L’orpheline/ chapitre 020

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Chapitre 20

Retour au château

Philippine de Madaillan

Devant la porte des Salinières, sous un soleil irradiant, coiffée d’un chapeau de paille sur lequel elle avait rajouté son voile de mousseline, Philippine, tenant Théophile dans ses bras, regardait partir son carrosse et sa carriole sur le bac qui traversait la Garonne. Étienne, le cocher et Adrien étaient restés sur les deux voitures afin de les mener jusqu’à la route, une fois sur l’autre berge. Avec elle se trouvait son secrétaire, Cunégonde et Violaine, ainsi que Léopoldine sa servante et Romain le valet de chambre. Monsieur Sanadon l’avait prévenue qu’au château, il n’y avait plus que la cuisinière et le majordome. Son oncle allait très peu dans sa propriété depuis son mariage, car son épouse aimait la ville. De plus, il s’y sentait mal, il ressentait de mauvaises vibrations. Il n’aurait pas su dire d’où elles venaient ou du moins il ne tenait pas à se remémorer ses dérapages. 

La gabarre arriva, ils y montèrent tous, traversèrent le fleuve et rejoignirent leurs véhicules. Les serviteurs s’installèrent dans la carriole qui détenait les malles et les bagages, Philippine garda avec elle, son fils, monsieur Sanadon, Violaine et Cunégonde. Ils prirent la route entre le rebord du plateau de Cypressat et la Garonne. Philippine s’avérait heureuse, elle était revenue là où elle était née. L’Entre-deux-mers s’apparentait à une multitude de collines couvertes de forêts de chênes, de hêtres, et d’ormes. De vallon en vallon, ils traversèrent des petits hameaux, où se trouvaient des maisons isolées au milieu des champs et des vignobles. Elle remarqua, ce dont elle ne se souvenait pas, des bâtisses souvent dressées en pignon dont les façades étaient le plus souvent coiffées de toitures plus longues d’un côté que de l’autre. Les logis étaient en général séparés de l’étable par la grange dont la porte charretière se situait au centre. Ils croisèrent aussi des chartreuses devant appartenir à des nobles ou de riches bourgeois. Elle les trouva pleines de charme avec leurs murs en pierre de taille ornés de pilastres à chapiteaux et agrémentés de frontons triangulaires ou arrondis. Elles détenaient toutes de grandes fenêtres alignées qui laissaient deviner une belle hauteur pour chaque pièce. 

Ils traversèrent Lignan-de-Bordeaux avec ses abbayes, puis Sadirac avec son industrie potière de renommée. Ils passèrent ensuite par la bastide de Créon et de là ils s’engagèrent dans une suite sans fin de petites routes qui les menèrent jusqu’à Saint-Brice. Philippine découvrit la demeure des Madaillan dont elle ne pouvait se souvenir, ne l’ayant pour ainsi dire jamais vue, même de loin. Le carrosse pénétra dans la cour. Le cocher vint ouvrir la portière permettant à la récente vicomtesse du lieu de descendre. Le château avec ses avant-corps latéraux apparaissait sur trois niveaux, le tout chapeauté par un toit mansardé. Elle était impressionnée, ce bâtiment à l’ombre d’un château fort en ruines se révélait remarquable. 

Chateau de Madaillan

Suivi de la cuisinière, qui désirait voir sa nouvelle maîtresse, le majordome se présenta à l’accès de la demeure. Philippine gravit les marches du perron, elle était quelque peu émerveillée. Monsieur Ribois, qu’elle reconnut contrairement à lui, la fit entrer après l’avoir saluée et lui accomplit la visite des lieux. Elle constata que chaque salle était fort bien meublée et elle fut ébahie côté jardin par un boudoir de forme arrondie qui se situait dans l’avant-corps central. Au premier étage, après avoir examiné les chambres qui avaient été détenues par les membres de sa famille, elle trouva juste au-dessus de celui-ci une pièce pour ainsi dire vide. Elle décida que ce serait sa chambre. Elle réclama au majordome d’y amener un lit et des commodes. Bien sûr, il devrait être épaulé de Romain et pourrait solliciter l’aide d’Adrien et d’Étienne. Elle se retourna vers son secrétaire. « — Je pense que nous avons besoin d’un supplément de personnel, car je désire y passer un temps certain de façon régulière. » À sa surprise, ayant reconnu sa nouvelle maîtresse tant elle ressemblait à sa mère, ce fut la cuisinière qui intervint. « — Peut-être, vous pourrez demander à Louise et à Armand Delmart ? C’étaient les serviteurs de vos parents. Depuis que votre oncle les a mis dehors, ils ne vont vraiment pas bien. Ils se situent à Sauveterre -de-Guyenne où ils vivotent. 

— Ma foi, c’est une très bonne idée. Excusez-moi. Pouvez-vous me redire votre nom ?

— Je suis Alice Tronquin, madame. Et si je puis me permettre, pourrait-on aussi reprendre Louison. Elle était servante et mon aide cuisinière. 

— Sans problème, mais où se trouve-t-elle ?

— Elle fait partie d’une famille de métayers, je peux aller la quérir. 

— C’est parfait ! Monsieur Ribois, après avoir installé les meubles de la chambre, pourrez-vous vous faire conduire à Sauveterre pour proposer au couple Delmart de revenir ?

— Bien sûr, madame. Avec plaisir. » Il réalisa soudainement qui il avait devant lui. Comment la cuisinière avait-elle pu être informée de cela ? C’était logique, le domaine ne détenait qu’une héritière et cela ne pouvait être que la fille d’Anne Bouillau-Guillebau, l’enfant qu’il avait amené au couvent. Comment pouvait-elle se situer là ? Elle avait été mariée en Louisiane d’après leur maître ? Savait-elle ce dont tous étaient éclairés ? Une fois celui-ci sorti, Philippine retint la cuisinière. « — Madame Tronquin, que pouvez nous faire pour le déjeuner ?

— J’ai un canard, madame. Je peux le faire cuire à la broche avec quelques pommes de terre.

— C’est parfait. Allez quérir votre aide, dès que vous le sentez.

— J’y cours, madame. »

Comme tout était presque enclenché, Philippine alla s’installer sur une des bergères dans le salon. La chambre de Théophile avait été choisie au deuxième étage, Violaine l’aménageait. De son côté, Cunégonde rangeait avec l’appui de Léopoldine la garde-robe de sa maîtresse dans la pièce adjacente à sa future chambre. Elle découvrit dans la pièce d’autres robes, jupons, et manteaux pouvant servir. Elle pensa qu’elle devait les montrer à Philippine, même anciennes elle pouvait être intéressée. Le secrétaire dans son bureau examinait les comptes de la propriété incluant les dernières informations. Il se devait de les ajuster au vu de ce qu’il avait obtenu comme nouvelles amenant des changements. 

Depuis sa bergère, Philippine entendait les mouvements d’installation de sa chambre. Elle observait le jardin au-delà de la terrasse. Elle apercevait aussi au loin les champs, les vignobles et les forêts de son enfance. Elle appréciait de se trouver là, d’autant que le lieu ne détenait plus d’esprit perdu. Son ange avait vraiment été merveilleux, elle ne doutait pas que c’était lui qui avait nettoyé les mauvaises ondes du domaine.

***

La métairie, où était retournée Louison, ne se situait guère loin du château. Alice Tronquin était devenue la cuisinière de la demeure à la mort de la précédente du temps des grands-parents de Philippine. Elle avait été son apprentie comme l’avait été Louison, aussi elle alla la chercher avec l’espoir qu’elle voudrait bien revenir l’aider. Arrivée à la maison de sa famille, elle lui proposa de réintégrer le château si elle le souhaitait. Suite au décès de sa belle-sœur, le vicomte de Madaillan-Saint-Brice s’était séparé de la plus grande partie du personnel. Il avait compris que tous savaient pour l’agression qu’il avait commise sur celle-ci, certains avaient même deviné pour la mort de son frère. Il n’avait gardé que le majordome et la cuisinière, il lui fallait un minimum de serviteurs. Il avait bien décidé de s’en débarrasser, mais il n’en avait pas pris la peine. Bien que le plus souvent seuls, ses domestiques se retrouvaient dans l’inconfort dès que leur maître se présentait ce qui s’avérait très rare. Quand il fut marié, ne venant pour ainsi dire plus, il les oublia quelque peu. Lorsqu’ils connurent les disparitions consécutives de la vicomtesse puis du vicomte, ils se demandèrent ce qu’ils allaient devenir. Ils furent donc très surpris d’apprendre par le secrétaire qui était accompagné de Léandre Cevallero que le patrimoine détenait une bénéficiaire. Ils se questionnèrent, qui cela pouvait être. Au moment où Madame Tronquin vit la nouvelle propriétaire, de suite elle sut qui c’était, tant elle avait un air de famille avec sa mère. 

Lorsqu’elle arriva à la métairie, juste après le déjeuner, elle trouva Louison avec les siens. Celle-ci, qui avait atteint ses trente ans et ne s’était jamais mariée, fut étonnée par la révélation de la cuisinière lui annonçant l’héritière du château et son besoin de ses services. Elle accepta de revenir, mais demanda qui c’était. Elle obtint pour toute réponse que c’était quelqu’un de bien.

La jeune femme à peine partie avec la cuisinière, le père de celle-ci se précipita dans les autres métairies. Lorsqu’il arriva chez les Fauquerolles, il les informa de la nouvelle, la famille resta fort surprise. Qui cela pouvait-il bien être ? À qui le vicomte avait-il bien pu donner son patrimoine ? « — Il n’y a que Philippine qui a pu hériter ! » S’exclama Jean. «  Mais ce n’est pas possible, elle se trouve en Louisiane et elle est mariée. De plus vu son intérêt pour elle, j’en doute. répliqua Berthe

— Elle est peut-être revenue, ne serait-ce que pour reprendre la main sur ses possessions.

— Peut-être, mais là aussi je reste septique. » Paul Fauquerolles ne dit rien, il réfléchissait. Il ne percevait pas qui pouvait être la bénéficiaire hormis Philippine, à moins que le vicomte ait donné ses biens à une inconnue. Il ne pouvait qu’attendre de détenir l’information. Si c’était la jeune femme, elle viendrait les voir rapidement.

***

l’Entre-deux-mers

Dans le même temps, le majordome assis à côté du cocher se rendait à Sauveterre de Guyenne, afin d’aller chercher le couple Delmart. Il ne détenait pour information que le nom d’une rue, cela allait se révéler un peu difficile pour les repérer. Arrivés dans la ville, ils demandèrent aux gens qu’ils rencontraient, la rue la maréchalerie. Ils finirent par la découvrir et sollicitèrent les personnes logeant dans la rue s’ils connaissaient les Delmart. Ils réussirent par les dénicher, dans ce qui était un taudis. Le majordome trouva Louise. Celle-ci fut décontenancée par sa venue et encore plus par sa proposition qui la ravit. Le vicomte était mort et son héritière avait besoin d’eux. Elle partit chercher son époux et lui expliqua les faits et l’incitation à revenir. Il l’agréa de suite bien qu’il fut fort surpris de ce retour en arrière. Ils vivaient, malgré les efforts effectués à l’aide de petits travaux comme les récoltes, le ménage, le lavage du linge, dans une grande misère. Ils s’avéraient donc fort heureux de cette proposition, une fois dans le carrosse, Louise réalisa tout à coup qu’elle n’était pas instruite de qui était la nouvelle vicomtesse et le demanda à Monsieur Ribois. « — C’est la fille de Madame Bouillau-Guillebau.

— Mais vous croyez qu’elle est au fait de pourquoi elle a été abandonnée par son oncle.

— Je suppute qu’elle en est consciente, elle a d’ailleurs de suite réclamé l’obtention d’une autre chambre. 

— C’est surprenant, comment pourrait-elle connaître cette information  ?

— Cela je ne saurais vous le dire. Dès qu’Alice a parlé de vous, elle a demandé à ce que j’aille vous chercher.

— Ah ! C’est Alice qui l’a suggéré, nous devrons aller la remercier, Armand. » 

*** 

L’enfant courait sur la terrasse, Philippine installée dans un fauteuil, lissant machinalement la jupe de sa robe en damassé noir, regardait son fils s’amuser, cela la réjouissait. Le temps se révélait clément, le soleil se couchait vers l’Ouest, bien que les Pâques ne soient pas passées la température s’avérait agréable. À ce moment-là, le couple Delmart arriva derrière le majordome. La jeune femme les apercevant dans le salon signifia à Violaine de surveiller le petit, et pénétra dans la  pièce où se situaient les deux futurs membres du personnel. «  Bonjour, Monsieur et Madame Delmart, asseyez-vous s’il vous plaît. » Dit-elle avec douceur. Un peu décontenancés devant tant de convivialité, ils obéirent. Philippine s’installa face à eux tout en leur souriant. «  Je suppose que Monsieur Ribois vous a informé de ma demande.

— Oui Madame, répondit Louise. 

 Bien ! Je sais que vous avez beaucoup aidé ma mère, Louise, tout comme vous l’avez réalisé, Armand, avec celui qui aurait dû être mon père. Je vous sollicite donc, malgré les mauvais souvenirs, voulez-vous vous réinstaller dans le château. Contrairement à mon oncle, je résiderais là régulièrement. » Les deux anciens serviteurs se regardèrent de manière interrogative. Comment cette jeune femme pouvait-elle connaître ces informations ? Au vu de la façon dont elle avait présenté les faits, elle ne devait pas tout maîtriser. « — C’est avec plaisir que nous venons vous servir et bien sûr nous reprendrons notre chambre sous les toits si elle est disponible.

— Cela est le cas, c’est donc parfait. » L’échange paressant terminé, le majordome sortit de la pièce, satisfait de retrouver une équipe. Louise et Armand allaient effectuer la même chose, mais Philippine les retint. Elle avait perçu leurs interrogations. « — Je pense que vous n’avez pas bien saisi ce que je vous ai dit. Je m’avère consciente de qui est mon père et je sais que c’est un monstre. Je me retrouve heureuse de ne pas avoir été élevée par lui et qu’il m’ait maintenue éloignée de lui. Vous pouvez dorénavant ne plus culpabiliser. Rassurez-vous, désormais tout va aller bien. » Les Delmart sortirent de la pièce, fort décontenancés par ce qu’ils avaient entendu. Une fois seuls, Louise fit remarquer à son époux que leur nouvelle maîtresse devait être en deuil au vu de sa vêture. Ils montèrent au dernier étage s’installer à nouveau dans leur chambre et y découvrirent les restes d’une garde-robe qu’ils avaient oubliée et qui allait leur servir.

***

Le secrétaire, Monsieur Sanadon, assis en face de Philippine dans son bureau, lui expliquait que son vignoble dépassait les 30 hectares, ce qui se révélait exceptionnel dans la région et 100 autres étaient cultivés en labours céréaliers. Le reste de la propriété était constitué de bois et de prairies où se trouvaient des bovins, des moutons et des chevaux. Elle l’écoutait tout en réfléchissant à ce qu’elle allait pouvoir dire à la famille Fauquerolles qu’elle attendait. Elle avait envoyé la berline, le majordome avait pratiqué le petit voyage au côté du cocher pour le guider jusqu’à la métairie.

Philippine de Madaillan

Elle était consciente bien sûr de ce qu’elle espérait de Paul Fauquerolles, mais elle avait tant de choses à partager avec eux. Elle désirait aussi que Jean se trouvât encore chez ses parents. Tout cela instinctivement, elle le savait, mais elle en doutait toujours lorsque c’était une intuition et non une entité ou un esprit qui s’approchait pour le lui formuler.

Cunégonde interrompit la conversation annonçant le retour du carrosse. De la fenêtre de la pièce dans laquelle elle se tenait, elle regarda descendre la famille Fauquerolles. Elle était satisfaite, elle apparaissait au complet. « — Cunégonde demande à monsieur Ribois de les faire venir au salon. Je vais aller les y attendre, dis à Louison de nous amener de quoi boire et grignoter. »

 Elle se sentait fébrile, elle allait enfin les revoir, ceux qui étaient sa famille, ceux qui l’avaient élevée. Quand ils pénétrèrent dans la pièce, elle tomba dans les bras de celle qu’elle considérait comme Maman-Berthe, puis embrassa papa-Paul et bien sûr Jean, son frère de lait. Tous apparaissaient heureux de se retrouver, Philippine leur proposa de s’asseoir. Cunégonde en compagnie de Louison entra avec les boissons et le gâteau, une jolie brioche. Jean resta immédiatement subjugué par la gouvernante ce que constata Philippine. Berthe s’adressa, dès la première gorgée avalée, à sa fille de lait. « — Philippine, comment se fait-il que tu aies regagné la France ? » Bien sûr, elle avait remarqué de suite sa robe de deuil, mais pour qui était-elle ? « — Je suis rentrée en France, car j’ai perdu mon époux. Ce dernier a eu une crise cardiaque. J’ai donc réalisé ce qu’il fallait en Louisiane pour pouvoir revenir.

— Mais comment as-tu su pour ton oncle ? Intervint, Paul Fauquerolles.

— C’est mon oncle Ambroise qui m’a écrit pour m’en informer. À vrai dire la famille Bouillau-Guillebau avait l’intention de s’approprier mes biens. Mon oncle Ambroise a compris rapidement que je ne me laisserai pas faire, aussi il n’a pas insisté. Il m’a même soutenue. Son frère Augustin va surement essayer de mettre la main dessus au vu de son comportement lors du repas que nous avons partagé, mais il se fait des illusions.

— Tu dois te faire aider, car si je ne m’abuse il fait partie du parlement.

— C’est un fait, mais à ma grande surprise, l’épouse du receveur général des fermes de Guyenne, madame Duplessy, m’a conviée chez elle et je suis invitée à y revenir. 

— C’est une bonne chose. » La conversation se poursuivit. Les Fauquerolles désiraient connaître tout ce qui s’était passé depuis son départ. Une fois que Philippine eut à peu près tout raconté, elle accomplit sa demande. « — Papa-Paul, j’ai besoin d’un contremaître pour la propriété, quelqu’un qui supervise l’ensemble. J’ai pensé à vous. Outre que vous serez tenu de travailler avec toutes les métairies, vous devrez effectuer des retours à mon secrétaire et à la maison de négoce qui se consacre à la commercialisation des récoltes. »  Paul Fauquerolles fut quelque peu étonné par la demande et par le vouvoiement. Il supposait que ce dernier était dû à son éducation chez les ursulines. Bien entendu, Jean pourrait prendre en main l’exploitation, car gérer l’intégralité des cultures n’était pas rien. Si Philippine avait besoin de lui, il accepterait. « —  Par contre en raison de votre nouvelle condition, vous devrez venir vivre dans l’une des ailes du château. Bien sûr, vous ne paierez rien et obtiendrez un salaire conséquent. En contrepartie, Jean devra s’occuper momentanément de la métairie jusqu’à ce que nous trouvions un remplaçant, ensuite il vous épaulera.

— Ce ne sera pas un problème Philippine, nous ne pouvons refuser tous les avantages que tu nous offres.

— Papa-Paul, je dois être sûr de la loyauté des individus qui m’entourent. Je pense que Monsieur Sanadon est quelqu’un sur qui je peux m’appuyer, et une bonne partie du personnel que j’ai fait venir sont des gens de confiance. Je désire toutefois me prémunir de mes choix, et je ne connais que vous qui, pour moi, pouvez prendre cette nouvelle position. D’autant que je me rendrai régulièrement ici, mais je sens que Bordeaux va me happer. Je dois donc assurer mes arrières. »

Les Fauquerolles furent quelque peu déstabilisés par tous ces changements que ce fut leur nouveau statut qui allait engendrer de leur part un nouveau comportement et par l’appartement où ils allaient s’installer. Philippine les y accompagna afin de le visiter. Ce dernier se trouvait au rez-de-chaussée de l’une des ailes du château et était meublé d’un mobilier de qualité. Ils n’avaient jamais détenu un tel luxe et ils allaient même être servis. Cela s’avérait très troublant, Philippine leur demanda de déménager d’ici la fin de la semaine avant qu’elle ne reparte pour la ville.

***

En compagnie de Papa-Paul, devenu pour tous Monsieur Fauquerolles, et de Monsieur Sanadon, elle arpenta son domaine, et alla rencontrer les métayers afin de se présenter. Tous l’avaient connue enfant, aussi ils étaient fort étonnés de la découvrir comme étant leur nouvelle vicomtesse. Ils admettaient qu’elle paraissait avoir changé et qu’elle se situait visiblement plus sur la lune. Ils ne pouvaient savoir à quel point elle les percevait et pressentait ce qu’ils pensaient. 

Le dimanche, elle se rendit à la cité de Sauveterre-de-Guyenne à l’église Notre-Dame rue Saint-Léger. Elle s’y présenta avec Cunégonde, Monsieur Sanadon et les Fauquerolles, qu’elle avait vêtus selon leur position. Bien sûr, tous la remarquèrent et apprirent que c’était la vicomtesse de Madaillan-Saint-Brice. Cela généra des discussions éveillées par la curiosité. Avant de quitter les lieux, elle alla voir le prêtre et lui fournit un don. Il la remercia d’autant que c’était une somme conséquente et que cela faisait longtemps que cette famille n’avait point donné pour les pauvres de la paroisse.

***

Le repas dominical terminé, Philippine se sentit très fatiguée. Théophile étant parti à la sieste avec Violaine, elle décida d’en faire autant. Elle se rendit dans son salon. S’étant changée en arrivant de la messe et ayant revêtu une robe flottante de sa mère, elle s’installa de suite dans un fauteuil et glissa sous ses pieds un tabouret. Elle était à peine assise qu’elle entra en transe. Elle marchait sur le corps céleste, puis se mit à sauter d’une planète à une autre. Cela l’amusait follement, mais elle ne comprenait pas pourquoi elle se retrouvait là. Sur l’une d’elles, elle trouva une porte gigantesque moulurée d’or. Elle la poussa et pénétra dans un lieu inconnu. C’était à nouveau une grande galerie d’un côté donnant sur le ciel étoilé et sur le mur opposé une multitude de miroirs monumentaux étaient fixés. Bien sûr, cela lui rappela de suite la galerie de son ange, mais quelque chose n’était pas comme les dernières fois. Elle n’aurait su dire quoi, le plafond se révélait très haut au point que c’était à peine si on le discernait. Elle progressait doucement, légèrement inquiète. Qui allait se trouver là, on ne l’avait pas faite venir pour rien. Elle perçut une voix, un chuchotement qui lui demandait de s’approcher de l’entité qui l’attendait. Elle ne voyait pas la fin du lieu, elle semblait se rallonger au fur et à mesure qu’elle avançait. Que se passait-il ? « – Excuse-moi mon enfant, j’avais du mal à arriver jusqu’à toi. » Au moment où elle l’entendit, la galerie reprit des proportions normales. « — Bonjour mère.

Anne Bouillau-Guillebau

— Bonjour ma fille ! Philippine, je suis désolée. Je ne savais comment te faire venir jusqu’à moi. J’avais beaucoup de difficultés à t’approcher. Je pense que c’est la dernière fois que je pourrai me rapprocher de toi, tout au moins avec cette apparence.

— C’est si complexe que cela de sortir de la lumière ?

— Sous cette forme, oui. Mais en fait, je suis constamment présente. J’avais besoin de te voir pour deux choses. La première, mon frère Augustin va essayer de te prendre tes biens. Tu dois te faire aider, mais il me semble déjà que tu es informée de qui peut te soutenir.

— C’est un fait, mère. Dès demain, je retourne chez madame Duplessis. Son époux m’épaulera, de plus il existe d’autres parlementaires dans son entourage.

— Bien ! Pour Léandre, ne t’inquiète pas. Tu vas le manquer, mais il va savoir ce que tu as mis en place pour ton domaine. Il va donc comprendre que tu es revenue.

— Merci mère, pour ces informations.

— C’est naturel, mon enfant. Je vais te laisser, car mon énergie s’épuise sous cette apparence. N’oublie pas, je me trouverai continuellement là pour t’aider comme l’ange Jabamiah. »

Aussitôt sa mère s’évapora, comme elle se situait toujours dans la galerie, elle fit demi-tour vers la porte où elle aperçut son animal-gardien. Elle se dirigea vers lui, la porte s’entrouvrit et elle découvrit un escalier qu’elle descendit. Elle ouvrit les yeux.

***

Le lundi, ayant décidé de revenir à Bordeaux, en prévision de se rendre à la soirée de Madame Duplessy, elle avait fait effectuer ses bagages dès la veille. La seule chose qui l’ennuyait, elle n’avait pas pris le temps d’aller au couvent de Saint-Émilion, mais elle se devait d’assurer ses arrières. Elle ne doutait pas que son oncle Augustin exécuterait tout ce qu’il pourrait pour mettre la main sur la gestion de ses biens.

Au petit matin, avec Cunégonde, Violaine, son fils et les deux serviteurs qu’elle avait emmenés, elle repartit. Elle avait laissé sur place son secrétaire afin d’aider à installer les nouvelles responsabilités de monsieur Fauquerolles. 

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Cette histoire met en scène des personnages réels et des personnages fictifs ainsi que des événements et des dialogues inventés à des fins dramatiques et afin de compléter les vides des biographies. Les illustrations des personnages ne sauraient être confondues avec les personnes réelles.

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2 réflexions sur “L’orpheline/ chapitre 020

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