolition de la porte Saint-Germain et des Piliers de Tutelle. Les mesures prises par Colbert pour développer le commerce contribuèrent à la prospérité de Bordeaux, où le roi établit un entrepôt de tabacs, créa une chambre de commerce et exonéra de tous droits les marchandises exportées aux colonies.

Depuis une ordonnance royale du 5 mai 1674, les dixainiers devaient veiller à ce que les habitants et hôteliers déclarent bien aux Jurats les étrangers qu’ils hébergeaient.  Alors que la fonction de commissaire de police avait été supprimée suite à la précédente révolte, progressivement, une police de proximité fut mise en place, comme à Paris et à Toulouse. En effet, depuis le XVIe siècle à Bordeaux, les jurats avait créé la fonction de « dixainier », chargés de dénoncer aux Jurats les contravention aux ordonnances de police, pour le nettoiement des rues, le port d’armes, et tardivement la déclaration des étrangers à la ville.

En 1675, une émeute éclata au sujet d’un nouvel impôt, dit de la marque d’étain et du papier timbré, établi pour la guerre de Hollande. Les troupes royales qui revenaient d’Espagne furent cantonnées à Bordeaux, la ville dut loger à ses frais plusieurs régiments, les bourgeois furent désarmés, les impôts rétablis et le Parlement transféré à Condom, d’où il ne revint qu’en 1690, moyennant le paiement par la ville de 400,000 livres.

En 1691, les jurats établirent une Académie de peinture et de sculpture, en 1692, une école de marine, en 1694, des collèges de lois et de médecine.

La centralisation monarchique, dont les Intendants furent les instruments, l’assainissement des finances et le développement du commerce international en direction des « Isles » acheminèrent définitivement la ville vers l’épanouissement qu’elle connaîtra au siècle suivant.

Vue de la ville et du port de Bordeaux prise du coté des salinières, gravure à l’eau forte, d'après Vernet, 54 x 73 cm, 1764

Vue de la ville et du port de Bordeaux prise du coté des salinières, gravure à l’eau forte, d’après Vernet, 54 x 73 cm, 1764

2 réflexions sur “Bordeaux du XVIe au XVIIe siècle

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